Jusqu'à présent, la Jordanie n'a pas rencontré les grands vents du printemps arabe, même si elle a connu des turbulences internes. Le centre de réflexion Arab Reform Initiative vient de publier un rapport sur la situation dans le royaume intitulé "Jordan: A Flowerless spring" (http://www.arab-reform.net/jordan-flowerless-spring).

Le rapport dresse plusieurs constats. D'abord, le roi Abdallah II a le monopole du pouvoir, le critiquer tombe sous le coup de la loi. Ensuite, le royaume hachémite est traversé par plusieurs lignes de clivage dont la plus ancienne et la plus profonde divise les Transjordaniens et les Palestiniens.

Dans ses discours, le roi se pose en ardent supporter de la démocratisation. Or, ce processus est bloqué. D'abord, les régions et villes à majorité transjordanienne sont surreprésentées par rapport aux circonscriptions où les Palestiniens sont majoritaires. Le parlement jordanien est d'abord une assemblée de notables, de représentants des tribus et de fidèles du roi. "Donner plus de sièges (aux Palestiniens) déclencheraient les foudres des Transjordaniens," écrit Arab Reform Intiative. Premier blocage.

Deuxième blocage : les islamistes. Ils sont la force politique dominante. Mais le roi Abdallah n'aime pas les barbus. Lui est favorable à une occidentalisation de son royaume et au maintien du traité de paix avec Israël. Le Front d'Action Islamique est contre ces deux points.

Enfin, souligne le rapport, il y a la question de la corruption. Le roi Abdallah et la famille royale sont loin d'avoir les mains propres. Le népotisme est largement présent à la tête de l'Etat. Alors régulièrement - en général tous les six mois ou un an- le roi change de Premier ministre, l'accusant de freiner les réformes. Pourra-t-il continuer longtemps comme ça ?

Conclusion du rapport d'Arab Reform Initiative: le régime hachémite doit évoluer vers une monarchie constitutionnelle, sinon elle va au-delà des grosses difficultés : "le roi Abdallah doit comprendre qu'il est impossible pour lui de gérer de manière personnelle la Jordanie de façon éternelle. S'opposer au mouvement de réforme comme il le fait, aboutira à détruire la Jordanie et son modèle de société et, in fine, son trône."

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.