Les deux partis populistes ont réussi à mettre sur pied un contrat de gouvernement qui tourne le dos à l'austérité et aux "diktats" de Bruxelles. Mais pour Bruno Le Maire "Les engagements qui ont été pris par l'Italie valent quel que soit le gouvernement". "Occupez-vous de la France", lui répond le patron de La Ligue.

En Italie, Luigi di Maio, chef de file du Mouvement 5 Étoiles a annoncé le 19 mai qu'il compte faire annuler l'énorme chantier de la ligne ferroviaire Lyon-Turin, un projet financé à environ 40% par l'UE
En Italie, Luigi di Maio, chef de file du Mouvement 5 Étoiles a annoncé le 19 mai qu'il compte faire annuler l'énorme chantier de la ligne ferroviaire Lyon-Turin, un projet financé à environ 40% par l'UE © Getty / Stefano Montesi - Corbis

Le contrat de gouvernement conclu par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles n'évoque pas une sortie de l'euro mais entend "revoir, avec les partenaires européens, le cadre de la gouvernance économique", y compris la monnaie unique, pour revenir à une Europe des pères fondateurs, de "paix, de fraternité, de coopération et de solidarité".  

Un projet qui inquiète les partenaires européens, dont la France. Et ses avertissements par la voix du ministre de l'Économie ont vraiment été très mal accueillis à Rome. Reconnaissons que Bruno Le Maire n'y est pas allé avec le dos de la cuillère... 

"Si le nouveau gouvernement prenait le risque de ne pas respecter ses engagements sur la dette, le déficit, mais aussi l'assainissement des banques, c'est toute la stabilité financière de la zone euro qui serait menacée. [...] Les engagements qui ont été pris par l'Italie valent quel que soit le gouvernement. Je respecte la décision souveraine du peuple italien, mais il y a des engagements qui dépassent chacun de nous", a mis en garde le ministre de l'Économie, invité dimanche de l'émission "Le Grand Rendez-vous" Europe 1-Les Échos-CNEWS.

Réponse immédiate de la coalition

La réponse de la coalition ne s'est pas faite attendre. C'est par la bouche du parti d'extrême droite, La Ligue, que la France a été "recadrée".

Matteo Salvini a jugé, "inacceptables" les avertissements de Bruno Le Maire :  

Un ministre français 'avertit' le futur gouvernement : 'Ne changez rien ou il y aura des problèmes'. Encore une invasion de terrain inacceptable

"Je n'ai pas demandé les votes et la confiance pour continuer sur la route de la pauvreté, de la précarité et de l'immigration: les Italiens d'abord !", a tweeté dimanche Matteo Salvini.

Un peu plus tard c’est par une vidéo qu'il a demandé :

Que les Français s'occupent de la France et ne se mettent pas à casser les pieds chez les autres.

"Aujourd'hui à nouveau une énième 'invasion de terrain' d'un politique européen contre le vote des Italiens. Il y a ce ministre Français qui dit 'le prochain gouvernement devra continuer à faire ce qu'on fait tous les autres avant lui'. Qu'il se mette le coeur en paix : nous ferons l’exact contraire de ce qu'on fait les gouvernements qui nous ont précédé."

Le courant ne passe pas non plus par le tunnel...

Luigi di Maio, chef de file du Mouvement 5 Étoiles a annoncé samedi qu'il compte faire annuler l'énorme chantier de la ligne ferroviaire Lyon-Turin, un projet de 8,6 milliards d'euros financé à environ 40% par l'UE. Il doit être achevé en 2030 et doit à la fois accélérer les liaisons passagers et transférer le transport de fret de la route vers le rail.  

Le "contrat de gouvernement bloque un projet qui ne sert à rien. Nous irons parler avec la France et nous lui dirons que le Lyon-Turin pouvait valoir quelque chose il y a 30 ans, mais ne sert plus aujourd'hui", a lancé Luigi Di Maio en visite près de Turin.

Dans leur "contrat de gouvernement", Di Maio et Salvini s'engagent en effet à "suspendre les travaux d'exécution" de la ligne ferroviaire et à "rediscuter intégralement le projet".

À l'automne, Emmanuel Macron, avait pourtant assuré que la France et l'Italie restaient "pleinement engagés" dans la réalisation de la ligne.

Un gouvernement dans la semaine

Luigi di Maio et Matteo Salvini doivent soumettre lundi au président italien Sergio Mattarella leur projet de gouvernement qu'il doit approuver ainsi que leur choix pour le poste de président du Conseil italien, avec l'objectif de former dans la semaine le premier gouvernement antisystème.

Leur programme prévoit, entre autres, d'abaisser l'âge de la retraite, des baisses d'impôts conséquentes, l'instauration d'un "revenu de citoyenneté" de 780 euros par mois, l'instauration d'un salaire minimum, un tour de vis sécuritaire, anti-immigrés et anti-islam. Et au chapitre "moralisation de la vie politique", l'interdiction faite aux francs-maçons de faire partie du gouvernement.

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