"Avec les Iraniens, ce n'est jamais précis. Ils peuvent parler de Dieu et du nucléaire! " Pour ce diplomate occidental qui a participé à la dernière réunion de Bagdad du groupe 5+1 (Cf. billet : "Nucléaire : bonne volonté iranienne ?" 16 avril 2012), négocier avec les Iraniens nécessite des nerfs et une patience à toute épreuve." C'est long à mourrir" , poursuit-il. Deux jours de réunions où il faut être sur ses gardes dans un exercice diplomatique monotone et formel.

A Bagdad, les Iraniens ont voulu allumer quelques contre-feux : ils ont ainsi proposé d'inscrire à l'ordre du jour la crise en Syrie et la situation régionale. Décryptage de notre diplomate : entendez, Bahrein. "Pour nous, il n'en était pas question. Nous ne sommes pas dans un G8 nucléaire bis!" Durant les heures de discussions, les Iraniens ont finalement peu insisté sur le volet des sanctions, alors que c'était pourtant l'une de leurs pré-conditions au dialogue lors de la première conférence d'Istanbul. Cette fois-ci, ils se sont concentrés sur le droit à l'enrichissement.

Côté du groupe 5+1, on estime que "les instructions données à Saeed Jalili, le négociateur iranien venaient d'en haut, c'est-à-dire du guide, dont le pouvoir est plus absolu que jamais." Le guide Ali Khamenei qui martelle une réthorique nationaliste dont le nucléaire est un must.

Une offre a été donc faite aux Iraniens : demande de suspension de toutes les activités sur le site de Qom, arrêt de l'enrichissement à 20%, sortie d'Iran du stock entier d'uranium enrichi à 20% (environ 140 kg), en échange de quoi, les grandes puissances fourniraient à l'Iran immédiatement du combustible pour le réacteur de recherche de Téhéran et des isotopes médicaux, et s'engageraient à ne pas adopter de nouvelles résolutions contre l'Iran. Les Etats-Unis proposant également d'assouplir leurs sanctions relatives à l'aviation civile.

Les Iraniens ont répondu par une contre offre demandant le droit à l'enrichissement, la reconnaissance de la coopération positive avec l'AIEA, un examen de la question de l'enrichissement à 20% accompagné d'un "prix à payer" pour cela (sans autre détail) et de questions régionales (piraterie, terrorisme, drogue, etc). Des deux côtés, il y a une volonté de ne pas interrompre ce processus diplomatique, "ce n'est pas rien, même si c'est maigre" , poursuit notre diplomate. Les menaces de frappes israéliennes y sont sans doute pour beaucoup.

A ce stade, les experts du nucléaire iranien font deux lectures opposées de ce dossier : certains considèrent que tout est bloqué et que l'Iran ne cédera pas; d'autres estiment que le processus avance malgré tout, même lentement, et qu'il faut perséverer malgré la lenteur des discussions. Prochain rendez-vous de négociation: 18-19 juin à Moscou.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.