C'est semble-t-il un déséquilibré qui a assassiné le maire de Gdansk Pawel Adamowicz, mais il invoque des raisons politiques. Un geste qui interpelle dans une Europe où d'autres personnalités politiques ont été victimes d'un climat d'intolérance accrue et d'une banalisation des discours de haine.

Le cercueil d'Oliver Ivanovic, homme politique serbe assassiné devant les bureaux de son parti dans la ville de Mitrovica (Kosovo)
Le cercueil d'Oliver Ivanovic, homme politique serbe assassiné devant les bureaux de son parti dans la ville de Mitrovica (Kosovo) © AFP / Oliver Bunic

Quand les mots se transforment en actes meurtriers. Les discours de haine relayés par les hommes politiques, les invectives, les attaques anonymes sur les réseaux sociaux, la recherche de boucs émissaires, la libération de la parole raciste, sexiste ou contre les hommes politiques ont-ils encouragé le passage à l'acte? Ont-ils armé des bras assassins ? La Pologne, sous le choc, s'interroge au lendemain de l'assassinat du maire de Gdansk. La responsabilité des réseaux sociaux a souvent été pointée dans la polarisation du débat et la difficulté d'entendre un discours contraire à ses idées ou d'accepter une vision du monde différente de la sienne. Et avant le meurtre de Pavel Adamowicz, l'Europe a été secouée par ceux d'autres personnalités politiques, victimes de cette même intolérance  

  • Oliver Ivanovic, 64 ans, tué par balles le 16 janvier 2018  

Ce mercredi 16 janvier, une marche silencieuse est organisée à Belgrade, en mémoire d'Oliver Ivanovic, homme politique serbe assassiné devant les bureaux de son parti, à Mitrovica, cette ville du nord du Kosovo divisée entre Serbes et Albanais. Oliver Ivanovic avait le tort, expliquent ses partisans, d'être un homme politique modéré, partisan inlassable du dialogue entre Serbes et Albanais, alors que l'heure est plus que jamais au nationalisme exacerbé dans la région.

Le défilé de ce mercredi devrait d'ailleurs avoir une tonalité fortement anti Vucic, hostile au Président serbe accusé de couvrir les commanditaires, voire d'avoir été l'inspirateur de ce crime pour lequel seuls des seconds couteaux ont été inquiétés. Si Oliver Ivanovic rejetait l'indépendance du Kosovo, il prônait la réconciliation, parlait l'albanais et, surtout, critiquait avec constance l'action de Belgrade dans la région. Il était l'une des bêtes noires d'Aleksander Vucic et il était régulièrement fustigé par une presse aux ordres. Des mots qui ont fini par tuer. 

La famille de Jo Cox, le 27 septembre 2018 à Bruxelles à l’occasion de l’inauguration d’une place à son nom
La famille de Jo Cox, le 27 septembre 2018 à Bruxelles à l’occasion de l’inauguration d’une place à son nom © AFP / John Thys
  • Jo Cox, 41 ans, assassinée une semaine avant le vote sur le Brexit

C'est un choc, le 16 juin 2016, à Birstall dans le nord de l'Angleterre, lorsque, une semaine avant le vote sur le Brexit la députée travailliste pro européenne Jo Cox est touchée d'une balle dans la tête, traînée par les cheveux, lardée de quinze coups de poignard, puis achevée de deux balles...  Elle venait de tenir sa permanence de députée dans une bibliothèque de cette ville du West Yorkshire.

L'assassin, Thomas Mair, jardinier au chômage condamné à la prison à perpétuité, a d'abord été considéré comme un malade mental. Il a pourtant perpétré son acte aux cris de "La Grande-Bretagne d'abord". La campagne pro Brexit avait pris un tour xénophobe et violent dénoncé outre Manche. Une propagande xénophobe relayée par les tabloïds. Lors du procès de Thomas Mair, la justice a finalement retenu le mobile politique. Dans plusieurs lettres révélées lors de l'enquête, le meurtrier de Jo Cox fustigeait ainsi  "les Blancs de gauche" ou encore "les traîtres" à la cause de la domination blanche. L'idéologie suprémaciste blanche et le nationalisme exacerbé ont été désignés comme ayant inspiré son geste meurtrier.  

  • 22 juillet 2011 : 77 morts à Oslo et Utoya
Des fleurs pour les victimes d’Utoya à Oslo
Des fleurs pour les victimes d’Utoya à Oslo © Maxppp / Berit Roald

C'est la haine de l'autre, celui qui pense autrement, le traître, qui, en ce jour d'été 2011, arme le bras d'Anders Behring Breivik. Militant d'extrême-droite inspiré par un parti populiste, il se déchaîne en ouvrant le feu contre de jeunes militants travaillistes réunis sur l'île norvégienne d'Utoya, faisant 69 morts et des dizaines de blessés. Il avait, dans la matinée, posé une bombe meurtrière dans le quartier des ministère et du gouvernement de la capitale Oslo. Breivik est un ancien adhérent du Parti du progrès (Fremskrittspartiet), parti populiste penchant vers l’extrême droite, dont certains responsables n'ont pas hésité à appeler à une nouvelle croisade. Breivik, lui, entend punir les "marxistes culturels" qui livrent l’Europe aux musulmans. Son discours reprend les thèmes en vogue dans l'extrême droite norvégienne : c'est encore une fois l'identité blanche européenne qu'il s'agit de défendre face aux assauts de l'islam.

Il a été condamné à la peine maximale : 21 ans de prison; une peine qui pourra être prolongée de cinq ans en cinq ans, tant qu'il sera considéré comme dangereux.   

La foule devant la cathédrale de Rotterdam (Pays-Bas) pour rendre hommage à Pim Fortuyn le 9 mai 2002
La foule devant la cathédrale de Rotterdam (Pays-Bas) pour rendre hommage à Pim Fortuyn le 9 mai 2002 © Maxppp / Olaf Kraak
  • 6 mai 2002 : Pim Fortuyn abattu devant les studios d'une radio 

Il sortait d'une interview lorsque le dirigeant populiste néerlandais Pim Fortuyn est tombé : atteint de cinq balles. Il était l'homme politique en vue, donné vainqueur des législatives à venir. Son meurtrier, Volkert Van der Graaf, militant de la cause animale, a voulu, dit-il, protéger les plus vulnérables, notamment les immigrés et les demandeurs d'asile.  Il ne voyait d'autre solution pour empêcher la victoire de Pim Fortuyn et de son parti que de le tuer. L'assassinat de Pim Fortuyn a été présenté comme le premier meurtre politique aux Pays-Bas depuis celui de Guillaume d'Orange en 1584.

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