[scald=89317:sdl_editor_representation]par David Alexander

BRUXELLES (Reuters) - Les Etats-Unis semblent avoir pris Kaboul de court en exprimant l'intention de cesser toutes les opérations de combat en Afghanistan dès 2013, un an avant le retrait de leur contingent.

Entre ces deux échéances, le rôle des troupes américaines sera axé sur la formation de l'armée locale, a annoncé mercredi le secrétaire américain à la Défense.

"Notre objectif est d'achever toute cette transition en 2013 et nous espérons qu'entre le milieu et la fin de 2013, nous pourrons passer d'un rôle de combat à un rôle d'assistance et de conseil", a déclaré Leon Panetta dans l'avion le menant à Bruxelles pour un conseil des ministres de la Défense de l'Otan programmé jeudi et vendredi.

Les Etats-Unis et l'Alliance atlantique se sont d'ores et déjà entendus avec Kaboul pour achever le retrait de leurs effectifs avant la fin 2014.

"Décider d'avancer cela d'un an chamboule tout le plan de transition. La transition a été programmée en fonction d'un calendrier et cela nous oblige à accélérer tous nos préparatifs. Cela aura sans aucun doute un effet sur notre préparation, sur la formation et l'équipement des forces de police", a regretté un membre éminent des services de sécurité afghans.

La France, alliée des Etats-Unis au sein de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) sous commandement de l'Otan, a annoncé vendredi que le retrait d'Afghanistan de ses unités combattantes serait avancé d'un an, à fin 2013.

PAS DE CHANGEMENT, ASSURE WASHINGTON

"Après le retrait de nos forces combattantes, la France restera engagée dans la formation de soldats afghans", a alors précisé Nicolas Sarkozy.

Les alliés étaient convenus il y a deux ans au sommet de Lisbonne d'achever cette transition à la fin de l'année 2014.

"Lors de nos discussions de Lisbonne, il a toujours été clair que viendrait le moment où nous ferions cette transition et que nous serions ensuite en mesure de consolider ces gains en 2014", a soutenu Leon Panetta. "Par conséquent, l'essentiel, c'est que non, il ne s'agit pas d'une nouvelle stratégie, mais l'application de ce dont il a été question à Lisbonne."

Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l'Otan, a lui aussi nié tout changement de plan et a dit s'attendre à un transfert des responsabilités à la mi-2013.

"Il est évidemment essentiel que ce changement de rôles ait lieu de façon coordonnée", a-t-il souligné, insistant sur la prise en compte de la situation sur le terrain.

"L'idée dont nous débattons avec nos alliés est de remettre la responsabilité des combats aux forces afghanes, mais l'Isaf continuera sans doute à mener des opérations de combat aux côtés de nos partenaires afghans", a par ailleurs précisé un haut fonctionnaire du Pentagone ayant requis l'anonymat.

Selon un diplomate européen, Leon Panetta "n'a pas dit explicitement que les Etats-Unis allaient mettre fin à leurs opérations de combats en 2013". "Il y aura un changement, mais il n'a pas dit quand il s'achèvera", a-t-il ajouté.

Sur les 130.000 hommes de l'Isaf, 90.000 sont Américains. Le contingent français en compte 3.600 et les Britanniques sont 9.500. Depuis l'intervention lancée après les attentats du 11 septembre 2001, l'armée américaine a perdu 1.889 soldats, l'armée française 82, dont 26 pour la seule année 2011, la plus meurtrière. Les pertes britanniques sont estimées à 397 soldats.

QUEL IMPACT SUR LES TALIBAN ?

L'impact de ces annonces sur les calculs des taliban, que les Etats-Unis veulent amener à entamer un processus de réconciliation avec le gouvernement d'Hamid Karzaï, est l'une des grandes inconnues.

L'un des axes stratégiques consiste à accroître la pression militaire pour les contraindre à prendre langue avec Kaboul.

Dans un rapport confidentiel que se sont procurés des médias britanniques, l'Otan estime toutefois que les taliban bénéficient du soutien du Pakistan et sont prêts à reprendre le contrôle de l'Afghanistan au terme du retrait des troupes occidentales de l'Otan.

De retour de Kaboul, la ministre pakistanaise des Affaires étrangères, Hina Rabbani Khar, a assuré jeudi qu'Islamabad encouragerait les insurgés afghans, y compris les membres du réseau Haqqani et les taliban, à s'engager dans un processus de paix si l'Afghanistan le lui demandait.

Le Pakistan est soupçonné depuis longtemps d'instrumentaliser la guérilla afghane pour compenser l'influence croissante de l'ennemi indien et préserver la "profondeur stratégique" jugée nécessaire à sa sécurité.

Les Etats-Unis et leurs alliés sont convaincus que l'Afghanistan ne pourra être stabilisé sans la coopération du Pakistan, or les relations bilatérales ont été durement affectées par la mort d'Oussama ben Laden, tué le 2 mai près d'Islamabad au cours d'une opération des forces spéciales américaines menée à l'insu des autorités locales.

Le décès de 24 militaires pakistanais dans un raid aérien de l'Otan, fin novembre, a ajouté au trouble.

Avec Mirwais Marooni à Kaboul, Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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