L'Allemagne a ouvert la voie à la réhabilitation et l'indemnisation de quelque 50 000 hommes condamnés pour homosexualité sur la base d'un texte nazi resté en vigueur jusqu’en 1994

La porte de Brandebourg à Berlin aux couleurs du drapeau arc-en-ciel.
La porte de Brandebourg à Berlin aux couleurs du drapeau arc-en-ciel. © Maxppp / Jorg Carstensen

L’Allemagne va réhabiliter 50 000 hommes condamnés pour homosexualité sur la base d’un texte de 1872 et resté en vigueur jusqu’en 1994. Le conseil des ministres allemand a adopté un projet de loi en ce sens. Le texte doit être validé par le Parlement allemand. Il prévoit 3 000 euros d'indemnisation forfaitaire par condamnation ainsi que 1 500 euros par année de détention. Le gouvernement va financer à hauteur de 500 000 euros par an une fondation spécialisée dans le travail de mémoire sur le sujet.

Pendant 122 ans, l'article 175 du Code pénal allemand a puni de prison :
> les actes sexuels contre nature (...), que ce soit entre personnes de sexe masculin ou entre hommes et animaux

La sévérité du texte avait été accrue en 1935 par un amendement nazi prévoyant jusqu'à dix ans de travaux forcés.

Plus de 42 000 hommes ont été condamnés à ce titre sous le IIIe Reich, envoyés en prison et pour certains en camp de concentration. Mais cet article 175 a été maintenu après-guerre. 50 000 autres hommes ont été condamnés sous la démocratie ouest-allemande. En 1957, la Cour constitutionnelle allemande attribuait encore aux hommes homosexuels un "comportement sexuel débridé", synonyme de dangerosité sociale. À l'inverse, les femmes homosexuelles étaient jugées plus "passives".

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Une réhabilitation après 122 ans de persécutions

"La réhabilitation des hommes, qui ont été traînés devant les tribunaux en raison de leur homosexualité, aurait dû intervenir il y a longtemps", a déclaré le ministre de la Justice, Heiko Maas.

Ils ont été poursuivis, punis et honnis par l'Etat allemand en raison de leur seul amour pour d'autres hommes.

Ce projet de loi intervient quelques mois après l'annonce d'une loi similaire pour les homosexuels condamnés en Angleterre et au Pays de Galles. Une différence cependant : ces textes ne s’appliquent qu’aux défunts. Seule l’Écosse réhabilite aussi les vivants.

« On avait un pied dans une pissotière et l’autre en prison »

Dans le magazine gay Siegessäule, "Fritz" regrette de n'avoir jamais pu "s'excuser" auprès de son partenaire d'un soir, condamné à sept ans et demi de prison quand lui-même, consentant mais mineur, avait été détenu quelques semaines. Cette persécution équivalait à une "mort" social pour le quotidien Süddeutsche Zeitung.

On les traquait, on les chassait de leur travail, on interrogeait leurs collègues, leurs amis et les membres de leur famille

Plusieurs condamnés ont raconté dans la presse leur vie brisée et, plus largement, leurs amours clandestines. Des amours marquées par une peur constante, au point que la Süddeutsche Zeitung rapporte une vague de castrations volontaires après-guerre.

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