Combattants de l'organisation État islamique en Irak
Combattants de l'organisation État islamique en Irak © Reuters

Le groupe Etat Islamique est aujourd'hui à la tête d'un arsenal de guerre, au même titre qu'une armée conventionnelle. Missiles, systèmes anti-aériens, armes lourdes...

Retour sur le résultat d'une prolifération incontrôlée de l'armement au Proche-Orient avec Aymeric Elluin, responsable Armes et impunité, à Amnesty International.

Un catalogue vertigineux

Lance-roquettes multiples, systémes anti-aériens, mitrailleuses lourdes, MANPADS, armes de poing, mitrailleuses légeres, fusils de sniper, lance-grenades... Acteur non étatique, groupe terroriste, l'organisation Etat Islamique dispose d’un arsenal similaire à celui des armées conventionnelles les mieux équipées du monde , du plus rustique comme l'AK-47, au systèmes les plus sophistiqués comme les systèmes anti-tanks guidés ou les missiles TOW américains.

Un arsenal qu'il a notamment saisi sur les bases militaires qu'il a conquises ou que des soldats déserteurs ont emmené avec eux et revendues.

Les djihadistes disposent également de véhicules blindés de transports de troupes; de chars de combat, comme les chars Abrams américains ou des modèles soviétiques plus anciens.Sur la base de Raqqa, en Syrie, souligne Aymeric Elluin, ils ont également saisi des avions.

Le matériel de guerre provient pour l'essentiel de plusieurs décennies d’armement de l’Irak, avec l’aide de l’Union soviétique puis de la Russie, puis des Etats-Unis après l’invasion américaine en 2003. Après l’invasion américaine, ce sont plus d’un millions d’armes légeres, de petits calibres et des munitions qui ont été fournies. 500 millions de dollars d’armes légères et petit calibre à l’Irak pour la seule année 2014 .

Aymeric Elluin, responsable Armes et impunité, à Amnesty International au micro de Claude Guibal

Les stocks irakiens sont extrêmement peu sécurisés. La corruption est très forte, elle s'ajoute à un phénomène de désertion et à un trafic illicite nourri par le fait qu’il n’existe pas de système de contrôle des stocks. On ne sait pas quand des armes sortent du stock, vers quelles unités elles sont allées, si elles retournent au stock ou pas. Les Etats-Unis eux-mêmes ont concédé qu’ils avaient perdu de vue 190 000 armes qu’ils avaient fournies à l’Irak, qui ont disparu dans la nature.C’est le flou absolu en terme de prolifération des armes. Aujourd’hui rien ne garantit que les armes que nous fournissons restent dans les stocks de l’armée irakienne. Il faut enrayer cette dynamique.

Libye, Syrie, Irak, Centrafrique... Aujourd'hui,les conflits se nourrissent les uns les autres . Les armes chinoises qui alimentent le conflit au Soudan du Sud, arrivent aujourd’hui en Syrie. C'est ainsi que le groupe Etat Islamique a pu récupérer des MANPADs chinois ou des AK-47.

Routes, passages, transporteurs, tous les acteurs illicites sont connus. C'est pourquoi il faut cantonner les possibilités de trafic et se doter des lois nécessaires pour réprimer correctement les violations d’embargo liées au trafic d’armes. En France, cela fait des années qu’on attend une législation spécifique pour lutter contre le trafic des armes.

►►► Document |Le rapport d'Amnesty International sur l'armement du groupe Etat Islamique

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