L'écrivain et chroniqueur Kamel Daoud livre à France Inter ses premières impressions après la démission du Président algérien Abdelaziz Bouteflika.

L'auteur Kamel Daoud.
L'auteur Kamel Daoud. © AFP / JOEL SAGET

Le journaliste et auteur algérien est l'invité du journal de 13 heures depuis Oran, en Algérie. Critique inlassable du gouvernement algérien ces 20 dernières années, il explique à France Inter ce que la démission du chef de l'Etat algérien peut susciter chez lui et ses compatriotes.

FRANCE INTER : Comment avez vous vécu ces dernières heures ?

KAMEL DAOUD : Avec beaucoup de joie, d’inquiétude et beaucoup de peur aussi. Nous avons vu cette lutte de clans entre l'armée, le clan présidentiel, entre les oligarques éparpillés, il y avait véritablement de la peur. En même temps, on accueille cette nouvelle avec une joie profonde et beaucoup de reconnaissance pour les gens qui se sont battu pour que nous puissions vivre cette journée-là.

Quelle était l'ambiance dans les rues à Oran ce mardi ? 

Mardi soir, il y a eu des démonstrations de joie en centre ville. Ce mercredi matin, ce qui est frappant, c'est le sentiment d'apaisement, comme si nous avions gagné quelque chose de plus profond que le départ de ce président. C'est surtout le sentiment que nous pouvons enfin décider de choses et que le pays nous appartient. Et c'est quelque chose d'énorme.

Pour certains, Bouteflika n'est pas le système dans son entier...

Le changement de système ne se fait pas en une journée. Le départ de Bouteflika est déjà un acte symbolique fort, c'est la rupture qu'on attendait. Il faut "déboutéflikiser" le système algérien : l'administration, la diplomatie, les syndicats, les partis politiques, les lois... Cela se fera peut-être avec un conseil de transition, un gouvernement provisoire, avec une Assemblée constituante... Cela veut dire un travail de longue haleine. Je suis quelqu'un qui croit car je n'ai pas le choix. Cela ne veut pas dire que je n'ai pas peur que les islamistes récupèrent la mise ou que les militaires ne s'installent au pouvoir... Pour le moment, on a évité la case libyenne, la case yéménite, la case syrienne et on espère ne pas tomber dans la case égyptienne, avec un Sissi qui reprend les choses en main. L'armée a été respectueuse de la Constitution, et on ne peut pas faire de procès d'intention à l'État major.

Que doit devenir le clan Bouteflika, notamment Saïd, le frère ?

C'est une famille qui ne voulait pas quitter le pays. Il risque de s'enfuir. Les oligarques ont essayé. L'un d'eux, le patron des patrons, a été intercepté à la frontière algéro-tunisienne, donc je pense qu'ils peuvent le faire aussi.

Avez-vous envie de jouer un rôle dans les mois qui viennent ?

Depuis 20 ans, j'ai essayé de jouer un rôle d’écrivain, d'intellectuel qui essaie de témoigner de son époque, de quelqu’un qui est lucide. Mais faire de la politique, ce n'est pas mon métier. Dans l'immédiat, je suis comme tous les Algériens, je voudrais bâtir, participer. Je ne sais pas de quoi sera fait l'avenir du pays, ni le mien.

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