Le nouveau gouvernement italien de Giuseppe Conte a prêté serment jeudi 5 septembre devant le président Sergio Mattarella, avant un premier Conseil des ministres. Un attelage inédit Cinq Etoiles / Parti Démocrate confronté à de nombreux défis, notamment économique et migratoire.

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte à Rome le 5 septembre 2019
Le Premier ministre italien Giuseppe Conte à Rome le 5 septembre 2019 © Maxppp / FILIPPO ATTILI/CHIGI PALACE HANDOUT

L'alliance de la carpe et du lapin, saison 2. Le nouveau gouvernement Conte, né dans les conditions les plus improbables, compte 21 ministres, dont 7 femmes et 14 hommes. Politiquement, le casting est parfaitement équilibré entre les ennemis d'hier : d'un côté le parti démocrate (PD, centre-gauche) qui revient aux affaires, de l'autre le Mouvement Cinq Étoiles (M5S, anti-système), procureur le plus féroce de son nouvel allié il y a encore quelques semaines.

Dès la semaine dernière, Giuseppe Conte, reconduit contre toute attente à ses fonctions de président du Conseil, a promis d’œuvrer pour une Italie "plus juste" et "de retour au premier plan en Europe". Mais la feuille de route de ce nouvel exécutif s'annonce compliquée.

Tourner la page... sans (trop) le dire 

Impossible pour Giuseppe Conte de prôner la "rupture", puisqu'il se succède à lui-même, et que les Cinq Étoiles gouvernent depuis maintenant 18 mois. Toutefois le Parti démocrate a évidemment posé comme condition un changement d'orientation, plus à gauche et pro-européenne. L'ex-nouveau président du Conseil promet donc une "discontinuité" avec la précédente équipe.

De fait, parmi ses 21 ministres, seuls quatre figuraient déjà dans le gouvernement Conte I. Et ils ne sont que deux, le ministre de la Justice, Alfonso Bonafede, et le ministre de l’Environnement, Sergio Costa, à rester à leur place.

Éviter le gouffre de la récession 

C'est la priorité absolue du nouvel exécutif : retrouver le chemin de la croissance, dans un contexte de forte déprime économique. Dans la troisième économie de la zone euro, le chômage et la pauvreté augmentent, la production industrielle et les exportations reculent, la dette publique est colossale - plus de 2 300 milliards d'euros, soit 132,1% du PIB.

Pour sortir du marasme, le nouveau gouvernement Conte promet des baisses d'impôts, la relance des investissements publics, un plan contre la pauvreté, l'instauration d'un salaire minimum et un "new deal écologique"... Mais sans creuser le déficit public. Mieux : le budget 2020, qui doit être bouclé en octobre, doit dégager 23 milliards d'euros de nouvelles recettes, afin d'éviter une hausse mécanique et massive de la TVA au 1er janvier prochain.

Se rabibocher avec Bruxelles 

Afin de résoudre cette équation économique complexe, le gouvernement Conte espère un assouplissement des règles budgétaires imposées par l'Union européenne. Après des mois de bras de fer budgétaire avec Bruxelles, Rome envoie un signal d'apaisement en se dotant d'un ministre de l'Économie et des Finances apprécié des 27 : l'actuel président de la commission des Affaires économiques au Parlement européen Roberto Gualtieri, figure du Parti démocrate.

Par ailleurs, le nouveau chef de la diplomatie italienne et toujours chef de file des Cinq Étoiles Luigi di Maio est certes un eurosceptique notoire, à l'origine d'une crise diplomatique inédite avec Paris suite à sa rencontre en début d'année avec des gilets jaunes. Toutefois, ce n'est pas lui qui gérera les dossiers européens, mais le très europhile Enzo Amendola (PD), nommé ministre des Affaires européennes.

Enfin l'ancien président du Conseil Paolo Gentiloni, lui aussi issu du Parti démocrate, devrait être désigné commissaire européen, ce qui est là aussi de nature à détendre les relations avec Bruxelles.

Escamoter la question migratoire 

Changement de style au ministère de l'Intérieur : Luciana Lamorgese, avocate et ancienne préfète de Milan, au profil plus technique que politique, succède à Matteo Salvini.

Consensuelle et sans affiliation partisane revendiquée, elle est "de droite pour qui milite à gauche, et de gauche pour qui est de droite" décrit la presse italienne. Sa mission : dépolitiser un ministère que Matteo Salvini a transformé en QG d'une campagne électorale permanente. Et rompre avec l'idée que la question migratoire constitue l'alpha et l'omega de la vie politique italienne.

Luciana Lamorgese va notamment devoir remettre à plat les décrets sécurité anti-migrants de Matteo Salvini, mais sans amener les ministres Cinq Étoiles à se renier, au risque de faire exploser la toute nouvelle coalition. Fait révélateur : la question des flux migratoires est reléguée en 18ème position dans le programme commun du nouveau gouvernement, qui liste 29 engagements... 

Sur le fond, M5S et PD se sont mis d'accord sur la recherche d'une "solution européenne" passant par la renégociation du règlement européen de Dublin, qui confie actuellement aux pays d'arrivée la charge du traitement des demandes d'asile. Le sujet est très sensible en Italie, Rome accusant les 27 de l'avoir abandonnée dans la gestion de ce problème, qui fait peser un fardeau disproportionné sur les pays de premier accueil comme l'Italie, la Grèce ou Malte. 

Tenir à distance Matteo Salvini 

Le leader de la Ligue a perdu son pari. Il espérait des élections, et se retrouve dans l'opposition, passant du statut d'homme fort du gouvernement à celui de simple chef de parti. Mais il se tient en embuscade, et n'a rien perdu de sa combativité.

Sa priorité dans les prochaines semaines : pilonner un gouvernement "né entre Paris, Bruxelles et Berlin", attiser les divergences au sein du nouvel attelage, et profiter dès que possible de ses erreurs. Il promet à ses troupes un grand rassemblement à Rome le 19 octobre, et a d'ores et déjà prévenu : "Nous gagnerons à la fin. Il ne pourront pas fuir longtemps le jugement des citoyens."

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