Birgitta Jonsdottir et le Parti pirate ont réalisé une réelle percée, tout en étant en deçà des scores qu'on lui prédisait. Mais qu’est-ce que c’est, ce parti ?

Birgitta Jonsdottir, co-fondatrice du Parti pirate, très satisfaite des résultats
Birgitta Jonsdottir, co-fondatrice du Parti pirate, très satisfaite des résultats © Jérémy Pain

Les électeurs islandais ont sanctionné samedi la droite sortante, sans pourtant assurer de majorité à l'opposition. Les Pirates ont réalisé une percée. A 14,5% des suffrages, ils triplent leur score de 2013 et font élire 10 des leurs à l'Althing, contre trois dans l'assemblée sortante. Le parti devient la troisième formation politique. Les pirates ne font cependant pas aussi bien que le laissaient entendre les sondages. Les pirates, très populaires chez les jeunes, sont victimes du fait qu'ils sont les moins enclins à aller voter.

Birgitta Jonsdottir, la leader des Piratar s'est dite "très satisfaite du résultat, comparant ses supporters et militants à des "Robin des Bois" parce que "nous voulons prendre le pouvoir aux puissants pour le donner au peuple". Le score historique des Pirates a été accueilli par les applaudissements des militants réunis dans une brasserie envahie par les touristes et la presse étrangère.

Le scrutin a donné 27 sièges sur les 63 possibles aux Pirates et leurs alliés de centre-gauche. La coalition de entre droit sortante réussi à conserver 29 sièges. La majorité absolue à l'Althingi, le Parlement monocaméral islandais et de 32 sièges. C’est probablement le parti centriste Résurrection qui pourrait être l'arbitre de cette élections avec ses sept mandats.

La correspondance de Jérémy Pain à Reykjavik

Qu’est-ce que le Parti pirate ?

Créé en 2012, le Parti pirate islandais, dont l'emblème est un pavillon marin floqué d'une morue salée, s’inspire d’une initiative suédoise : le premier Parti pirate a été fondé en Suède en 2006, pour défendre les libertés individuelles, la vie privée, réformer la propriété intellectuelle et soutenir la démocratie directe. Les premières victoires du PP suédois en 2009, lors des élections européennes, ont donné des ailes au mouvement, qui s’est exporté à l’étranger (dont en France).

Aujourd’hui présent dans 65 pays du monde, ce parti proche de Wikileaks et de son fondateur Julian Assange défend également des réformes institutionnelles et se pose en défenseur du peuple face au pouvoir. “Nous croyons que ceux qui ont du pouvoir devraient être contrôlés, pas les individus”, explique sa fondatrice en Islande, Birgitta Jonsdottir, dans le Washington Post (repris en français par Slate).

Quel est son programme ?

Ce n’est un programme qui n’est ni vraiment de droite, ni vraiment de gauche. “Nous sommes un parti qui a ses racines dans les droits civils, mais nous ne sommes pas comme de nombreux partis de gauche qui veulent contrôler leurs citoyens et créer des Etats qui les assistent”, détaille Birgitta Jonsdottir. S’il fallait résumer en un mot la ligne politique du parti pirate, ce serait : “libertaire”.

Parmi les combats que compte mener le Parti pirate s’il se retrouve à la tête de l’Islande, la lutte contre la corruption et pour la transparence, ou encore un renforcement du système de santé national.

Quid de l’Union européenne ? Le Parti pirate est farouchement opposé à une adhésion de l’Islande. En revanche, ses représentants arriveront avec dans leurs cartons un projet de nouvelle constitution, écrit par un groupe de 25 “gens ordinaires” élus en 2010, mais qui avait finalement été abandonné (malgré un vote favorable par référendum). Le Parti pirate voudrait faire finalement adopter ce texte.

Qui pour devenir Premier ministre ?

La mieux placée pour accéder au poste de Premier ministre serait donc l’une des trois chefs de file du parti, Birgitta Jonsdottir. gée de 49 ans, auteur de poésies, elle est membre du parlement islandais, l’Althing, depuis 2009, et a notamment été porte-parole de Wikileaks dans le pays.

Après avoir longtemps été réticente à l’idée d’être Premier ministre, elle affirme désormais “réfléchir” à cette éventualité, mais seulement à une condition : “si c’est nécessaire pour redonner du pouvoir au Parlement”, explique-t-elle. Son objectif est clair : rééquilibrer les pouvoirs et les institutions du pays en faveur du Parlement par rapport au gouvernement.

Pourquoi ça marche ?

Parce que l’Islande est en pleine remise en cause de ses élites politiques. C’est le pays qui a été le plus bouleversé par la révélation, en avril dernier, du scandale des “Panama papers” dans lequel étaient impliqués plusieurs membres du gouvernement : le Premier ministre Sigmundur Gunnlaugsson a été poussé à la démission après les révélations sur ses sociétés offshore.

Les élections anticipées qui suivent cette destitution est donc, pour certains, l’occasion ou jamais d’élire une assemblée en rupture avec l’élite politique traditionnelle.

L'attente des résultats à duré toutes la nuit
L'attente des résultats à duré toutes la nuit © Jérémy Pain

La population a montré qu'on pouvait massivement faire confiance au Parti Pirate

Ce résultat est avertissement sans frais pour les partis traditionnels dont se féliciteront tous les pirates du monde et leur porte-parole en France Thomas Watanabe-Vermorel qui voit dans ce résultat une incitation aux citoyens à faire de la politique car "la démocratie doit s'améliorer pour survivre", dit-il :

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