Week-end d’élections contestées au Koweit. D’abord une bagarre sur les chiffres de la participation. A peine 27% pour l’opposition qui boycottait ce scrutin législatif, le ministère de l’information parle de 39%, ce qui est peu au regard des 60% habituels.

423 000 électeurs étaient appelés à désigner 50 députés au Parlement.

Il y a six semaines, l’Emir, le cheikh Sabah al Ahmad al Sabah a décidé de modifier le code électoral. Jusqu’ici chaque électeur pouvait désigner 4 noms issus des différentes listes. Désormais le vote ne portera que sur un candidat.

Un déni de démocratie pour l’opposition.

Manifestations à Koweit City
Manifestations à Koweit City © Radio France / RE

Vendredi dernier, le 30 novembre, plus de cent mille personnes ont défilé dans les rues de Koweit City pour dénoncer cette réforme constitutionnelle.

Une manifestation d’une telle ampleur ne s’est jamais vu dans l’histoire de cet émirat du golfe.

Rappel des faits

*Le Parlement élu n’a pas les moyens de désigner le gouvernement dont les ministres sont choisis par l’Emir.

*L’opposition parlement/gouvernement rythme le quotidien du Koweit. Le Cheikh Sabah est très populaire quand il accède au trône en 2006. De fait, députés et ministres sont du même bord.

*Mais ces dernières années, la crise aussi est passée par là, et les faibles performances de la famille régnante pour préserver les intérêts des citoyens a entrainé une colère générale

*L’opposition composée de salafistes et d’islamistes enlèvent les élections de février 2012. Un ras de marée. 34 sièges sur 50.

*L’Emir furieux, dissout le parlement, modifie la loi électorale et convoque de nouvelles élections le 1 er décembre.

*L’opposition multiplie les manifestations. Celle du 21 octobre connaît une terrible répression policière et militaire.

*Le scrutin n’est pas annulé pour autant.

*Résultat : Sur les 36 sièges qu’elle détenait, l’opposition n’en conserve qu’un seul.La minorité chiite proche de l’Emir obtient un score historique : 17 parlementaires élus.

Considérant les nouveaux élus comme « illégitimes », Fayçal Al-Muslim , ancien député, a annoncé que l’opposition allait « poursuivre les manifestations pacifiques jusqu’à la chute du nouveau Parlement » .

Il évoque aussi la non-représentation des trois plus grandes tribus bédouines du Koweït, les Awazem, les Mutair, et les Ajami. Un seul siège alors qu’elles représentent plus d’un dixième de la population totale du pays.

Les salafistes et islamistes hurlent à la dictature. L’Emir rétorque que cette opposition ne pense qu’à instaurer la « charia » quand elle sera au pouvoir et que lui seul est donc le garant d’une stabilité.

Il valorise les avancées de son règne. Le droit de vote accordé aux femmes il y a six ans.

Le Koweit est animé d’une grande confusion politico-sociale et cette situation tendue inquiète les autres Emirats du golfe, Bahrein en tête.

@EricValmir sur Twitter

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