La fumée monte après une frappe aérienne menée par les Etats-Unis sur Kobane
La fumée monte après une frappe aérienne menée par les Etats-Unis sur Kobane © REUTERS/Umit Bektas

Les combattants de l'organisation l'État islamique occupent désormais plus d'un tiers de Kobané, la ville kurde syrienne à la frontière avec la Turquie. Ils s'étaient au paravent emparés du siège des forces de sécurité kurdes.

Depuis lundi, lorsque les djihadistes sont entrés à Kobané, la ville kurde de Syrie est le théâtre de combats de rue féroces, mais le rapport de force est défavorable aux Kurdes, qui ne possèdent pas comme la même puissance de feu que l'organisation EI et notamment des véhicules blindés et des armes sophistiquées.

La coalition continue ses frappes

Nombreuses depuis quelques jours, les attaques aériennes de la coalition n'ont jusqu'ici pas permis de briser le siège de Kobané par les djihadistes. La coalition internationale a procédé jeudi matin à de nouvelles frappes aériennes, d'abord sur un objectif situé au sud-ouest de la ville, puis au centre-ville, où de violents échanges de tirs étaient audibles depuis le territoire turc tout proche.

Lee reportage sur place de Philippe Randé

Les bombardements aériens ne suffiront pas

Le plus haut gradé américain, le général Martin Dempsey, a souligné que les djihadistes avaient changé de tactique pour s'adapter aux frappes que les Etats-Unis mènent en Syrie depuis le 23 septembre, puisqu'ils ne se déplacent plus dans de longs convois comme ils le faisaient avant et n'établissent pas de quartiers généraux visibles.

Les américains le reconnaissent enfin : bombarder n'est pas la solution. Le contre-amiral John Kirby, porte-parole du Pentagone en convient :

Ces attaques ne vont pas apporter une solution et sauver la ville de Kobané

Mais les Etats-Unis, qui critiquent en termes voilés la passivité turque et ont encore exclu l'envoi de troupes au sol.Pour le secrétaire d'Etat américain John Kerry :

Aussi horrible que ce soit d'observer en temps réel ce qui se passe à Kobane(...), vous devez prendre du recul et comprendre l'objectif stratégique des Etats-Unis. Les cibles initiales de nos frappes sont les centres de commandement et de contrôle des djihadistes, les infrastructures.

L'immobilisme de la Turquie désespère les Kurdes

Les défenseurs kurdes de la ville lancent des appels à l'aide désespérés en affirmant que la chute de Kobane seterminera par un massacre. D'après l'Onu, il ne reste plus que quelques centaines d'habitants à Kobane. Environ 200.000 personnes ont déjà fui vers la Turquie.

Le Parlement d'Ankara a autorisé le 2 octobre une intervention militaire en Syrie et en Irak mais les chars turcspositionnés à la frontière face à Kobane sont jusqu'à présent restés immobiles. Mevlut Cavusoglu, le ministre turc des Affaires étrangères précise

Il n'est pas réaliste d'attendre de la Turquie qu'elle mène par elle-même une opération terrestre . Nous avons des discussions (...) Une fois qu'il y aura une décision commune, la Turquie ne se privera pas de jouer son rôle.

Le refus du gouvernement d'Ankara d'intervenir en Syrie et les événements de Kobané ont provoqué des émeutes meutrières, mardi, dans des provinces à majorité kurde de Turquie. Ces manifestations qui ont réuni des milliers de personnes à travers le pays, se sont soldées par 21 morts dans des affrontements avec les forces de l'ordre. Malgré le couvre-feu militaire imposé mercredi dans six provinces à majorité kurde, des incidents violents ont encore opposé dans la nuit dans de nombreuses villes la police et des manifestants kurdes.

La Turquie craint la possibilité que les kurdes se rassemblent. Ankara a accueilli avec méfiance la création en 2013 d'une administration autonome par le Parti de l'union démocratique kurde (PUD) dans trois cantons du nord-estde la Syrie abandonnés par le régime de Bachar al Assad. Ankara exige que les Kurdes syriens, qui lui réclamentl'ouverture d'un couloir entre Kobane et la Turquie, renoncent à cette autonomie.

Faut-il une zone tampon ?

Ankara a maintes fois plaidé pour la création d'une zone tampon entre la Syrie et la Turquie pour protéger les personnes déplacées.et a reçu mercredi le soutien de Paris. Mais la Maison Blanche et l'Otan affirment qu'une zone tampon n'est pas à l'ordre du jour pour le moment. Les kurdes, eux, n'en veulent absolument pas car ils craignent que celà permette à la Turquie de mettre la main sur une partie de leurs terres.

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