France Inter vous propose de suivre l'itinéraire de deux aventurières du siècle précédent, parties explorer l’Asie au péril de leur vie. Deux originales qui osèrent bousculer les conventions sociales de leur époque pour aller à la rencontre de l’autre.

Quand le voyage se conjugue au féminin
Quand le voyage se conjugue au féminin © Getty / Jobalou

Alexandra David-Néel (1868-1969) : un destin romanesque et inspirant

Alexandra David-Néel
Alexandra David-Néel © Radio France

Chanteuse d’opéra, féministe, journaliste, exploratrice et orientaliste, connue comme "dame Lama" par les Tibétains, Alexandra David-Néel laisse derrière elle une vingtaine d’ouvrages.  

Deux émissions de fictions Ça peut pas faire de mal et Autant en emporte l’histoire s’inspirent d'un épisode de cette folle aventure, lorsqu'Alexandra David-Néel gagne la cité interdite de Lhassa déguisée en pèlerin. Nous voyageons au cœur de l'Himalaya dans les années 20 en compagnie de l’exploratrice et de son jeune protégé tibétain Youngden. Guillaume Gallienne vous propose une lecture de son illustre ouvrage : Voyage d'une Parisienne à Lhassa, tandis qu’Autant en emporte l’histoire met en scène ce périple avec plusieurs comédiens, dans une fiction radiophonique signée Christel Mouchard.

Alexandra David-Néel s’adresse à son mari resté en Occident :

Je tente une nouvelle et dernière aventure… Où me conduira-t-elle ? C’est un mystère [...] Tâche de te représenter une tente minuscule, seule dans un recoin de montagne, par un soir où le froid pique, où la terre durcie sonne sous les pas, un feu de bouse de vache flambant devant la tente avec une marmite de thé plantée sur trois pierres et deux tout menus voyageurs, leurs bonnets enfoncés jusqu’aux yeux, assis autour de ce primitif foyer. 

C’est en compagnie de deux écrivains passionnés, Jennifer Lesieur et Christel Mouchard que Daniel Fiévet décide de rendre hommage à celle que l’on surnommait "la femme aux semelles de vent". Ensemble, ils dressent le portrait d’une femme dotée d’un tempérament exceptionnel qui, partie pour 18 mois vers l’Asie, ne revint chez elle que 14 ans plus tard… Un tempérament hors du commun, « un Himalaya d’orgueil » qui vécut jusqu’à 101 ans sans jamais renoncer à explorer le monde.  

Vu plongeante sur le toit du monde, Lhassa
Vu plongeante sur le toit du monde, Lhassa © Maxppp / Xinhua, News agency newscom

A. D-Néel décrit les paysages himalayens dont elle fut une des premières découvreuses :

Derrière une des crêtes s’étendait un immense plateau de neige, un plateau incliné qui montait doucement vers une nouvelle crête très lointaine enveloppée de nuages… Le paysage était entièrement blanc sans la moindre note de couleurs, il était blanc et démesuré, j’étais seule… je crois que je n’ai jamais ressenti aussi profondément la petitesse de ma personne que devant ce paysage surhumain...

Ella Maillart  (1903-1997)

Sur les pas d’Ella Maillart par Daniel Fiévet

Ella Maillart est de la même trempe qu’Alexandra David-Néel. 

Voyageuse, écrivaine reporter, photographe, et championne olympique à la voile, Ella Maillart a sillonné la Chine, l’Afghanistan et l’Inde, portée par le désir de «rencontrer l’autre pour mieux se rencontrer». Invité de l’émission Le temps d’un bivouac, Olivier Weber nous relate le formidable destin de cette aventurière.

Route de la Soie, Afghanistan
Route de la Soie, Afghanistan © Maxppp / Philippe Valery

Voyage et nomadisme

Le nomadisme est inscrit dans notre histoire, je crois que nous sommes tous un peu nostalgique de ce mouvement… O. Weber

Ella Maillart part dès les années vingt pour l’Asie centrale, voyageant souvent seule et vivant très chichement. En Afghanistan, alors que le froid est particulièrement violent, elle perd ses bottes et se voit quasi perdue quand des nomades lui sauvent la vie. Elle raconte sa fascination pour ces peuples dont la vie s’organise dans un perpétuel mouvement : « Leur instabilité m’attire, je la sens mienne comme celle des marins, ils vont d’une escale à l’autre, partout et nulle part chez eux, chaque arrivée ne marquant somme toute qu’un nouvel appareillage » .

Autre grand voyageur suisse, Nicolas Bouvier fut l’ami d’Ella Maillart. Il raconte, amusé, leur première entrevue en 1952 : « C’était une personne très laconique, je voulais des conseils sur un voyage que je projetais, elle m’a dit : Partez et si ça ne vous convient pas, revenez ». C'est avec ces mots qu'il finit de nous présenter cette intrépide aventurière :

Ella Maillart était une dure, une personne volontaire… une dame pharaonique au regard d’azur. 

Quête spirituelle

Rien de tel que de voyager pour apprendre à se connaître.

Si Ella Maillart n’est pas à proprement parler une romancière, elle a écrit une dizaine d’ouvrages témoignant de ses aventures. « On peut dire qu’elle est allée plus loin que Kessel ou Conrad en explorant des contrées quasiment vierges, sous des températures de moins 40 à plus 45 degrés… » nous dit Olivier Weber pour qui les livres de l'exploratrice n'ont pas pris une ride.  Au-delà de l’exploit physique, il y a chez elle une curiosité humaine et une démarche spirituelle. De 1940 à 1945, elle s'installe dans le sud de l'Inde auprès de deux grands sages indiens. Voici ce qu'elle disait du voyage :

Plus on voyage plus on se connaît sous d’autres latitudes en se comparant à d’autres. La plupart des gens ne cherchent pas… c’est difficile de trouver quelque chose qu’on ne sait pas.

Dans La marche de l'histoire, Jean Lebrun et son invitée, l’historienne Hélène Blais, rendent également hommage au destin exceptionnel d’Ella Maillart. C'est le festival Etonnants voyageurs qui popularisa cette figure, longtemps restée dans un quasi anonymat.

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