L'analyse du vote Trump révèle une alliance inédite entre classes ouvrières déshéritées et classes moyennes blanches gagnées par le sentiment de déclassement.

Électeurs américains le 8 novembre 2016, Ohio
Électeurs américains le 8 novembre 2016, Ohio © Reuters / Aaron Josefczyk

La victoire du milliardaire new-yorkais Donald Trump, qui prendra possession de la Maison Blanche le 20 janvier, a surpris les analystes de la politique américaine. Le républicain, à les entendre, devrait son élection autant au vote de l'électorat ouvrier, délaissé par les démocrates, qu'à celui des classes moyennes supérieures. Le paradoxe Trump dans toute sa splendeur.

Un grand coup de pied dans le "Blue wall"

Si Trump a pu gagner, c'est parce qu'il a fait sauter le "Blue Wall', ce mur bleu, terme utilisé pour désignés les Etats traditionnellement acquis aux démocrates. Dans ces Etats situés principalement au nord-est du pays, le vote pour Hillary Clinton n'a pas suffi à faire pencher la balance. Car ces régions sont aussi celles de la "Rust Belt", la ceinture de rouille où se concentraient jadis les industries florissantes de l'économie américaine, automobile, sidérurgie, charbon. Une industrie manufacturière qui a perdu 5 millions d'emplois depuis 2000. Le ressentiment contre la mondialisation, auquel les démocrates n'ont pas su répondre, leur a coûté la victoire selon l 'économiste Philippe Aghion, professeur au Collège de France qui a enseigné à Harvard.

Cette Amérique des laissés pour compte, les envoyés spéciaux de Radio France et des radios francophones lui ont donné la parole, pendant toute la campagne présidentielle. Des reportages à retrouver sur cette carte interactive:

"C'est bien Trump qui a la voix des ouvriers, des classes populaires", confirmait sur France Inter François Durpaire, fin connaisseur de la politique américaine. Selon un sondage sortie des urnes réalisé par Ipsos et Reuters, le républicain domine très largement Hillary Clinton, 31 points d'avance, chez les électeurs blancs n'ayant pas été à l'université. Avance à peine réduite, à 27%, chez les femmes dans le même cas.

Dans le même temps, Hillary Clinton n'a pas réussi à mobiliser l’électorat des minorités noire et hispanique autant que Barack Obama en 2012, comme le montre cette infographie:

Analyse du vote des minorités entre 2012 et 2016
Analyse du vote des minorités entre 2012 et 2016 © AFP

La revanche des classes moyennes blanches?

Mais paradoxalement, "la carte de la pauvreté et du chômage aux Etats-Unis ne suffit pas à expliquer la victoire de Trump", analyse Justin Vaïsse, expert des Etats-Unis au quai d'Orsay. "Ceux qui ont voté Trump sont ceux qui estiment avoir été les perdants de la globalisation, des guerres culturelles américaines qui ont vu un noir arriver à la Maison Blanche, les minorités prendre plus de pouvoir, une société de plus en plus diverse". Et cet électorat-là, on le retrouve principalement chez les classes moyennes aisées, selon Soufian Alsabbagh, autre spécialiste de la politique US et auteur de "La nouvelle droite américaine" (éditions Démopolis).

Des classes moyennes désenchantées, principalement blanches, sur lesquelles la rhétorique du vote "anti-establishment" incarné par l'héritier Trump a fonctionné à plein régime, lui permettant de grappiller à Hillary Clinton suffisamment de voix pour l'emporter. Une élection qui devrait redessiner complètement le paysage politique américain pour les prochaines années, forçant les politologues et sondeurs à repenser leurs grilles d'analyse pour éviter, dans quatre ans, un désaveu aussi cinglant que celui de ce 8 novembre 2016.

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