À l'étranger, les journalistes doivent s'appuyer sur des fixeurs, eux-mêmes journalistes ou ayant un fort intérêt pour le terrain, pour les guider, les aider et même les protéger.

Dans les zones les plus dangereuses, les fixeurs sont incontournables pour permettre aux journalistes étrangers de travailler.
Dans les zones les plus dangereuses, les fixeurs sont incontournables pour permettre aux journalistes étrangers de travailler. © Reuters / Danish Siddiqui

Ils travaillent dans l'ombre, prennent les plus grands risques, sans eux, les journalistes étrangers ne peuvent pas réellement travailler. Journaliste, guide, chauffeur, entremetteur, le fixeur est relativement invisible dans les médias français et pourtant, il est essentiel.

La mort lundi de Bakhtiyar Addad à Mossoul en Irak, fixeur de Stephan Villeneuve, Véronique Robert, Samuel Forey mais aussi d'une grande majorité, si ce n'est de tous les journalistes français qui ont couvert la guerre en Irak depuis 2003, lève le voile sur un métier difficile, dangereux et peu connu du grand public.

"Nos yeux, nos oreilles, notre cerveau"

Les fixeurs, ce sont "nos yeux, nos oreilles et notre cerveau" explique Jean-Pierre Canet, rédacteur en chef d'Envoyé Spécial, le magazine pour lequel Stephan Villeneuve et Véronique Robert préparaient un sujet sur la bataille de Mossoul.

"Ce sont des locaux, souvent journalistes mais pas forcément" explique Vanessa Descouraux, reporter qui a séjourné plusieurs années en Égypte pour Radio France. "Ce sont en tout cas des gens qui sont attirés par le terrain, par aller voir eux-mêmes ce qui se passe dans leur propre pays, parfois même dans leur propre quartier. Ils ont le carnet d'adresse, ils connaissent les sujets."

Des gens qui ont "la subtilité du terrain" explique aussi Jean-Pierre Canet, "qui savent anticiper les dangers. Le fixeur c'est quelqu'un sans qui on ne peut pas travailler. Sans des gens comme Bakhtiyar, on n'a pas d'information indépendante".

Pas d'information indépendante et une sécurité moindre pour les reporters étrangers. "On confie nos vies à ces gens-là", rappelle la journaliste de France Inter. "Quand le fixeur te dit 'là je ne le sens pas, là on n'y va pas', il faut l'écouter, toujours, parce que lui connaît le terrain, il a une expérience, un ressenti que nous on n'a pas, même si on y vit temporairement."

"Les plus grands risques sont pris par eux, dans l'ombre"

Bien souvent, l'aide apportée par le fixeur reste invisible. En France, la presse ne signale que trop rarement la collaboration avec l'un d'entre eux. Recommandés par d'autres collègues, bénéficiant d'une certaine notoriété auprès des journalistes, les fixeurs sont aussi plus vulnérables.

"Les plus grands risques sont pris par eux, dans l'ombre", explique Vanessa Descouraux, "parce que eux, ils restent. Il y a bien sûr les risques 'bruts' comme en Irak sur un terrain de guerre, mais aussi les représailles lorsque le voisinage, en Afghanistan par exemple, sait qu'ils ont travaillé avec des Occidentaux. Ou encore le quotidien, en Égypte par exemple, où ils travaillent sans document officiel de type carte de presse et sont arrêtés, questionnés."

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