Parmi les 6,3 millions d’électeurs israéliens, au moins 2 sur 3 devraient se rendre aux urnes ce mardi pour choisir leur prochain Premier ministre. Un scrutin au suffrage universel à un tour qui donne une place toute particulière aux petites formations, arbitres des coalitions gouvernementales.

La Knesset, lors des discussions sur le texte la loi Israël, État-nation du peuple juif, adoptée en 2018. Un texte très controversé.
La Knesset, lors des discussions sur le texte la loi Israël, État-nation du peuple juif, adoptée en 2018. Un texte très controversé. © AFP / MARC ISRAEL SELLEM

Les élections législatives pour renouveler les 120 membres de la Knesset se déroulent au suffrage universel à un tour, théoriquement tous les quatre ans. Mais depuis plus de vingt ans, le Parlement israélien n’a pas tenu les 48 mois prévus, la dissolution étant devenue la règle après 35 mois en moyenne.

C'est l'actuel Premier ministre Benyamin Netanyahou, qui a provoqué les élections anticipées du 9 avril 2019 pour prendre de vitesse la justice qui l’accuse de malversations. Le scrutin se présente comme un plébiscite : stop ou encore pour "Bibi" ? Comme lors des consultations précédentes, Netanyahou a fait de la question de la sécurité,son principal cheval de bataille.

Le Premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou, a fait de la question de la sécurité son principal cheval de bataille. Se partisans revendiquent ostensiblement le soutien de l’Amérique de Donald Trump.
Le Premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou, a fait de la question de la sécurité son principal cheval de bataille. Se partisans revendiquent ostensiblement le soutien de l’Amérique de Donald Trump. © AFP / MENAHEM KAHANA

Comment ça marche

Tout citoyen israélien âgé de 18 ans peut voter, à condition d’être domicilié dans le pays et d’être présent le jour du scrutin, à l’exception d’une petite minorité de diplomates et de militaires (ils ont voté fin mars).

41 listes sont en lice pour ce scrutin à la proportionnelle. Seulement une dizaine franchissent les 3,25 % des suffrages nécessaires pour entrer au Parlement.

Au lendemain matin du scrutin, après les résultats officiels, débute l'équivalent d'un second tour, cette fois entre élus, pour former une majorité parlementaire et le nouveau gouvernement.

Le candidat du parti qui recueille le plus de voix est a priori celui à qui le Président israélien, aujourd'hui Reuven Rivlin, confie la charge de constituer une coalition et un cabinet en mesure de gouverner.

Le futur Premier ministre dispose alors de 28 jours (plus 12 jours supplémentaires si besoin) pour s’allier avec d’autres formations afin de réunir une majorité d’au moins 61 députés et de répartir les portefeuilles ministériels. Pour ce faire, il "marchande" le soutien des petites listes.

Les mouvements dominants

Selon les derniers sondages, deux listes sont au coude à coude. Une alliance centriste, Bleu Blanc, qui dispute le pouvoir aux sortants, les conservateurs du Likoud. Ces derniers, forts de 30 députés, sont emmenés par Benyamin Netanyahou, candidat à sa succession pour la quatrième fois consécutive depuis 2009.

Benny Gantz et sa liste Bleu Blanc (Kakhol Lavan) regroupe plusieurs personnalités autour d’un programme libéral de centre droit. Il mène le principal front anti-"Bibi".
Benny Gantz et sa liste Bleu Blanc (Kakhol Lavan) regroupe plusieurs personnalités autour d’un programme libéral de centre droit. Il mène le principal front anti-"Bibi". © AFP / JACK GUEZ

Face à eux, la liste Bleu Blanc (Kakhol Lavan), est une nouvelle alliance centriste de plusieurs personnalités. Elle regroupe l’ancien chef d’état-major Benny Gantz (Hosen Leisraël), qui se lance en politique, un autre ex plus haut gradé militaire et ancien ministre de la Défense, Moshé Ayaalon (mouvement national républicain Telem), et un ancien ministre des Finances, Yaïr Lapid (Yesh Atid, 11 députés).

Ce nouveau front "anti-Bibi", soutenu également par un autre ancien chef d’état-major, Gabi Ashkenazi, est financé par Alfred Akirov, un homme d’affaires spécialisé dans l'immobilier, souvent surnommé le "patron des patrons israéliens" Cette coalition de personnalités présente un programme libéral de centre droit.

Arbitres et opposants

Pour former un bloc parlementaire, le mouvement qui remporte le scrutin doit former des alliances. Le Likoud au pouvoir s'était associé à un certain nombre de partis nationalistes ou religieux, dont certains se représentent :

Des Juifs ultra-orthodoxes manifestent leur opposition à la conscription devant la Knesset en octobre 2017. Certains groupes très religieux sont représentés au Parlement dans une alliance avec le Likoud.
Des Juifs ultra-orthodoxes manifestent leur opposition à la conscription devant la Knesset en octobre 2017. Certains groupes très religieux sont représentés au Parlement dans une alliance avec le Likoud. © AFP / THOMAS COEX
  • L'extrême droite et les ultra-religieux : Ayamin Akhadash (La Nouvelle Droite), de Naftali Bennett (8 députés), et Abaït Ayéhudi (Le Foyer juif) d'Otzla Yéhudit, disciple du rabbin Meïr Kahane (6 députés).
  • Les haredi orthodoxes : le parti Yaadout Atorah s’est divisé en deux formations : Deguel Atorah (Le Drapeau de la Torah) du député Moshé Gafni (4 députés), et Agudat Ysrael (2 députés). Ils représentent respectivement les Juifs ashkénazes des communautés lituaniennes non hassidiques et hassidiques.
  • La droite dure russophone Israël Beitenou (Notre maison Israël) d’Avigdor Lieberman, ex-ministre des Affaires étrangères et ancien ministre de la Défense (6 députés).
  • Le centre-droit Koulanou (Tous ensemble) de Moshé Khalon, un transfuge du Likoud, ex-ministre des Finances (10 députés).
  • Les orthodoxes sépharades de Shas d’Arieh Deri (7 députés), dont le leader spirituel était le rabbin Ovadia Yosef. Ce groupe défend les religieux orientaux.

L'autre côté de l’échiquier politique compte des mouvement plus hétéroclites, dont les alliances avec les partis dominants sont, pour ce scrutin, très improbables :

  • L’Alliance de la liste arabe unie (13 sièges à la Knesset), coalition de communistes, de nationalistes, de Palestiniens et de musulmans religieux, s’est divisée entre le Mouvement arabe pour le renouveau du député Ahmad Tibi, Hadash-Taal et Balad-Raam.
  • La gauche Meretz (5 députés) de Tamar Zandberg défend le droit des minorités, le pluralisme religieux et la main tendue aux Palestiniens. Tamar Zandberg est la seule femme tête de liste avec Ayelet Shaked, ministre de la Justice, colistière de l'extrême droite.
  • Le parti travailiste Avoda, dirigé depuis juillet dernier par Avi Gabbaï. Son prédécesseur Itzhak Herzog s’était associé à  l’ancienne cheffe de la diplomatie Tzipi Livni, du mouvement centriste Anouha, lors des législatives de 2015. Leur liste, Union sioniste, qui avait remporté 24 sièges il y a quatre ans n'existe plus.

Et la parité ? Au parlement israélien siègent 35 députées, soit près de 30 % de l'effectif. Mais sur les 21 ministres du cabinet actuel, on ne dénombrait que quatre femmes. À l’exception de Golda Meïr, Premier ministre de 1969 à 1978, le poste de chef de gouvernement a toujours été occupé par un homme. Hormis Tsipi Livni aux Affaires étrangères de 2006 à 2009, les ministères régaliens sont aux mains de la gente masculine. Enfin sur 77 maires israéliens, seulement 6 sont des femmes.

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