L’homme politique altermondialiste et vice-président du comité consultatif du conseil des droits de l’homme de l’ONU a poussé un cri d’alarme sur la situation migratoire aux portes de l’Europe. Il était l’invité de l’émission Le Nouveau Rendez-vous de Laurent Goumarre.

Migrants à la frontière gréco-turque
Migrants à la frontière gréco-turque © Getty / Picture alliance

Que se passe-t-il en Turquie avec les migrants ? 

Petit rappel de la situation : à la frontière gréco-turque, la Turquie accueille 3, 7 millions de réfugiés. Le président turc Recep Tayyip Erdogan vient d'ouvrir ses frontières pour laisser passer les réfugiés en Europe via la Grèce. Un moyen de pression, pour demander à l'Union européenne une aide politique ainsi qu'un soutien financier : la Turquie réclame toujours 2,8 milliards d'euros dans le cadre du pacte avec Bruxelles signé en 2016. 

Pourquoi est-ce grave ? 

Le cri d’alarme de Jean Ziegler : "C'est une tragédie totale qui se joue en deux lieux. D'une part, il y a la frontière du nord entre la Grèce et la Turquie, le long du fleuve Evros. Et ensuite, la deuxième tragédie se joue dans la mer Égée. 

Le dictateur et malfaiteur turc Recep Tayyip Erdogan a, avec un cynisme total, ouvert les frontières turques. Maintenant les autobus de son parti l'AKP emmènent des dizaines de milliers de personnes, des hommes, des femmes, des enfants, syriens, irakiens, yéménites, soudanais, etc. à la frontière grecque.  

Au moment où nous parlons, il y a des milliers de personnes désespérées, coincées sur des champs détrempés par la pluie, sans nourriture, sans soins médicaux... Ils font face à une police grecque surarmée. Trois enfants sont morts de froid en Thrace, selon l'ONU. 

Ensuite, la deuxième tragédie se joue en mer Égée, c'est-à-dire sur les cinq îles de la mer Égée, notamment sur la plus grande, Lesbos (1 700 kilomètres carré). Il y a le camp d'accueil de rétention de Moria depuis 2015. Et là, arrivent en grand nombre, des bateaux gonflables ou d'autres embarcations fragiles surchargées de réfugiés. Ils sont enfermés derrière des barbelés dans des conditions inhumaines effrayantes : pas de soins médicaux, une nourriture avariée et immangeable, une hygiène déficiente (une cabine de toilette métallique pour cent personnes, la plupart du temps inutilisables et puants), et les gens sont malades de la gale. 

Dans ces bidonvilles, ils sont maintenant 24 000 dans des abris de plastique ou des tentes qui s’effondrent à la première tempête. Ces personnes sont totalement désespérées parce qu'elles ne peuvent pas déposer leur demande d'asile. J’ai été rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation pendant huit ans : j’en ai vu des choses horribles. 

Mais à Moria, on m’a rapporté la pire des choses : des tentatives de suicide d’enfants ou des mutilations d’enfants qui se frappent les bras ou les jambes avec des couteaux. 

Médecins sans Frontières fait un travail magnifique. Avec des psychiatres, ils essayent de freiner et d’empêcher ces suicides. Mais des enfants de 8, 9, 10, 12 ans qui tentent de se suicider par désespoir. C'est une honte totale. Et ça se fait sur le sol européen au nom de l'Europe !" 

Un scandale qui met l’Europe face à ses responsabilités

Jean Ziegler : "L'Europe n'a pas le droit de fermer ses frontières. Le droit d'asile est une conquête de civilisation. Si quelqu’un est bombardé, torturé, persécuté, dans son pays, il a le droit de passer une frontière et de demander protection dans d’autres États. C'est l'article 14 de La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et la Convention de 1951 des Nations Unies sur les réfugiés. 

Quand l’Europe ferme ses frontières, c'est un scandale, une violation des Droits de l'Homme. On s’achemine vers un crime contre l’humanité. C’est ce que le secrétaire général du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU, m’a dit en me confirmant que c’était passible de la Cour pénale internationale. 

Il faut une insurrection des consciences et de l'opinion publique européenne pour faire changer de politique ou ouvrir les frontières. Que les États acceptent ou n’acceptent pas la demande d’asile, c'est une question de souveraineté. Mais empêcher le persécuté de déposer sa demande de protection est un crime contre l'humanité commis par l'Union européenne."

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