la tension monte encore d’un cran en ukraine
la tension monte encore d’un cran en ukraine © reuters
par Pavel Polityuk et Marcin Goettig KIEV (Reuters) - Le pouvoir ukrainien a choisi la fermeté mercredi après la mort de 26 personnes dans des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, fort du soutien de Moscou malgré les premières menaces de sanctions de l'Union européenne. Le président Viktor Ianoukovitch a dénoncé une tentative illégale de prise du pouvoir par "certains hommes politiques" et le Service de sécurité d'Etat (SBU) a annoncé le lancement d'une "opération antiterroriste" à travers le pays, alors que les opposants se sont emparés de bâtiments publics dans l'Ouest et ont proclamé leur autonomie dans la région de Lviv. Sur Maïdan, la place de l'Indépendance à Kiev réduite à l'état de champ de bataille, de la fumée noire continuait de s'élever de la Maison des syndicats, l'ancien QG des manifestants incendié pendant les affrontements qui ont éclaté mardi matin près du siège du parlement et se sont prolongés jusqu'à l'aube mercredi. Le dernier bilan fourni par le ministère de la Santé est de 26 morts, dont dix policiers, et plus de 600 blessés -263 chez les manifestants, 342 chez les forces de l'ordre, la plupart par des tirs à balles réelles. Après les violences de la journée et de la nuit, déclenchée par le refus du parlement dominé par le parti présidentiel de débattre de changements constitutionnels, une atmosphère de veillée d'armes régnait sur Maïdan. Les forces de sécurité occupaient environ un tiers de la place de l'Indépendance et y démolissaient les installations déployées par l'opposition. Les opposants, au nombre de plusieurs milliers, certains cagoulés et en uniforme de combat, continuaient de défier la police par-delà leurs barricades de fortune et renforçaient leurs défenses ou préparaient des cocktails Molotov en disant craindre un nouvel assaut des forces de l'ordre au crépuscule. INTRANSIGEANCE Devant l'ampleur des violences, les Etats-Unis et l'Union européenne ont appelé les autorités à faire preuve de retenue mais le président Viktor Ianoukovitch, qui a parlé au téléphone avec son homologue russe Vladimir Poutine, a affiché sa volonté de rester ferme et a précisé qu'une partie de son entourage le poussait à l'intransigeance. Le chef de l'Etat a imputé la responsabilité de ces affrontements à certains manifestants qu'il a accusés d'avoir "franchi les limites" en se rendant sur la place de l'Indépendance avec des armes à feu. Cinq policiers ont été touchés par des tirs à la tête ou au cou, selon le ministère de l'Intérieur. Des journalistes ont pu voir certains manifestants armés sur les barricades. Après avoir reçu dans la nuit deux chefs de file de l'opposition, Vitali Klitschko et Arseni Iatseniouk, le chef de l'Etat a appelé ces derniers à prendre leurs distances avec les militants de l'organisation d'extrême droite Praviy Sektor (Secteur droite), qu'il a qualifiés de "criminels". Le Service de sécurité d'Etat (SBU) a annoncé l'ouverture d'une enquête "sur des actions illégales entreprises par certains hommes politiques pour s'emparer du pouvoir", sans nommer les individus soupçonnés. Le SBU a parallèlement déclenché une "opération antiterroriste" après avoir constaté, au cours des dernières 24 heures, "une escalade croissante de la confrontation violente et une utilisation répandue d'armes par des groupes aux tendances extrémistes". Les opposants ont de leur côté appelé le pouvoir à retirer les forces de l'ordre des rues de la capitale pour permettre une désescalade de la situation. LVIV PROCLAME SON AUTONOMIE L'assemblée régionale de Lviv, une ville de 750.000 habitants dans l'Ouest, a dénoncé la "guerre ouverte" lancée par le gouvernement contre les manifestants de Kiev et annoncé qu'elle assumerait désormais localement le pouvoir exécutif. Cette proclamation de Lviv, bastion du nationalisme ukrainien proche de la frontière polonaise, renforce la possibilité parfois évoquée d'une partition de l'ex-république soviétique entre l'Ouest ukrainophone et l'Est russophone. D'après la Pologne, des Ukrainiens bloquaient également le poste-frontière de Korczowa, près de Lviv, et selon les médias locaux, des bâtiments publics ont été envahis par des opposants dans d'autres villes d'Ukraine occidentale -à Khmelnitski, Ivano-Frankivsk, Oujorod et Ternopil. Les Etats-Unis et l'Union européenne, qui appuient les revendications de l'opposition, ont mis en garde Ianoukovitch et les violences, sans précédent depuis la révolution orange de 2004, ont contraint l'Union européenne à envisager l'adoption de sanctions, un scénario jusque-là rejeté faute de consensus. Parmi les sanctions possibles figurent le gel des avoirs de personnalités et des interdictions de déplacement, à l'image des mesures prises par Bruxelles contre plusieurs responsables biélorusses après la vague de répression de 2010. "Ceux qui ont commis des actes, ceux qui se préparent à en commettre d'autres doivent savoir qu'ils seront sanctionnés", a dit le président François Hollande lors d'une conférence commune avec la chancelière Angela Merkel à l'issue du conseil des ministres franco-allemand à Paris. Les chefs de la diplomatie de la France, de l'Allemagne et de la Pologne se rendront à Kiev jeudi matin pour faire le point sur la situation avant une réunion extraordinaire des ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles. La Russie a promis quant à elle d'utiliser son influence pour ramener la paix chez un "Etat frère" et a dénoncé des violences qui sont selon elle le fait "d'extrémistes" tentant de fomenter un coup d'Etat. L'assaut contre la place de l'Indépendance a été mené alors que le Kremlin reste évasif sur le versement d'une nouvelle tranche d'aide de deux milliards de dollars (1,46 milliard d'euros) à l'Ukraine qui devrait intervenir cette semaine. Avec Alexandra Hudson à Berlin, Steve Holland à Washington, Elizabeth Piper à Moscou, Adrian Croft à Bruxelles, Marine Pennetier à Paris; Bertrand Boucey, Tangi Salaün, Simon Carraud et Jean-Stéphane Brosse pour le service français
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