La Cour Suprême du Pakistan a acquitté en appel Asia Bibi, Pakistanaise chrétienne accusée d'avoir bu l'eau d'un puits réservé aux musulmans. Une décision très mal accueillie par les fondamentalistes du pays.

Des manifestants à Karachi le 13 octobre 2016 demandent la mort par pendaison d’Asia Bibi
Des manifestants à Karachi le 13 octobre 2016 demandent la mort par pendaison d’Asia Bibi © AFP / ASIF HASSAN

Un verre d’eau, bu il y a 8 ans dans le village d'Ittan Waki au Pendjab, à l'origine d'une tempête. Dans ce pays où l'Islam, pratiqué par 97% de la population, est religion d'état, la loi sur le blasphème fait office d’alpha et d’oméga pour les très nombreux fondamentalistes pakistanais.

Acquittée de toutes les accusations dont elle faisait l'objet, Asia Bibi ne semblait toujours pas réaliser lorsque son avocat lui annonçait le verdict au téléphone :

Quoi? Vraiment? Je ne sais pas quoi dire. J'avais rêvé que les murs de la prison s'effondrent ... Je n'arrive pas à croire ce que j'entends. Je vais sortir ? Ils vont vraiment me laisser sortir ?

Il faut revenir en arrière pour mesurer combien l’affaire de cette paysanne, issue d’une famille pauvre et mère de cinq enfants, a cristallisé les opinions ces dernières années. D’abord au Pakistan même où,  Salman Taseer ancien gouverneur du Pendjab a été abattu par son propre garde du corps, précisément parce qu’il avait pris la défense d’Asia Bibi. 

C’est d’ailleurs suite à la condamnation et à la pendaison en 2016 de ce garde du corps que s’est créée le Tehreek-e-Labaik Pakistan, TLP, un groupe religieux islamiste radical. Devenu depuis parti politique, le TLP n'a qu'un objectif en tête: punir toutes formes de blasphème.  Une formation politique récente qui n'a pas hésité à bloquer Islamabad durant 2 semaines en novembre pour exiger le retrait d'un amendement remettant selon lui en cause la loi sur le blasphème. Depuis la condamnation d'Asia Bibi en 2010, des rassemblements lancés par le TLP se sont régulièrement tenus pour demander son exécution.

les adorateurs du Prophète ne reculeront devant rien

Avant son acquittement, les responsables du TLP menaçaient, en cas de libération de la mère de famille accusée de blasphème, de "prendre les mesures adéquates face aux juges (...) et les conduiront vers une fin horrible" assurant que "les adorateurs du Prophète ne reculeront devant rien"...

Les sympathisants du TLP bloquent les routes pour protester contre l’acquittement d’Asia Bibi - 31 octobre 2018
Les sympathisants du TLP bloquent les routes pour protester contre l’acquittement d’Asia Bibi - 31 octobre 2018 © AFP / RIZWAN TABASSUM

Une affaire qui déchaîne passion et violence

Si pour les chrétiens pakistanais "justice a été rendue", l’acquittement d'Asia Bibi a été très mal reçu par les fondamentalistes religieux qui dénoncent une décision injuste, cruelle et détestable car contraire à la Charia… De nombreuses personnalités religieuses sont montées au créneau notamment Maulana Abdul Aziz, imam de la Mosquée Rouge, haut lieu de l'islam radical à Islamabad. Quelques heures après le verdict, des milliers de manifestants se sont rassemblés dans plusieurs endroits du pays pour bloquer des artères et brûler des pneus en signe de protestation. La capitale Islamabad a été placée sous haute sécurité avec des barrages sur les routes. Certaines écoles ont même été fermées. 

Maulana Abdul Aziz imam de la Mosquée Rouge, haut lieu de l’islam radical à Islamabad – Février 2014
Maulana Abdul Aziz imam de la Mosquée Rouge, haut lieu de l’islam radical à Islamabad – Février 2014 © AFP / AAMIR QURESHI

Soutenue à l'international, un avenir à l'étranger ?

Sur le plan international, Asia Bibi a reçu le soutien du Vatican, d’abord de Benoit XVI puis du pape François qui a rencontré ses filles à deux reprises. La maire de Paris, Anne Hidalgo, l'a élevée en 2015 au rang de citoyenne d’honneur de la ville de Paris. Ashiq Masih, son mari, a quant à lui pu se réfugier à Londres grâce au concours de l'association Aide à l'Eglise en Détresse. 

Quel avenir pour Asia Bibi ? D’abord sa libération dans quelques jours et probablement un départ hors du Pakistan. Si l’on en croit sa famille réfugiée à Londres « Asia ne peut pas rester au Pakistan avec cette loi sur le blasphème…

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