Incarcéré depuis le 29 mars, le journaliste algérien Khaled Drareni a été libéré vendredi, avec une trentaine d'autres personnes considérées comme des "détenus d'opinion". Le journaliste, qui avait avait été condamné à deux ans de prison, était l'invité du journal de 13h de France Inter ce samedi.

Khaled Drareni, vendredi soir lors de sa libération, à la sortie de la prison de Koléa
Khaled Drareni, vendredi soir lors de sa libération, à la sortie de la prison de Koléa © AFP / Mousaab Rouibi / ANADOLU AGENCY

Depuis son arrestation et son incarcération il y a près d'un an, le 29 mars dernier, il était devenu un symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie. Khaled Drareni, 40 ans, journaliste, a été libéré vendredi soir de la prison de Koléa, dans le nord du pays. Le 15 septembre, il avait été condamné en appel à deux ans de prison pour "incitation à attroupement non armé" et "atteinte à l'unité nationale". 

Sa libération (une mesure de "liberté provisoire", dans l'attente d'une décision sur son pourvoi en cassation) intervient en même temps que celle d'une trentaine d'autres détenus d'opinion, libérés par grâce présidentielle. Elle arrive aussi deux jours avant l'anniversaire du Hirak, le soulèvement populaire algérien. Ce samedi, Khaled Draneni était l'invité du journal de 13h de France Inter. 

FRANCE INTER : Quel est votre sentiment après avoir retrouvé la liberté ?

KHALED DRARENI : "Je suis très heureux de retrouver ma liberté, même si je suis resté libre tout en étant au fond d'une cellule à la prison de Koléa. Je considère, et je l'ai déjà dit, que c'est le prix à payer lorsqu'on veut pratiquer un journalisme libre, professionnel et indépendant en Algérie."

Comment avez-vous vécu cette année d'emprisonnement ? 

"Quand on est journaliste et qu'on exerce notre travail de manière libre et indépendante, on est prêt à subir ce genre de choses. Je ne m'attendais pas à être emprisonné si longtemps, presque un an, c'était une surprise, mais j'ai accepté cette épreuve avec sérénité : j'étais obligé de le faire, vis-à-vis de ma famille, de mes amis, de tous ceux qui me soutiennent. C'était le prix à payer, je l'ai fait, et comme je l'ai dit hier, je continuerai ce combat pour une presse libre en Algérie, pour que la liberté de la presse soit reconnue comme une liberté sacrée et intouchable."

Vous allez donc poursuivre votre métier de journaliste dans ce pays malgré les difficultés ?

"Absolument. Je poursuivrai mon travail de journaliste. D'abord parce que c'est tout ce que je sais faire, c'est mon métier, et nous exerçons un métier formidable. Il est vrai que c'est plus difficile d'être journaliste en Algérie que dans certains pays européens, mais si c'est le prix à payer, alors ainsi soit-il."

Vous avez aussi reçu du soutien international. Qu'est-ce que ce soutien venu de l'extérieur vous a évoqué ? 

"Ce soutien, des Algériens et venu de l'étranger, n'a pas de prix, il est inestimable. Il prouve que nous sommes innocents. Je l'ai souvent dit aux avocats : ce soutien nous aide à résister, parce qu'il prouve la véracité, l'honnêteté et la justice de notre combat pour une presse libre et indépendante. J'éprouve une gratitude sans limite à l'égard de tous ceux qui m'ont soutenu, en Algérie, en France et dans le monde, aux médias qui m'ont soutenu sans réserve, aux organisations attachées à la défense des droits de l'homme (RSF, Amnesty International), à toutes ces villes, en France et dans le monde, qui ont affiché mon portrait et m'ont soutenu. Vraiment, ma gratitude n'a pas de limite pour eux."

À l'heure actuelle, à combien estimez-vous le nombre de détenus d'opinion en Algérie ?

"Je ne sais pas... Ils étaient environ 90. Je n'ai pas le chiffre exact des détenus qui ont été libérés. Mais s'il en reste un, alors nous sommes tous en détention."

Symboliquement, que représente cette grâce présidentielle, ce geste de libérer certains détenus ?

"Moi je ne suis pas concerné par cette grâce : je n'ai pas eu de condamnation définitive, j'ai dû introduire une demande de liberté provisoire. Mais je considère que ces détenus n'auraient jamais dû être emprisonnés. On n'emprisonne pas des gens pour avoir manifesté, pour avoir fait leur travail de journaliste, on n'emprisonne pas des gens pour des publications sur les réseaux sociaux. Les détenus d'opinion n'auraient jamais dû être emprisonnés, je suis très heureux qu'ils aient été libérés hier."

Votre libération arrive à quelques jours du deuxième anniversaire du début du Hirak en Algérie. Qu'attendez-vous de cette journée ?

"J'attends juste qu'on respecte le droit des Algériens à la vie, à la liberté, à la liberté d'expression, d'opinion, à la liberté de la presse. Que les promesses soient tenues, qu'on respecte le droit des Algériens à vivre dans un pays qu'ils aiment, qu'ils veulent libre et prospère. C'est aussi notre pays, et nous avons le droit de nous battre pour notre pays."