Depuis une semaine, l'Institut Friedrich-Loeffler, installé sur l'île de Riems en mer Baltique au nord de l'Allemagne, a commencé des tests sur un premier animal en lui inoculant le nouveau coronavirus.

L'Institut Friedrich-Loeffler installé depuis 1910 sur l'île de Riems en Allemagne est entouré de barbelés
L'Institut Friedrich-Loeffler installé depuis 1910 sur l'île de Riems en Allemagne est entouré de barbelés © Radio France / Ludovic Piedtenu

C'est le centre de recherche sur les virus le plus vieux du monde : depuis le 10 octobre 1910, l’île de Riems abrite l’Institut Friedrich-Loeffler. Cet institut de recherche pour la santé animale occupe les deux tiers de la surface de cette petite île de la Baltique : un kilomètre de long et 300 mètres de large. Si ce petit bout de terre est entouré de roseaux, il est aussi entièrement protégé de grilles de fer surmontées de barbelés. À l’intérieur, il faut être badgé en permanence.

Longtemps, seul un téléphérique reliait l’île au continent. Deux cabines : une pour les scientifiques, une autre pour les animaux sur lesquels seront effectués les tests. Depuis 1971, un pont a été construit. 

Thomas Mettenleiter, biologiste réputé, dirige l’Institut Friedrich-Loeffler depuis 24 ans
Thomas Mettenleiter, biologiste réputé, dirige l’Institut Friedrich-Loeffler depuis 24 ans © Radio France / Ludovic Piedtenu

Au premier étage de l'Institut, Thomas Mettenleiter, son président, nous attend dans son vaste bureau avec une vue imprenable sur la mer Baltique. Sollicité lors de plusieurs épidémies, comme la grippe porcine en 2009 ou le SRAS, premier coronavirus apparu en 2002-2003, il en a maintenant l’habitude. Des plans de lutte ont été élaborés dans le monde entier. "On sait réagir quand une telle situation se produit", dit-il. Aujourd’hui, il estime que nous sommes beaucoup mieux préparés pour lutter contre le Covid-19, le nouveau coronavirus.

On a reçu le virus aux alentours du 14 février. Les échantillons venaient de Bavière, où ont été diagnostiqués les premiers cas en Allemagne. On l’a d’abord multiplié pour en avoir suffisamment. Puis on a commencé les tests sur un premier animal lundi dernier, le 24 février.

Ces essais ne vont prendre que quelques semaines, mais c’est leur évaluation qui mettra pas mal de temps. Impossible d'aller plus vite, et il n’y a pas mieux que cet institut depuis les travaux d’agrandissement et de modernisation qui ont pris fin en 2013.  

Deux nouveaux bâtiments ultra modernes abritent des laboratoires sophistiqués et des étables étanches pour procéder aux tests sur les animaux
Deux nouveaux bâtiments ultra modernes abritent des laboratoires sophistiqués et des étables étanches pour procéder aux tests sur les animaux © Radio France / Ludovic Piedtenu

Sur l’île, on trouve une vingtaine d’espèces animales différentes comme les animaux de la ferme : la vache, le porc, le mouton, la chèvre, des volailles. Mais aussi des souris, des rats et des cochons d’Inde, plus classiques pour un laboratoire, ainsi que des poissons mais aussi des moules et des crabes. On retrouve enfin des chauves-souris et des insectes comme le moustique, souvent porteur d’infections.

Beaucoup de questions concernant le coronavirus

Ces expériences sont importantes pour évaluer le développement futur de l’épidémie/pandémie à l’extérieur. Sur la base des travaux déjà réalisés par cet institut sur la grippe porcine en 2009, les scientifiques vont tenter de répondre à ces quelques questions : Y a-t-il parmi nos animaux de la ferme certains d’entre eux qui seraient peut-être insensibles à ce nouveau virus ? Où ce nouvel agent pathogène peut-il se nicher et comment peut-il se multiplier dans un élevage ? Quel rôle jouent les animaux de compagnie ou les animaux d’élevage dans cette épidémie ?

Par conséquent, le travail de ces chercheurs vise à protéger la population car ces animaux peuvent se retrouver en bout de chaîne dans nos assiettes.

"L’Alcatraz des virus"

Parmi les 450 salariés de l’institut sur cette île de Riems, 200 chercheuses et chercheurs. Mais ils ne sont pas plus de 10 scientifiques à avoir accès aux virus de catégorie 4, le niveau de risque le plus élevé. Comme les virus Ebola, Hendra et Nipah ou la fièvre de Lassa ou bien encore la rage, la peste porcine africaine ou la fièvre de Crimée-Congo. Au total, l’île abrite plusieurs centaines de virus. 

En plus du coronavirus, aujourd’hui, les chercheurs travaillent sur 50 ou 60 virus de classe 2 à 4 dans des laboratoires totalement hermétiques, protégés par des portes étanches et plusieurs sas de décontamination.

Elke Reinking, biologiste et chargée de la communication de l'Institut, montre les tenues nécessaires pour travailler dans la zone la plus dangereuse
Elke Reinking, biologiste et chargée de la communication de l'Institut, montre les tenues nécessaires pour travailler dans la zone la plus dangereuse © Radio France / Ludovic Piedtenu

Pour y rentrer, il faut prendre une douche, revêtir un scaphandre et une tenue jaune gonflée par de l’air sous pression. À tout moment, en cas de problème, le chercheur peut se saisir d’une des nombreuses prises d’air qui pendent du plafond. Un chercheur ne rentre jamais seul dans le laboratoire. Et à sa sortie, il lui faut prendre une douche au phénol revêtu de son scaphandre.

Des laboratoires de classe 3
Des laboratoires de classe 3 © Radio France / Ludovic Piedtenu

Enfin, tout est traité sur place. Rien ne quitte le bâtiment sans avoir effectué au préalable une décontamination complète où tous les agents pathogènes ont été tués. Les restes sont soit éliminés par la station d’épuration située à la pointe de l’île, soit récupérés par une entreprise spécialisée et brûlés. Les virus sont stockés dans de l’azote liquide dans des cuves à très basse température : -80° C jusqu’à -196° Celsius pour une conservation à plus long terme. 

D'où cette conclusion avec le sourire de Thomas Mettenleiter, président de l'Institut Friedrich-Loeffler :

Notre île a beaucoup de surnoms : 'l’île de la peste', par exemple. C’est un nom très populaire ici. Ou bien 'l’île aux virus' ou 'l’île des chercheurs'. On entend aussi 'l’île la plus dangereuse d’Allemagne' ou 'l’Alcatraz des virus'. Celui-ci, je l’aime beaucoup ! Car il décrit exactement ce que nous sommes. Tout ce qui est dangereux est capturé et gardé ici et on ne le laisse pas sortir. Nous sommes bien 'l’Alcatraz des virus'.

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