Alors que le président iranien Hassan Rohani appelle à l'unité nationale dans un climat de tensions internes grandissantes, et que l'économie iranienne perd pied, les commerçants du Grand Bazar de Téhéran, pénalisés par les sanctions américaines, se mobilisent.

Manifestation du peuple iranien pour protester contre le retour des sanctions américaines et le retrait de l'accord sur le nucléaire le 11 juin 2018.
Manifestation du peuple iranien pour protester contre le retour des sanctions américaines et le retrait de l'accord sur le nucléaire le 11 juin 2018. © AFP / STR

La situation est assez rare pour être soulignée : les commerçants du Grand Bazar de Téhéran, traditionnellement conservateurs et soutiens historique du système politique iranien, n'hésitent pas à user de leur influence pour faire reculer des mesures qui ne servent pas leurs intérêts. 

Dans leur viseur : la chute vertigineuse de la monnaie nationale, le rial, depuis l'annonce, en mai, du retrait américain de l'accord sur le nucléaire de 2015 et d'un durcissement des sanctions économiques. Les marchands, dont l'activité découle clairement de la bonne santé du marché, protestent ainsi contre le taux de change élevé, la fluctuation des devises étrangères, le blocage des marchandises à la douane, le manque de critères clairs pour le dédouanement et leur impossibilité à vendre leurs biens. 

Une stratégie de "résistance" qui peine à trouver son audience

Et pour cause, en six mois, le rial a perdu près de la moitié de sa valeur. En réponse, l'Iran a interdit l'importation de plus de 1 300 produits, de manière à préparer son économie à résister aux sanctions américaines. Une politique dite d'"économie de résistance", afin de conserver ses réserves de change et devenir aussi auto-suffisant que possible pour certains biens. Une solution peu efficace pour le moment puisque le dollar a atteint lundi une valeur record de 90 000 rials sur le marché noir, selon les agences de change, et que les marchands continuent de protester contre le maintien des interdictions.

Pour les observateurs, cette décision montre surtout les craintes du gouvernement, face à l'ampleur que pourrait prendre les conséquences du jeu américain sur l'économie et la poursuite du mouvement. Et sa réponse devra être rapide puisqu'une partie des sanctions américaines prendront effet à l'issue d'un délai de carence de 90 jours s'achevant le 6 août et les autres, touchant plus particulièrement le secteur pétrolier, à l'issue d'une durée de 180 jours, le 4 novembre. 

Face aux mécontentement grandissant, Rohani se veut rassurant

Signe de ce mécontentement, deux tiers des députés iraniens ont écrit au président pour le sommer de changer son équipe économique au vu des "mauvais résultats" du gouvernement en la matière, rapporte mercredi l'agence officielle iranienne Irna. 

"Les mauvais résultats des hauts dirigeants chargés de l'économie depuis quelques années ont provoqué une montée de la défiance de la population vis-à-vis de décisions annoncées ou mises en œuvre en matière économique", écrivent 187 députés (sur 290), selon des extraits de la lettre publiés par Irna. Le président Rohani est par ailleurs vivement critiqué depuis des semaines par le camp ultra conservateur, qui dénonce sa politique d'ouverture avec l'Occident et l'accuse de mener l'économie nationale à sa perte.

Tension dans les rues aux abords du Grand Bazar

Des échauffourées entre les manifestants et forces de l'ordre ont par ailleurs éclaté, et la police a accusé ces derniers jours les manifestants d'infliger des dommages aux biens publics. Certaines stations de métro proches du bazar sont restées fermées mardi pendant plusieurs heures du fait des grèves, ont rapporté les médias officiels iraniens. Certains auraient même été arrêtés aux abords du bazar et "ne seront pas libérés tant qu'ils n'auront pas été jugés", a déclaré le procureur de Téhéran, Abbas Jafari-Dolatabadi.

En réponse, le président Hassan Rohani a déclaré mardi lors d'une allocution télévisée à l'occasion d'une conférence annuelle organisée par le pouvoir judiciaire que "les médias, les universitaires, les prêcheurs, les religieux [chiites], tous ceux qui prennent la parole en public, le Parlement, le système judiciaire, tous doivent joindre leurs efforts aux nôtres. Le gouvernement iranien surmontera les pressions économiques entraînées par l'instauration de nouvelles sanctions américaines". 

Un discours qui se veut confiant et porteur d'espoir, alors que des sources concernant une étendue du mouvement de contestation à d'autres grandes villes du pays se vérifient de plus en plus. 

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