Troisièmes élections en trois ans et demi, irruption de l'extrême droite, crise catalane: voici cinq choses à savoir sur l'Espagne où se déroulent dimanche des élections législatives anticipées.

Pedro Sanchez, chef du gouvernement socialiste espagnol
Pedro Sanchez, chef du gouvernement socialiste espagnol © AFP / JOSE JORDAN

Les élections législatives anticipées de dimanche en Espagne, décidées après le rejet du projet de budget 2019 par le Parlement en février dernier, s'annoncent comme parmi les plus ouvertes depuis des décennies.  Ce scrutin pourrait aboutir à la constitution d'un gouvernement de coalition, ce qui ne s'est jamais produit depuis le retour à la démocratie à la fin des années 1970.  

Le Parti socialiste (Psoe) du président du gouvernement sortant, Pedro Sanchez, est donné en tête avec environ 30% des voix, selon une compilation des derniers sondages réalisée par le quotidien El Pais.  Le Parti populaire (PP, droite) est crédité d'environ 20%, le parti centriste Ciudadanos de près de 14%, Podemos (gauche) d'environ 12% et le parti d'extrême droite Vox d'environ 11%. 

1. Risque d'instabilité 

C'est la troisième fois en trois ans et demi que les Espagnols retournent aux urnes. Et le risque de blocage politique semble toujours aussi important.  Si le chef du gouvernement sortant Pedro Sanchez est donné gagnant par les sondages, son Parti socialiste resterait loin de la majorité absolue. Il lui faudra donc nouer des alliances avec la gauche radicale de Podemos, à qui les sondages prédisent une déroute, et des partis régionaux dont, a priori, les indépendantistes catalans.   

L'hypothèse d'une alliance des socialistes avec Ciudadanos, tentée en vain en 2016, n'a pas été clairement écartée par Pedro Sanchez même si les libéraux affirment eux vouloir le chasser du pouvoir et ont tendu la main au Parti populaire (PP, droite).  Une majorité formée par le PP, Ciudadanos et le parti d'extrême droite Vox semble pour sa part improbable, selon les sondages.  Cette instabilité remonte aux élections de décembre 2015, qui ont marqué la fin du bipartisme dans le pays avec l'irruption de Podemos et de Ciudadanos et abouti à un blocage politique. De nouvelles élections avaient eu lieu en juin 2016 et le conservateur Mariano Rajoy avait fini par être investi en octobre.                      

2. Irruption de l'extrême droite    

C'est le fait nouveau de ces élections. Autre nouveauté, des élus d'extrême droite, ceux du parti Vox, devraient faire leur entrée aux Cortes, ce qui ne s'était pas vu depuis 1982.

L'Espagne pourrait donc voir entrer en force au parlement Vox, qui compte notamment parmi ses candidats des généraux à la retraite défenseurs du franquisme. Cette formation au discours ultra-nationaliste, qui a fait massivement campagne sur les réseaux sociaux, est créditée d'environ 30 députés sur 350.  Inexistant dans les sondages il y a à peine un an, ce parti a provoqué un séisme lors des élections régionales de décembre en Andalousie (sud) en recueillant près de 11% des voix et en aidant le PP et Ciudadanos à chasser les socialistes du pouvoir dans leur fief historique.                      

3. Un chef de gouvernement sortant pas élu 

Le Parti socialiste (Psoe) du président du gouvernement sortant, Pedro Sanchez, est donné en tête avec environ 30% des voix. Il faudra toutefois que le parti trouve un ou plusieurs alliés.  Le scénario d'une coalition de centre droit reste cependant envisageable, tout comme de nouvelles élections si aucun accord post-électoral ne se dessine. Certains observateurs pensent que les tractations pourraient prendre des mois avant qu'un nouveau chef de gouvernement soit désigné.  D'après les derniers sondages, environ 40% des électeurs potentiels n'avaient toujours pas décidé pour qui ils allaient voter.                  

4. Catalogne, nœud de la discorde

Un an et demi après la tentative de sécession de la Catalogne en octobre 2017, pire crise politique qu'ait connue l'Espagne en quarante ans, la question catalane reste au centre du jeu politique.  Quelques jours après le début du procès historique de leurs ex-dirigeants, les séparatistes catalans ont contraint en février Pedro Sanchez à convoquer des élections anticipées en refusant d'adopter son budget.  Le socialiste, qui aimerait ne pas avoir à compter sur eux pour former une éventuelle majorité, a réitéré récemment son refus de tout référendum d'autodétermination mais promis plus d'autonomie.  La droite et l'extrême droite, qui accusent Sanchez de "trahison" pour être arrivé au pouvoir grâce aux voix des indépendantistes, ont fait des attaques contre les "putschistes" catalans l'un des leitmotivs de leur campagne.                     

5. L'Espagne champion d'Europe de la précarité au travail

Après avoir souffert d'une sévère récession et de plusieurs années d'austérité drastique, l'Espagne a connu une reprise insolente avec trois ans de croissance supérieure à 3% de 2015 à 2017 mais cette croissance ralentit (2,6% en 2018 et 2,2% attendus en 2019). Le pays reste par ailleurs le champion d'Europe de la précarité au travail tandis que le chômage (14,7% contre près de 27% au plus fort de la crise), est toujours le deuxième plus élevé en Europe après celui de la Grèce et est la principale préoccupation des Espagnols.

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