Moscou lance ce mardi et jusqu'au 17 septembre les plus vastes manœuvres militaires de son Histoire : près de 300.000 hommes mobilisés, avec la participation de soldats chinois en soutien. Largement réduite depuis la fin de l'ère soviétique, l'armée russe est aujourd'hui en pleine expansion, et compte bien le montrer.

Vladimir Poutine lors d'un défilé militaire à Moscou, en février 2018
Vladimir Poutine lors d'un défilé militaire à Moscou, en février 2018 © AFP / Yuri Kabodnov

C'est la quatrième armée du monde en termes d'effectifs, la deuxième plus puissante selon le classement du site américain Global Firepower. Et même s'ils sont loin de leur gloire d'antan (ils comptaient plus de 5 millions d'hommes en 1989), les différents corps de l'armée russe ont largement repris du poil de la bête après les réductions drastiques d'effectifs dans les années 90.

Aujourd'hui, les Forces armées de la fédération de Russie comptent un peu plus d'un million de militaires actifs. À cela s'ajoutent quelque 2,6 millions de réservistes. Au total, cela place la Russie devant les États-Unis et même devant la Chine, en termes d'effectifs mobilisables en cas de conflit.

La vraie différence, en revanche, se fait du côté des investissements dans ces armées. Soit 647 milliards de dollars par an pour les États-Unis, loin devant le numéro deux chinois (151 milliards) et la Russie en sixième position (47 milliards, soit à peine plus que la somme consacrée à l'armée française).

En prenant en compte un cinquantaine de critères de "puissance militaire", le site Global Firepower met toutefois la Russie en deuxième position, juste derrière les États-Unis. Toutefois, ce classement ne prend pas en compte l'Otan : en 2015, l'organisation comptait 3,7 millions de militaires actifs, et à peu près autant de réservistes.

Pas juste pour l'image, loin de là

Ce qui inquiète les adversaires ou les voisins de la Russie, c'est que les manœuvres militaires de cette semaine sont une démonstration de force particulièrement concrète, bien au-delà du simple affichage à l'intention du reste du monde. Les 300.000 soldats, 36.000 véhicules militaires, 1.000 avions et 80 navires mobilisés ne sont pas là pour faire de la figuration. 

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Pour l'expert militaire russe Pavel Felguengauer, "il s'agit d'une préparation à une guerre mondiale future. L'état-major russe estime qu'elle se produira après 2020 : soit une guerre globale, soit une série de conflits régionaux d'ampleur. Et l'ennemi, ce sont les États-Unis et leurs alliés." Une interprétation reprise par l'Otan, dont la porte-parole s'inquiète de voir monter "une Russie plus sûre d'elle, qui augmente significativement son budget de Défense et sa présence militaire".

Les relations entre Moscou et l'Occident se dégradent constamment depuis 2014 (et la crise en Crimée), et la Russie rappelle régulièrement qu'elle se considère menacée par une expansion de l'Otan à ses frontières. Les exercices de ces prochains jours pourraient donc s'inscrire dans une volonté de montrer sa détermination, face à une "situation internationale actuelle souvent assez agressive et inamicale", selon le porte-parole du Kremlin, qui estimait en août que "la capacité de la Russie à se défendre est justifiée, essentielle et sans alternative".

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