Le Premier ministre Benyamin Netanyahou, qui joue sa survie politique, a occupé l'espace central de la campagne pour les élections législatives qui se tiennent ce mardi. Le processus de paix a été tout simplement ignoré. Tour d'horizon des sujets qui ont été évoqués.

Dans le quartier de Mahane Yehuda on vote majoritairement Netanyahou. Un marchand d'épices a accroché le portrait du Premier ministre israélien en vue des élections législatives.
Dans le quartier de Mahane Yehuda on vote majoritairement Netanyahou. Un marchand d'épices a accroché le portrait du Premier ministre israélien en vue des élections législatives. © Radio France / Frédéric Métézeau

Les Israéliens votent ce mardi, pour des élections législatives dont les résultats s'annoncent très serrés. Passage en revue des thèmes qui ont - certains plus que d'autres - marqué la campagne.

On en a beaucoup parlé

Benyamin Netanyahou. "État de Netanyahou ou bien État d'Israël ?" interroge dans un slogan de campagne le Parti démocratique fondé en juin par l'ancien ministre travailliste Ehud Barak. Plus que jamais, le Premier ministre sortant, au pouvoir entre 1996 et 1999 et depuis 2009 sans interruption, est la thématique centrale de cette campagne. Le scrutin du 17 septembre a tout du référendum "pour ou contre Bibi".

Il faut dire que le chef de gouvernement, qui a dépassé Ben Gourion en longévité, a créé et même encouragé cette situation. L'ancien diplomate et journaliste israélien Freddy Eitan, biographe du Premier ministre, explique :

Netanyahou a personnalisé les campagnes électorales, pour faire en sorte qu'on l'élise lui et pas seulement le parti derrière lui. Depuis 1996, on vote Netanyahou, on ne vote pas Likoud.

Ces derniers jours, il n'a pas dérogé à sa stratégie de la cible mouvante : être toujours à l'initiative, dramatiser, surprendre et obliger les autres à se positionner par rapport à lui. Ainsi mardi soir a-t-il promis d'annexer rapidement la vallée du Jourdain (Cisjordanie) en cas de réélection. Puis jeudi matin, consentant à accorder une interview à la radio publique israélienne – alors qu'il est fâché avec la majorité des grands médias – il a estimé qu'une campagne d'ampleur à Gaza était inévitable.

La campagne est extrêmement dure, notamment sur les réseaux sociaux et dans les spots électoraux. Yair Netanyahou, le fils du Premier ministre, se distingue par sa frénésie à salir sur Twitter les opposants politiques de son père et les journalistes qui ont révélé de présumées affaires de corruption qui pourraient valoir à ce dernier une mise en examen début octobre. La journaliste politique vedette de Channel 12 Rina Matzliah confie qu'elle n'a jamais vu de campagne aussi "dégoûtante".

On en a parlé quand même

Quelle place pour la religion dans la société ? Le candidat nationaliste Avigdor Lieberman, qui, jusqu'ici, tenait un discours violemment anti-arabes pour séduire avant tout le million d'Israéliens venus d'ex-URSS, insiste désormais sur la laïcité contre la pression des ultra-religieux. Avec l'espoir d'élargir sa base vers un électorat plus libéral.

En nouant des alliances avec les partis religieux, Netanyahou a offert un espace politique à ces derniers, par exemple en confiant le ministère de l'Éducation au national-religieux Rafi Peretz, auteur de propos homophobes cet été. Après les élections d'avril dernier, Lieberman a refusé de rallier Netanyahou car ce dernier ne voulait pas instaurer strictement la conscription pour les religieux qui peuvent en être exemptés ; et ce pour conserver le soutien des partis ultra-orthodoxes.

La Torah doit-elle faire la loi ? Ce débat ne cesse de monter en Israël où le mariage et les enterrements sont exclusivement religieux et où les transports publics ne roulent pas pendant le shabbat. Outre la question sensible du service militaire, les revendications pour des événements non-mixtes ou l'installation de barrières dans certains quartiers pour empêcher les voitures de rouler le week-end ont mis cette question à l'agenda politique et médiatique.

Dans un contexte de démographie très dynamique chez les religieux, le camp Lieberman accuse le premier ministre de faiblesse face aux ultras. Olivier Rafowicz, candidat sur la liste Lieberman, y voit une menace :

Il y a deux visions d'Israël. Une vision d'avenir, moderne, et un Israël qui a la volonté de retourner aux lois du roi David. L'État d'Israël est face à des menaces tellement graves que nous devons être ultra-rationnels. Si nous partons dans des visions mystiques, nous sommes menacés.

L'environnement. Si aucune liste proprement écologiste ne se présente aux suffrages des Israéliens, il existe désormais, dans la plupart des partis, des candidats spécialistes de ces questions. Le bien-être animal (en lien avec les rites d'abattage casher) mais aussi le réchauffement climatique dans un pays déjà très chaud sont des sujets débattus et commentés. À Haïfa, l'incendie d'un site pétrolier cet été a reposé la question des industries lourdes et de leur dangerosité pour l'environnement. Quant à la pollution plastique, à en croire un rapport du WWF, le littoral de Tel Aviv est le troisième site méditerranéen le plus pollué.

On n'en a presque pas parlé

Le processus de paix israélo-palestinien. Le statu quo règne, accentué par la longévité de Benyamin Netanyahou en Israël (régulièrement réélu depuis 2009) et en Palestine (en Cisjordanie, Mahmoud Abbas n'a pas organisé d'élections depuis 2006 et à Gaza le Hamas tient l'enclave d'une main de fer depuis 2007). Omniprésent dans les débats politiques dans les années 1990 avant de s'étioler dans les années 2000, le processus de paix ne fait plus la une des médias et de la campagne.

"Qui oserait mettre une solution claire sur la table ? s'interroge un diplomate israélien. L'annexion pure et simple de la Cisjordanie ? Ce serait alors un état binational qui proposerait soit l'apartheid soit l'égalité complète des droits, au risque de faire perdre son caractère juif à Israël. La solution à deux États, comme préconisé depuis les accords d'Oslo ? Que faire des 600 000 Israéliens vivant dans les implantations [le terme employé souvent par les israéliens pour parler des colonies juives en Cisjordanie] ? Sans oublier le précédent de Gaza, qu'Israël a évacué en 2005. En 2007, le Hamas prenait le pouvoir. On ne veut pas du Hamas aux portes de Jérusalem, à Ramallah ou Béthléem."

Cependant, le Likoud évoque de plus en plus souvent l'annexion de blocs de colonies et, interrogé sur cette question dans une récente interview à Paris-Match, Netanyahou semble enterrer un peu plus l'idée des deux États. Chez Bleu-Blanc, on ne retrouve aucune dynamique dans les propos de Yair Lapid, qui évoque le maintien de Jérusalem comme capitale indivisible d'Israël et le maintien du contrôle militaire israélien sur la vallée du Jourdain. Même timidité chez Ehud Barak, beaucoup plus engagé au sommet de Camp David avec Yasser Arafat et Bill Clinton en 2000, qui propose d'instaurer des frontières permanentes pour Israël dans les deux ans pour ne pas devoir annexer des millions de Palestiniens.

L'économie et le social. On en parle peu parce que l'économie se porte bien, estime l'universitaire et essayiste Philippe Velilla, basé à Tel Aviv :

Le taux de croissance reste au dessus de 3 % et le taux de chômage est historiquement bas à moins de 4 %.

Cependant, il nuance son propos en expliquant que "des nuages s'accumulent à l'horizon", notamment un déficit budgétaire persistant. Depuis la grande révolte sociale dite "des tentes", en 2011, le gouvernement du pourtant très libéral Netanyahou a programmé une hausse de certaines allocations et du salaire minimum, qui atteint désormais 11 175 shekels par mois (soit plus de 2 800 euros) pour un temps plein.

Mais selon les autorités, près de 1,8 million de personnes sur 9 millions vivent sous le seuil de pauvreté. L’OCDE souligne ainsi les très fortes inégalités, notamment à cause de la vie chère et des loyers qui flambent particulièrement à Jérusalem et Tel Aviv. Fidèle à ses fondamentaux socialistes, le Parti travailliste, après son effondrement au scrutin du mois d'avril, axe l'essentiel de sa campagne sur ces questions promettant de construire 200 000 logements sur fonds publics, une TVA à 0 % sur 100 produits de base ou la lutte contre l'ubérisation de l'économie en renforçant les droits des travailleurs.

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