La sénatrice californienne a marqué les esprits lors du premier débat des primaires démocrates visant à investir le prochain candidat qui affrontera Donald Trump à la présidentielle de 2020. Depuis, elle ne cesse de grimper dans les sondages.

La sénatrice Kamala Harris est sortie gagnante du premier débat démocrate le 27 juin 2019
La sénatrice Kamala Harris est sortie gagnante du premier débat démocrate le 27 juin 2019 © Getty / Cliff Hawkins

Elle est sortie du lot lors du premier débat des primaires démocrates le 27 juin dernier. Elle a mis dans l'embarras le favori Joe Biden et ça a payé. Les premiers sondages publiés juste après ce débat ont donné Kamala Harris en troisième position parmi les 24 candidats démocrates à l'investiture du parti, après Joe Biden et Bernie Sanders, et devant la sénatrice expérimentée Elizabeth Warren. Mais depuis ce mardi, elle a ravi à Bernie Sanders la deuxième place des intentions de vote dans le dernier sondage. En avril, il ne faut pas oublier qu'elle était créditée de 5 à 8% des intentions de vote.

Toujours dans ce même sondage de mardi, Joe Biden dégringole même s'il est toujours leader, passant de 32% des intentions de vote fin mai à 22%. Il n'a plus que deux points d'avance sur Kamala Harris.

Harris, première femme à la Maison blanche ?

Kamala Harris se rêve en première Présidente américaine. 

C'est une femme qui a l'habitude de casser les plafonds de verre. Élue procureure de San Francisco en 2004 puis procureure générale de Californie en 2010, elle est la première femme et la première personne qui ne soit pas blanche à avoir occupé chacun de ces postes. Et elle pourrait donc devenir la première femme noire présidente.

Kamala Harris a été élevée à Oakland, Californie, par des parents militants. Enfant, elle était emmenée aux manifestations pour les droits civiques dans les années 60 et 70.  Elle a écrit sur le site web d'une de ses campagnes passées :

Enfant, j'étais entourée d'adultes défilant et criant pour ce que l'on appelle la justice

Attaquée sur ses origines

Si Kamala Harris a eu autant de succès lors du premier débat, c'est qu'elle a interpellé Joe Biden sur son opposition dans les années 70 au projet d'étendre le transport scolaire à toutes les écoles du pays. Une mesure qui visait à favoriser la scolarisation des enfants noirs des quartiers pauvres dans des écoles de quartiers blancs, afin de favoriser la mixité sociale.

J'ai fait partie de ces enfants qui ont pris les transports scolaires 

Le succès de Kamala Harris dans les sondages après le premier débat a forcément engendré un flot de critiques, comme dans toute campagne politique. L'attaque la plus dure qui a fait le plus de buzz est sans doute celle d'un internaute noir, Ali Alexander. Son premier tweet est devenu viral lundi soir :

Kamala Harris n'est pas une noire américaine. Elle est à moitié indienne et à moitié jamaïcaine. Ras le bol des gens qui s'approprient l'histoire des noirs. C'est dégueulasse. C'est mon peuple, pas le sien.

Donald Trump junior, le fils du Président, l'a retweeté, en posant la question : "Est-ce vrai ? Wow."

Le scandale a pris une telle ampleur que Donald Trump Junior a retiré son tweet. Quant à celui qui est à l'origine du premier tweet, Ali Alexander, il s'est expliqué plus longuement, affirmant que Kamala Harris "ne descend pas d'esclaves contrairement à ce qu'elle laisse croire"

Mais en réalité, Kamala Harris n'a jamais caché ses origines. Les médias d'ailleurs les évoquent régulièrement. 

Lily Adams, la directrice de communication de Harris, a affirmé de son coté que certaines personnes, Trump y compris, ont utilisé les mêmes éléments rhétoriques pour jeter le doute sur le pays de naissance de Barack Obama. Or, Obama est né à Hawaï, aux États-Unis. Sur CNN elle a déclaré : 

Ça n'a pas marché à l'époque, et ça ne marchera pas aujourd'hui. 

Cependant, Harris joue la carte de la femme noire dans cette élection. Elle a annoncé sa candidature le 20 janvier, jour férié qui célèbre la mémoire de Martin Luther King. Elle a tenu son premier meeting à Oakland, Californie, où un tiers de la population est noir, et son QG de campagne se situe à Baltimore, ville à majorité noire.

En 1988, elle a travaillé sur la campagne présidentielle du révérend Jesse Jackson, défenseur historique des droits civiques et proche de Martin Luther King.

Adversaire acharnée de Trump

Kamala Harris est très vite montée au créneau contre le mur que Trump veut faire construire à la frontière mexicaine. Elle écrit sur Twitter :

C'est une dépense stupide. Au lieu de dépenser de l'argent pour un mur en béton, dépensons cet argent pour des infrastructures, le système de santé et contre le réchauffement climatique

Elle s'est également opposée très tôt au projet de Trump d'arrêter le programme DACA mis en place par Barack Obama. Ce programme protège les enfants de sans-papiers nés sur le sol américain, en leur évitant l'expulsion. Trump a annulé le programme DACA.

Harris est la sénatrice qui s'est opposée au plus grand nombre de candidats proposés par Trump pour former son gouvernement. Elle s'est notamment illustrée dans l'affaire du juge Kavanaugh candidat de Trump à la Cour suprême, accusé de viol, lors de son audition devant le Sénat.

Kamala Harris défend les droits de la communauté LGBTQ, et a célébré le premier mariage d'un couple gay à San Francisco. 

Le week-end dernier, elle était à San Francisco pour la Marche des fiertés :

Progressiste sur les questions sociétales

Elle se prononce pour la légalisation du cannabis et pour la couverture médicale universelle. Opposée à la peine de mort, elle est favorable à un meilleur contrôle des armes à feu et pour une réforme de la justice américaine. Harris propose "la plus grande baisse d'impôts pour la classe moyenne américaine". Elle dit avoir reçu 12 millions de dollars de dons pour sa campagne en trois mois. 

Dans son programme : étudier les effets de la discrimination et du racisme institutionnel sur plusieurs générations et déterminer comment on peut intervenir pour corriger cela.

En matière économique, elle prône une grande baisse d'impôts sur le revenu pour les classes moyennes, sans pour autant augmenter les impôts des plus fortunés. Les couples ayant un revenu de 100 000 $ par an ou les célibataires ayant un revenu de 50 000 $ annuels recevraient un crédit d'impôt. 

Le New York Times pose la même question à tous les candidats à la primaire : "Est ce que tout le monde mérite d'avoir un milliard de dollars ?" Réponse : "S'ils l'ont gagné en travaillant dur, alors oui bien sûr. Mais ne croyons pas que tout le monde a les mêmes chances au départ de gagner un milliard de dollars."

Femme de consensus, elle n'est pas progressiste dans tous les domaines

Sur les armes à feu, elle est plus consensuelle. Tout en soutenant le deuxième amendement de la Constitution qui permet à tout adulte de posséder une arme, elle milite pour des lois encadrant mieux les armes à feu et pour des vérifications généralisées de casiers judiciaires avant de délivrer un permis de port d'arme

Kamala Harris est critiquée sur ses actions et ses positions en tant que procureure de San Francisco puis procureure générale de Californie. 

Par exemple, le New York Times rappelle dans un éditorial, qu'elle a favorisé une loi californienne qui prévoit une amende, voire une peine de prison, aux parents d'enfants qui ne vont pas régulièrement à l'école. En 2015, elle a refusé d'enquêter sur des violences policières. Et elle s'est toujours opposée à la loi californienne qui contraint les policiers à porter en permanence une petite caméra sur eux lors d'interventions.

Son mari est omniprésent dans la campagne

Doug Emhoff est un soutien inconditionnel de sa femme et de sa candidature au poste suprême. CNN l'appelle "Monsieur Kamala Harris". 

L'avocat de 54 ans se retrouve sous les projecteurs depuis qu'il a pris la défense de sa femme face à la polémique sur ses origines : 

Doug Emhoff est avocat, spécialisé dans le droit des médias et la propriété intellectuelle. Il a rencontré sa femme en 2013. Ils se sont mariés en 2014. 

Récemment, un manifestant est monté sur la scène où se trouvait Kamala Harris lors d'une conférence, et s'est emparé de son micro. Son mari est intervenu aussitôt, et les images sont devenues virales :

► REGARDER | Le portrait vidéo de Kamala Harris dans le New York Times (en français dans Courrier international)

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