[scald=100057:sdl_editor_representation]par Khaled Yacoub Oweis et Oliver Holmes

BEYROUTH (Reuters) - Les forces de Bachar al Assad ont bombardé samedi le quartier de Djobar à Homs, la troisième ville de Syrie, où un convoi de la Croix-Rouge n'a toujours pas été autorisé à apporter de l'aide à la population civile.

Les forces d'opposition se sont retirées jeudi du quartier de Bab Amro, pilonné pendant vingt-six jours par les gouvernementaux, où par un froid glacial les civils manquent de tout.

Les pro-Assad qui pourchassaient depuis deux jours les derniers insurgés ont ouvert le feu samedi matin sur Djobar, quartier limitrophe de Bab Amro.

"Par pure vengeance, l'armée d'Assad tire au mortier et à la mitrailleuse lourde sur Djobar", rapporte le Réseau syrien pour les droits de l'homme. En raison des problèmes de communication, aucun bilan de ces tirs n'est disponible.

Le gouvernement a annoncé samedi que Bab Amro avait été "débarrassé des terroristes".

"Les autorités ont rétabli la sécurité et la paix à Bab Amro (...), débarrassant le quartier des groupes terroristes armés qui y semaient le chaos et commettaient meurtres et pillages, transformant la vie de la population en enfer", dit l'agence de presse officielle SANA.

La télévision d'Etat a diffusé des images de Homs et interviewé des habitants. "Si on sortait de chez soi, on prenait le risque d'être enlevé ou assassiné. Alors nous avons demandé à l'armée d'intervenir pour nous libérer des bandes terroristes", a déclaré l'un des habitants interrogés.

Malgré leur retrait de Bab Amro, les rebelles, parmi lesquels des déserteurs de l'armée gouvernementale, n'entendent pas baisser les bras.

"ÉVACUER LES BLESSES"

"Grâce à Dieu, le moral est bon. Le martyre ne nous fait pas peur, nous le recherchons afin que tombe ce régime", a dit un combattant anti-Assad.

A Genève, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a dit poursuivre les négociations avec les autorités syriennes pour pouvoir pénétrer à Bab Amro.

"Le CICR et le Croissant-Rouge syrien ne sont toujours pas à Bab Amro (...) Nous négocions avec les autorités pour y entrer. Il est important que nous y entrions aujourd'hui" a déclaré Hicham Hassan, porte-parole du CICR.

Un porte-parole de la Croix-Rouge à Damas, Saleh Dabbakeh, a précisé que les autorités avaient permis au convoi d'entrer dans Bab Amro mais que les forces gouvernementales sur place bloquaient les camions pour des raisons de sécurité.

"Il y a eu plus d'un mois de combats là-bas et bien sûr la situation ne peut pas être bonne. Les gens n'ont rien à se mettre sous la dent, il fait froid, il faut des couvertures. Et il y a les blessés qu'il faut évacuer sans attendre", a-t-il dit à Reuters.

L'opposition syrienne soupçonne l'armée de retarder l'entrée des humanitaires dans la ville, à 150 km au nord de Damas, afin de poursuivre sans témoins la répression à Bab Amro, qui était devenu le symbole de la lutte contre le régime du parti Baas.

Vendredi, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a fait état d'"informations macabres" en provenance de Homs, accusations vigoureusement rejetées par le représentant de Damas à l'Onu, Bachar Djaafari.

"Le gouvernement syrien n'a pas assumé sa responsabilité de protéger son peuple", a déclaré Ban Ki-moon à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies. "Les populations civiles subissent une offensive militaire dans plusieurs villes."

LA COLÈRE DE BAN KI-MOON

"Les pertes civiles ont été lourdes. Nous continuons à recevoir des comptes rendus macabres d'exécutions sommaires, de détentions arbitraires et de torture."

"Cet assaut atroce est d'autant plus scandaleux qu'il a été mené par le gouvernement lui-même, qui s'en prend systématiquement à son propre peuple", a souligné le diplomate sud-coréen, qui n'avait encore jamais tenu de propos aussi durs à l'égard de Damas.

Selon SANA, un attentat suicide à la voiture piégée a fait deux morts et vingt blessés samedi à Deraa, près de la frontière jordanienne. Un autre bilan sur place fait état de sept morts. L'opposition a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'un attentat suicide.

Rami Abdelrahman, qui dirige l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne, a annoncé que des combattants anti-Assad avaient tué samedi six soldats gouvernementaux et en avaient blessé neuf dans la ville d'Al Herak, au sud de Deraa.

Les insurgés affirment par ailleurs que l'armée a tué trois personnes en ouvrant le feu sur des funérailles à Deir az Zor, près de la frontière irakienne.

Les corps de la journaliste américaine Marie Colvin et du photographe de presse français Rémi Ochlik, tué le 22 février dans le bombardement de Bab Amro par les gouvernementaux, ont été remis samedi à des diplomates à Damas, à l'hôpital universitaire Al Assad.

D'après les chiffres des Nations unies, les violences ont fait plus de 7.500 morts dans la population civile depuis la mi-mars 2011. Damas affirme que les "terroristes" ont tué plus de 2.000 membres des forces de sécurité durant la même période.

Avec Stephanie Nebehay à Genève, Michelle Nichols à New York, Mohammed Abbas; Benjamin Massot, Jean-Stéphane Brosse et Guy Kerivel pour le service français

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