En Caroline du sud, personne n’aurait imaginé que le sénateur républicain puisse être en danger pour sa réélection. Mais le Démocrate Jaime Harrison, financé par de riches donateurs, peut créer la surprise.

Jaime Harrison face à son adversaire Lindsey Graham lors d'un débat le 30 octobre 2020
Jaime Harrison face à son adversaire Lindsey Graham lors d'un débat le 30 octobre 2020 © AFP / Sean Rayford/Getty Images

Il y a encore quelques mois, personne n’aurait douté de la réélection de Lindsey Graham. Cette figure du parti républicain, âgé de 65 ans, est un pilier de la vie politique en Caroline du Sud. Après avoir été élu à la Chambre pendant huit ans, il a rejoint le Sénat en 2003 et remet son siège en jeu pour un quatrième mandat.

Lors de sa dernière élection en 2014, il avait plus de seize points d’avance sur son adversaire. Et en 2016, Donald Trump a dominé largement Hillary Clinton en Caroline du Sud : 55% contre 40,7%. Alors que s’est-il passé pour que Lindsey Graham se retrouve au coude-à-coude dans les sondages avec le candidat démocrate afro-américain Jaime Harrison, 44 ans, encore méconnu il y a un an ?

Lindsey Graham, des revirements qui ont agacé son camp

L’une des raisons tient au récent parcours de l’expérimenté sénateur républicain, spécialiste de politique étrangère. Lindsey Graham était un des adversaires les plus virulents de Donald Trump quand le milliardaire a fait irruption dans la course à la présidentielle 2016. À l’époque, Graham a lui-même été brièvement candidat avant de renoncer, faute d’argent. Jusqu’à l’élection de Trump, il a refusé de le soutenir. Il l’a accusé de racisme, d’avoir dénaturé les valeurs du parti républicain.

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Puis, après son investiture, il s’est étonnamment réconcilié avec le président-milliardaire qui ferait régulièrement appel à son expertise en politique étrangère. Cette volte-face lui a valu de nombreux ennemis.

Autre revirement, Graham avait promis qu’il ne nommerait jamais un juge à la Cour suprême en année électorale. Lui qui préside la commission judiciaire du Sénat ne s’est pourtant pas privé de confirmer, juste avant l’élection, la conservatrice Amy Coney Barrett, à l’instar de ses collègues républicains.

Jaime Harrison, une campagne à coups de millions

Conséquence, de nombreux démocrates rêvent d’avoir la peau du sénateur de Caroline du Sud. Les riches donateurs du parti ont donc sorti leurs chéquiers pour Jaime Harrison, qui a levé 109 millions de dollars contre 79 millions pour son adversaire. La campagne la plus chère de l’histoire du Sénat.

"C’est du jamais vu en Caroline du Sud qu’un sénateur sortant républicain se retrouve en position si délicate", assure Michael Bitzer, chercheur en sciences politiques à Catawba College. "Mais Lindsey Graham s’est tiré une balle dans le pied avec ses revirements successifs, et je ne serais pas surpris que beaucoup d’électeurs votent pour Trump et pour le candidat démocrate au Sénat."

Jaime Harrison s’est aussi révélé un redoutable candidat. Bon orateur, charismatique, il connaît parfaitement la Caroline du Sud, où les tensions autour du passé esclavagiste restent vives. Aujourd’hui encore, le niveau de pauvreté y est très supérieur chez les Afro-Américains. Ces inégalités sont visibles à Dillon, au nord-est de l’État, un des rares comtés remportés par Clinton en 2016. Dans le quartier noir de cette petite ville, des voitures fatiguées sont garées devant des maisons de plain-pied en triste état. Ici, bien souvent, on ne vote pas, on cherche d’abord à boucler les fins de mois. Et quand on vote, c’est pour le parti démocrate : Joe Biden, et Jaime Harrison bien sûr.

"Je l’aime bien", dit Joe en tentant de calmer son chien qui ne semble guère apprécier les visiteurs. "Les autres politiciens mentent. Lindsey Graham et Donald Trump se fichent des gens comme nous. Harrison, ça fait longtemps qu’il connaît cet État, je le respecte. Il peut changer beaucoup de choses en Caroline du Sud."

Vers une surprise à l'issue du scrutin ?

À quelques blocs de là, des fidèles se retrouvent près d’une église avant l’office. Uniquement des Blancs, beaucoup d’agriculteurs. L’Amérique chrétienne et républicaine de Caroline du sud. Gary, au volant de son pickup, votera Lindsey Graham.

"C’est un conservateur. Il ne veut pas ouvrir nos frontières et laisser des clandestins venir ici. Si vous voulez travailler et qu’on respecte votre liberté religieuse, faut voter Lindsey Graham et Donald Trump. 100% républicain."

John se gare à son tour, carrure impressionnante et fort accent du sud. Il s’étonne moins de la popularité de Jaime Harrison que de l’argent dont il dispose. "Je ne peux pas allumer la télé", dit-il "sans tomber sur une de ses publicités."

Jaime Harrison a grandi dans un mobil-home. Après une scolarité exemplaire, il a décroché un diplôme en sciences politique à la prestigieuse université de Yale. Il pourrait à présent créer l’une des plus grandes surprises des élections américaine.