50 millions d'électeurs sont appelés à se prononcer dimanche sur une réforme qui prévoit une réduction drastique des pouvoirs du Sénat et une limitation des prérogatives de régions

L'une des affiches de l'opposition qui dit "Fais-le pleurer, vote non"
L'une des affiches de l'opposition qui dit "Fais-le pleurer, vote non" © AFP / Filippo Monteforte

En Italie comme partout ailleurs, lorsqu’un gouvernement pose une question dans le cadre d’un référendum, la réponse n’est généralement pas celle que l’on attendait. Matteo Renzi a de plus eu le tort de mettre son poste en balance pour une réforme qu’il juge primordiale pour le pays et pour laquelle un référendum constitutionnel est nécessaire. Les Italiens voteront le dimanche 4 décembre.

La loi italienne interdit la publication des sondages dans les 15 jours qui précèdent un scrutin, mais les derniers résultats disponibles laissent entendre que le "NON" l'emporterait avec plusieurs points d'écart. A noter que le nombre d’indécis est également très élevé.

L’Italie est-elle prête pour une "cinquième République" ?

Infographie Renzi joue son avenir politique sur une réforme institutionnelle
Infographie Renzi joue son avenir politique sur une réforme institutionnelle © AFP / Valentina BRESCHI Aude GENET

La réforme constitutionnelle proposée par Matteo Renzi veut à apporter plus de stabilité politique dans un pays qui a connu 60 gouvernements depuis 1946. Elle veut également accélérer le processus législatif en réduisant de manière drastique les pouvoirs du Sénat qui – particularité italienne – bénéficie d’exactement des mêmes pouvoirs que la chambre des députés. Des députés qui deviendraient les seuls à pouvoir voter la confiance au gouvernement et la majorité des lois, une infime partie étant aussi de la compétence du Sénat réduit de 320 à 100 membres représentants les régions.

L’ambition réformatrice de Renzi ne s’arrête pas là puisqu’il a également prévu de supprimer les "provinces", l'équivalent des nos départements, pour ne conserver que les régions mais qu'il va priver de toute une série de prérogatives de première importance que l’Etat partage avec elles, comme la santé, l’énergie, la formation ou les transports publics et Le chef du gouvernement promet, grâce à ces réformes, une clarification institutionnelle mais également des économies.

Matteo Renzi a lié son sort à celui du "OUI"

Lorsque ce projet de loi a été adopté en avril dernier, le chef du gouvernement a annoncé qu'il le soumettrait à un référendum populaire et qu'en cas d'échec il démissionnerait. Une affirmation répétée à plusieurs reprises avant d'être récemment nuancée, Matteo Renzi reconnaissant qu'il a commis une erreur en personnalisant ce vote.

"Les leaders du "NON" ne veulent que défendre leurs privilèges" selon Matteo Renzi. En tout cas ils sont très, très nombreux puisque la majorité de la classe politique, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite en passant par les populistes du Mouvement 5 Etoiles ou de la Ligue du Nord, le parti Forza Italia de Silvio Berlusconi et même des "frondeurs" du PD, appellent à voter "NON". Les adversaires de Matteo Renzi comptent sur leur victoire pour provoquer la chute du chef du gouvernement et notamment le Mouvement 5 Etoile qui croit à des législatives anticipées et qui serait est en mesure de les remporter selon certains sondages.

Matteo Renzi a sillonné le pays et multiplié les rencontres publiques. Le Mouvement 5 étoiles a lui parcouru le pays en train pour faire la campagne du "NON" et l'affrontement entre le chef du gouvernement et son principal opposant a pris une telle ampleur qu'elle est allée jusque à l'insulte quand Beppe Grillo a qualifié Matteo Renzi de "truie blessée" par des sondages défavorables.

Nouvelles incertitudes économiques pour le pays

L'incertitude quant au résultat de ce scrutin provoque des sueurs froides en Europe et sur les marchés, où l'on redoute une nouvelle phase d'instabilité dans la troisième économie de la zone euro. Les banques italiennes sont depuis des mois dans le collimateur des marchés financiers. Le Financial Times a publié lundi un article jugeant qu'au moins huit de ces banques risquaient la faillite en cas de victoire du non et les assurances de Matteo Renzi n'ont pas semble rassurer les marchés financiers car certains évoquent déjà une sortie de l'Italie de la zone euro s'il perd son pari du référendum dimanche.

Le président américain Barack Obama, la chancelière allemande Angela Merkel et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker ont ouvertement appelé à voter "OUI", un soutien dénoncé par le M5S et la Ligue du Nord galvanisés par le Brexit et l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche, et qui espèrent être portés par cette vague populiste.

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