Les élections législatives se tiennent ce jeudi en Algérie. Permettront-elles le renouvellement d'une classe politique vieillissante ? Rien n'est moins sûr.

Le président algérien A. Bouteflika et le Premier ministre 1A.Sellal
Le président algérien A. Bouteflika et le Premier ministre 1A.Sellal © AFP / FAROUK BATICHE / FETHI BELAID

Ce jeudi 4 mai, plus de 23 millions d'Algériens sont appelés aux urnes pour les élections législatives. 462 députés vont être élus pourcinq ans. Mais la campagne s'est déroulée dans une relative indifférence, beaucoup se passionnant plus pour l'élection présidentielle française que pour ces législatives.

Pourtant, alors que le président Abdelaziz Bouteflika est malade depuis longtemps, la question de sa succession se pose et surtout celle du renouvellement du personnel politique.

►"En Algérie, le renouvellement politique n'est pas pour demain", les explications, à Alger, de Christian Chesnot :

Âge moyen des membres du gouvernement : 62 ans

Dans son (quatrième) gouvernement le Premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal, a à ses côtés 32 ministres et secrétaires d'Etat, dont 5 femmes.
Parmi eux, 8 seulement ont moins de 60 ans.

La moyenne d'âge est ainsi de 62 ans. Et ce alors qu'en 2015, un Algérien sur deux avait moins de 30 ans.

Certains ont évidemment bien plus de 62 ans, à commencer par le Premier ministre lui-même. Né en 1948, Abdelmalek Sellal a soufflé ses 69 bougies ; comme Noureddine Boutarfa, et Ahmed Noui, respectivement ministre de l'Energie et Secrétaire général du gouvernement. Le membre le plus âgé du gouvernement s'appelle Ahmed Gaid Salah. Vice-ministre de la Défense nationale, Chef d'Etat major de l'Armée Nationale Populaire (ANP), il a 77 ans.

Quant à la plus jeune - car c'est une femme - il s'agit de Aicha Tagabou, ministre déléguée au tourisme et à l'artisanat, 36 ans. Avec Houda Imane Feraoun, ministre de la Poste et des technologies de l'information et de la communication (38 ans) ce sont les deux seules membres du gouvernement âgées de moins de 50 ans.

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Des ministres bien installés

Outre leur âge avancé, les 33 membres du gouvernement ne sont pas des novices en politique. Beaucoup font partie du paysage depuis bien longtemps.

Ainsi, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a été nommé conseiller du ministre de l'ancien ministre de l'Enseignement il y a 40 ans (en 1976), avant de devenir ministre de l'Intérieur en 1998, ministre des Transports de 2002 à 2004 puis ministre des Ressources en eaux, avant finalement d'être nommé Premier ministre en 2012 (avec une courte pause en 2014).

Un manque de renouvellement politique

Autre exemple : Tayeb Louh (66 ans). Avant de devenir ministre de la Justice en 2014, il a été ministre du Travail de façon quasiment ininterrompue à partir de 2002. Cela fait donc 17 ans qu'il est au gouvernement.

Déjà dans un article du 8 novembre 2013, le New York Times décrivait "une poignée de généraux (qui)s'accrochent au pouvoir depuis l'indépendance de l'Algérie (en 1962); ils sont réfractaires à tout changement". Le quotidien américain décrit "un gouvernement paralysé (...) qui veut acheter la paix sociale sans changement politique."

Le président Bouteflika, symbole de la gérontocratie en Algérie ?

Mais s'il en est un dont l'âge et la longévité battent tous les records, c'est bien Abdelaziz Bouteflika, le président. Né en 1937, il a fêté ses 80 ans et il est à la tête du pays depuis 18 ans. Très affaibli, il n'est plus en apparu en public depuis son AVC de 2013, mais en début de semaine, il a appelé les Algériens, via un message lu en son nom, à se rendre massivement aux urnes pour ces élections législatives, pour contribuer à "la stabilité du pays".

Des élections législatives qui ne devraient pas bouleverser l'ordre politique actuel

Le principal enjeu de ce scrutin devrait en effet être la participation, ainsi que le score des partis islamistes qui se présentent en rangs dispersés et n'avaient obtenu que 60 sièges en 2012.

Lors des dernières élections, en 2012, 42,9% des électeurs s'étaient déplacés et le scrutin avait été largement remporté par le FLN, l'ancien parti unique. Celui-ci devrait conserver sa majorité. Ainsi, alors qu'une forte abstention est attendue, ce scrutin ne devrait pas grandement bouleverser l'ordre politique actuel.

La composition de l'assemblée sortante en Algérie
La composition de l'assemblée sortante en Algérie © Visactu
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