Chrétiens Irakiens
Chrétiens Irakiens © REUTERS/Ahmed Malik

Des dizaines de milliers de chrétiens et de Yazidis ont pris la fuite dans les montagnes du nord du pays. Barack Obama parle d'un risque de génocide. Washington a donné son feu vert à des frappes aériennes pour stopper l'avancée des islamistes.

Face à l’avancée des troupes de "l’Etat islamique" qui ne seraient plus qu'à une demi-heure de route d'Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien.le président des Etats-Unis a annoncé jeudi soir, lors d'une allocution solennelle depuis la Maison Blanche qu'il avait autorisé des parachutages humanitaires en Irak et, si nécessaire, des frappes aériennes ciblées contre les jihadistes, pour éviter un "génocide" des minorités menacées par l'Etat islamique.

Barack Obama :

Nous sommes confrontés à une situation où des innocents pourraient être victimes de violences terribles. Les Etats-Unis ne peuvent détourner le regard. Nous pouvons agir, de façon responsable et prudente, pour éviter un éventuel acte de génocide.

Le vice-président américain Joe Biden s'est entretenu jeudi par téléphone avec Massoud Barzani, le président du Kurdistan irakien. En première ligne depuis l'offensive lancée par les djihadistes, début juin, les autorités kurdes irakiennes ont multiplié les appels pour obtenir une assistance militaire des Etats-Unis.

A l’ONU, le secrétaire général et le Conseil de sécurité des Nations unies ont condamné, jeudi soir toujours, "les persécutions systématiques de membres des minorités et de ceux qui refusent l'idéologie extrémiste de l'Etat islamique et des groupes armés qui lui sont associés".

Le Conseil de sécurité a réaffirmé :

Les attaques généralisées ou systématiques dirigées contre des populations civiles du fait de leur appartenance ethnique ou de leurs convictions politiques ou religieuses peuvent constituer un crime contre l'humanité, dont les auteurs devront répondre de leurs actes.

La France avait réclamé la tenue en urgence d'une réunion du Conseil de sécurité.

La France prête à apporter son soutien aux forces engagées

Lors d'un entretien téléphonique avec le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani jeudi soir, François Hollande a annoncé que Paris était prêt à "apporter un soutien" aux forces engagées en Irak contre les dihadistes de l'Etat islamique, mais sans préciser la nature de ce soutien.

Où en est l'Etat Islamique dans sa fulgurante progression

Selon le patriarche chaldéen Louis Sako, 100.000 chrétiens ont été poussés sur les routes par les djihadistes sunnites de l'Etat Islamique, "avec rien d'autre que leurs vêtements sur eux" après la prise de Qaraqosh et d'autres villes de la région de Mossoul. Avec cette poussée de l'EI, les jihadistes ne sont plus qu'à 40 km d'Erbil et ils menacent les kurdes. Dans un communiqué, l'Etat Islamique salue "une nouvelle libération dans la province de Ninive (dont Mossoul est la capitale), qui servira de leçon aux Kurdes profanes".

Les Yazidis, une communauté kurdophone pré-islamique considérée par les jihadistes comme "adoratrice du diable", ont également été poussés à fuir face à l'avancée des extrémistes sunnites. Ils se sont retrouvés piégés, sans eau ni nourriture, dans les montagnes désertiques.

Menés par l'EI, déjà bien implanté en Syrie, des insurgés sunnites ont lancé en juin une offensive fulgurante dans le nord de l'Irak. A la faveur de la déroute de l'armée, les forces kurdes, de loin les mieux entraînées et organisées du pays, ont pris position hors de leurs frontières. Mais depuis fin juillet, elles reculent. Parmi les plus récentes conquêtes de l'EI figure la région de Sinjar, bastion de la minorité yazidie, chassée comme les chrétiens.

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"Il n'y a plus que le Kurdistan pour les acccueillir"

Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak tombée aux mains des combattants de l'Etat islamique, comptait habituellement 50.000 habitants, tous chrétiens, mais la ville avait accueilli ces derniers temps nombre de coreligionnaires chassés de Mossoul. Entre 100.000 et 150.000 ont fui. Les croix sur les églises ont été enlevées, des manuscrits brûlés, les maisons des fuyards pillées.L''archevêque de Kirkouk, est très pessimiste pour le futur. Les combattants ultra radicaux de l'Etat islamique ne sont plus qu'à quelques kilimotres d'Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, dernier rempart pour les Chrétiens.

Youssef Thomas, avec Laëtitia Saavedra

Avant l'invasion américaine de 2003, plus d'un million de chrétiens vivaient en Irak, dont plus de 600.000 à Bagdad. En raison des violences meurtrières qui ont secoué le pays depuis dix ans. Ces derniers mois ils n'étaient pas plus de 400.000 sur l'ensemble du territoire.

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