En faisant exploser la coalition au pouvoir en Italie, Matteo Salvini affiche son ambition : diriger seul. Avec la subtilité d'un éléphant dans un magasin de porcelaine, il estime qu'il n'a plus besoin de ses anciens alliés. Il exige des élections anticipées, dont le résultat lui semble acquis.

Pour Matteo Salvini, le temps de diriger seul est venu. Il réclame des élections anticipées.
Pour Matteo Salvini, le temps de diriger seul est venu. Il réclame des élections anticipées. © AFP / Andreas Solaro

Bien qu'il en soit l'homme fort, Matteo Salvini est las d'être le numéro deux du gouvernement. Il se voit à ce qu'il pressent comme sa place naturelle : en leader. 

En plein été, le ministre d'extrême-droite plonge l'Italie dans une nouvelle crise. Le ministre de l'intérieur proclame la fin de l'alliance avec le Mouvement 5 Etoiles (M5S), et réclame des élections anticipées.

Officiellement, Matteo Salvini reproche aux ministres du M5S de bloquer les investissements dans le pays, de s'opposer à de grands projets qui génèrent de l'emploi. C'est le cas du tunnel Lyon-Turin, défendu ardemment par Salvini et les siens, mais qui suscite l'opposition ferme du M5S.  "Le ver est dans le fruit depuis la formation de ce gouvernement. Ces deux partis ont des intérêts divergents depuis le départ, mais aussi des points communs comme la critique de l'UE. On savait que cela allait rompre, on ne savait pas qui prendrait la responsabilité. Maintenant on sait", explique Marc Lazar, historien, spécialiste de l'Italie, interrogé par France Inter.

Les sondages sont favorables, la voie est dégagée

En réalité, Salvini fait sauter la coalition car il s'appuie sur un calendrier qui lui semble favorable. Il est sorti le grand vainqueur des européennes, avec 34% des suffrages pour la Ligue, dont il est le chef politique. 

Il est crédité de 36 à 38% des intentions de vote, pour de probables législatives. L'alignement des planètes est idéal pour qu'il dirige seul. Ou presque. Il n'aurait besoin que du ralliement – déjà acquis – de petites mouvances fascisantes comme Fratelli d'Italia. 

Salvini fait la tournée des plages pour faire campagne

Un an et demi après son arrivée au ministère de l'Intérieur politique (les dernières législatives ont eu lieu en mars 2018), Matteo Salvini a réussi à phagocyter ses anciens partenaires du Mouvement 5 Etoiles. 

Aujourd'hui, le parti populiste qui se revendique ni de droite, ni de gauche aurait perdu la moitié de son électorat par rapport au dernier scrutin parlementaire. Le parti est jeune. Il a été crée il y a 10 ans, par le comédien Beppe Grillo. Il n'a pas résisté au rouleur compresseur Salvini, à ses méthodes criardes et diablement efficaces sur les réseaux sociaux.

Le plan Salvini semble avoir été bien préparé. Depuis le début de l'été, il a entamé une tournée des plages qui ressemble en réalité à une campagne électorale. Il tient chaque soir des meetings, dans une ambiance chaleureuse, estivale. Mais toujours avec la même colère dans ses propos quand il aborde ses thèmes de prédilection : les migrants, Bruxelles, l'Euro … 

Fidèle à son habitude, il passe peu de temps au Viminale, l'immense palais blanc qui abrite son ministère. Il préfère être en déplacement pour sa campagne perpétuelle. "Il a précipité la crise car le moment est favorable pour lui", analyse Marc Lazar sur France Inter, qui poursuit : "Il apparaît comme l'homme fort, l'homme du futur, il n'a pas de rival. Il est l'homme qui polarise toutes les attentions"

Le chef de la Ligue impose son calendrier à l'Italie et aux électeurs. Selon la Constitution, un délai de campagne électorale de soixante jours est nécessaire. Ce qui implique un vote en octobre : soit au beau milieu d'une discussion budgétaire capitale pour l'Italie. Un moment où le calme et le raison devraient animer le pays, plutôt que l'agitation que candidat Salvini ne manquera pas de semer. 

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