Toujours la même musique. Comme en 2006, les premiers sondages sorties des urnes donnent une avance confortable au centre gauche. Une victoire plus nette que prévue s'affiche hier dès 15h01. Et puis au fil des minutes, cet avantage fond, les projections des instituts se contredisent, la confusion est totale en fin d'après midi.

En début de soirée, les opérations de dépouillement commencent à donner une tendance qui s'affinera dans la nuit.

Et pendant ce temps, ça gesticule, ça hurle, ça analyse à tout va et dans tous les sens. Le monde des médias et de la politique est en transe. Le citoyen électeur assiste les bras ballants à ce triste spectacle.

L'Italie sur béquilles?
L'Italie sur béquilles? © Radio France / ERV

A 3 heures du matin, les résultats définitifs s'affichent.

Au Parlement, la coalition de centre gauche (Bersani) arrive en tête avec 29,5%.(les sondages le donnaient à 35) devant le pole de centre droit (Berlusconi) 29,1%. (126 000 voix d'écart).

La sensation vient evidemment de Beppe Grillo (on l'avait dit et répété dans Partout Ailleurs vendredi dernier) avec 25, 5%. Son mouvement Cinque Stelledevient même le premier parti à la Chambre, le PD sorti de la coalition ne recueille que 25,4%. Monti loin derrière à 10,6%.

Au Sénat, 31,6% pour la gauche contre 30,7% pour la droite, Grillo à 23,8, Monti à 9. La majorité est fixée à 158 siège. La gauche en aura 120.Situation de blocage.

La faute en partie à une réforme électorale votée en 2006.

A l'époque, Silvio Berluscon,i annoncé perdant, modifie la loi. En résumé, le nouveau code limite "la casse" pour les perdants et empêche une victoire trop large du gagnant. Prodi gagne d'un souffle.

Et depuis la réforme de cette loi devient un serpent de mer de la vie politique italienne.

Quand il prend la tête du gouvernement technique, Mario Monti l'inscrit au cahier des charges des partis afin que le scrutin de 2013 dégage une majorité nette. A droite, on traine les pieds, à gauche, on pense encore une fois que Berlusconi est fini et rien ne se fait parce que rien ne presse. Derrière se cache une hypocrisie. Cette loi permet en effet à tout un chacun de préserver un siège ou une position en dépit d'une faible score. Une sorte de consensus qui entraine ensuite les formations dans une partie de tractations et d'alliances.

Il existe des exceptions à la règle. Après les communistes en 2008, au tour desfigures des vieux partis traditionnels de disparaitre des écrans parlementaires. Les expostfascistes du Msi et ANcomme Gianfranco Fini (dernier président de la Chambre) ou l'héritier de la Démocratie Chrétienne (Pierfernandino Casini) ou encore les juges reconvertis en politique (Antonio Di Pietro) sur la liste d'Ingroia, à peine 2%.

En ce sens, une époque bouge. Un pays bouge. Mais le citoyen est toujours perçu comme un porteur de voix, et non un individu. En témoigne hier la soirée électorale. Toutes les chaines, les analystes parlaient de la gouvernabilité, des alliances à faire, des négociations. En 9 heures de direct, il n'a jamais été question des défis qui attendent le pays.

L'irresponsabilité politique dans la crise sociale façonne le succès de Grillo. Et sa victoire ne s'est pas dessinée du jour au lendemain. Depuis dix ans, l'homme creuse son sillon. Dénonciation des affaires de corruption, de détournements, d'abus de bien sociaux, puis participation active au débat de société comme le projet de privatisation de l'eau, le TGV Lyon/Turin, l'Antimafia.

Beppe Grillo
Beppe Grillo © Radio France / MA

Et au lendemain de cette élection, Grillo se plait à rappeller que sa campagne sur le web et des meetings dans les centres villes autofinancés lui permettent d'atteindre 25% quand Berlusconi, Bersani et Monti dépensent des fortunes pour monter leur show avec un argent public.

Mario Monti décoloré
Mario Monti décoloré © Radio France / AR

Beppe Grillo a recueilli les déçus de Monti.

Au lieu de couper dans les frais de fonctionnement de l'administration publique,il professore a taillé dans les services publiques (santé, éducation, aide à l'emploi).

Les déçus de Berlusconi aussi ont rallié Grillo.

Les déçus de Bersani qui représente une tradition syndicale, jugé passéiste pour beaucoup. Le Parti Démocrate et les syndicats n'ont pas bougé quand Fiat a imposé la flexibilité dans les usines de Turin par un Réferendum humiliant pour ses ouvriers. La convention collective de tout un secteur a été changé.

Au fil des ans, on pourrait penser que la classe politique prendrait conscience de ces réalités, ces frustrations. A croire aujourd'hui qu'elle est réellement déconnectée des Italiens.

La faiblesse de la gauche fut un terreau pour Berlusconi. Le laxime et l'affairisme en politique est celui de Grillo. Ce qu'il disait sur France Inter vendredi soir a été entendu "Manifester dans la rue ne sert à rien, ça finit en baston contre les flics. Pour renverser ce système, il faut l'attaquer de l'intérieur. Entrer au Parlement et tous les mettre dehors" .

Nikki Vendola , fondateur du mouvement (Gauche, écologie, et liberté (SEL)) utilisait la métaphore du foot pour dépeindre le climat politque.

Sur un terrain, dans un match, les deux équipes peuvent faire ce qu'elles veulent. Acheter l'arbitre, ou un joueur adversaire, tractations secrètes, manipulations. Et dans le stade, les spectateurs citoyens passifs ne peuvent influer sur les évènements. Ils hurlent, lancent des quolibets, manifestent leur mécontentement mais rien n'y fait.

Ppur poursuivre la métaphore, depuis hier soir avec Grillo, ils sont descendus des tribunes et s'apprêtent à envahir le terrain.

Encore une fois, la politique et l'antipolitique dressent les Italiens les uns contre les autres. Les noms et les partis ont changé. Les symptômes sont les mêmes. Mais aujourd'hui, la crise fait que le temps est compté.

Eric Valmir

sur Twitter @ericalmir

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