Le président italien a refusé dimanche soir de nommer le ministre de l'Economie anti-euro choisi par la coalition anti-système et extrême droite, quitte à provoquer une crise politique sans précédent.

Le président de la République Italienne a refusé, comme la Constitution l'autorise, le gouvernement eurosceptique proposé par la coalition
Le président de la République Italienne a refusé, comme la Constitution l'autorise, le gouvernement eurosceptique proposé par la coalition © AFP / Vincenzo PINTO

"J'ai aidé de toutes les façons la tentative de mettre en place d'un gouvernement, personne ne peut dire que j'ai mis des obstacles à la création d'un gouvernement dit 'de changement', au contraire" a expliqué Sergio Mattarella lors d'une déclaration télévisée. "Je dois signer les nominations et en assumer la responsabilité institutionnelle. Le président a donc un rôle de garant et ne peut pas subir d'impositions. "

"J'ai accepté toutes les nominations sauf celle du ministre de l'Economie", a déclaré le chef de l'Etat le ton grave. "Pour ce ministère, j'ai demandé aux partis de la coalition une personnalité politique n'étant pas considérée comme partisane d'une ligne qui pourrait provoquer la sortie de l'Italie de la zone euro".

Le président italien a désigné lundi Carlo Cottarelli, un ancien responsable du Fonds monétaire international (FMI), pour diriger un gouvernement de transition. Des élections anticipées devraient se dérouler en Italie au plus tard "début 2019", mais sans doute à l'automne.

Pour Luigi Di Maio, le leader du Mouvement 5 étoiles, le refus du chef de l'Etat italien de valider son choix est "incompréhensible" "Alors disons-le clairement qu'il est inutile d'aller voter, puisque les gouvernements ce sont les agences de notation, les lobbies financier et bancaire qui les font. Toujours les mêmes", a-t-il lancé dans un message vidéo, posté sur sa page Facebook.

"Questa non è democratie - Ce n'est pas une démocratie"

"L'Italie n'est pas un pays libre, c'est un pays occupé financièrement, pas militairement, par les Allemands, par les Français et par les bureaucrates de Bruxelles", a lâché de son coté Matteo Salvini, le leader de la Ligue. 

Luigi Di Maio a même évoqué une procédure de destitution du chef de l'Etat pour haute trahison, en application de l'article 90 de la Constitution. La majorité absolue des deux chambres réunies en séance commune est toutefois alors requise. 

Le rôle du président

Élu pour une durée de sept ans par les députés et les sénateurs ainsi que des représentants de régions, le Président de la République italienne a un rôle considéré comme symbolique. Mais il est le garant de la Constitution et nomme le président du Conseil des ministres et les ministres du gouvernement. Une prérogative, reconnue par l'article 92 de la Constitution italienne. Il dispose, également, du droit de dissolution du Parlement. 

Le refus de nommer un ministre présenté par la majorité parlementaire n'est pas une première. En 1994, par exemple, Silvio Berlusconi avait proposé au président Scalfaro de nommer son avocat Cesare Previti au poste de ministre de la Justice. Le président avait refusé de le faire et Berlusconi s'était incliné. 

Un homme de principes

Sergio Mattarella a 76 ans. Élu en février 2015, il est désormais, comme c’est la tradition, sans étiquette, après avoir été membre du Parti démocrate.

Fils d'un dirigeant historique de la Démocratie chrétienne (DC) Sergio Mattarella se destinait à une carrière de professeur de droit, mais en janvier 1980, son frère aîné, président de la région Sicile, meurt dans ses bras, assassiné par la mafia. Trois ans plus tard, cet homme connu et reconnu pour son intégrité est élu député sous la bannière de la DC. 

Sergio Mattarella a déjà montré par le passé être un homme de principes, lorsqu'en 1990 il a renoncé à son poste de ministre de l'Education de Giulio Andreotti pour protester contre l'adoption d'une loi confirmant à Silvio Berlusconi, pas encore entré en politique, son quasi-monopole sur les chaînes de télévision privées en Italie. 

Il a été l'auteur d'une nouvelle loi électorale, censée assurer une meilleure stabilité politique à l'Italie, appelée loi "Mattarellum", qui a été remplacée au bout de 10 ans par une nouvelle loi. 

Son dernier passage au gouvernement italien date de 2000. Il a quitté la vie politique en 2008. Trois ans plus tard, il a été élu juge à la Cour constitutionnelle puis Président de la République.

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