[scald=70259:sdl_editor_representation]par Marwa Awad et Tamim Elyan

LE CAIRE (Reuters) - Les autorités égyptiennes ont annoncé vendredi que la participation à la première phase des élections législatives s'était élevée à 62% des inscrits, du jamais vu en Egypte.

Pour l'heure, seule une poignée de résultats a été dévoilée par la commission électorale et il est trop tôt pour dire si le parti Liberté et Justice, formé par les Frères musulmans, recueillera, comme il l'affirme sur son site, autour de 43% des sièges alloués à la proportionnelle.

Un tel résultat conforterait le succès des islamistes en Afrique du Nord après la Tunisie et, tout récemment, le Maroc.

Le président de la commission électorale, Abdel Moez Ibrahim, a reconnu qu'un certain nombre d'irrégularités avaient été commises lors du vote, lundi et mardi, notamment des infractions à l'interdiction qui était faite de mener campagne devant les bureaux de vote. Mais il a estimé que ces manquements à la règle n'avaient pas eu d'effet sur les résultats.

Il a surtout insisté sur la participation, la plus élevée "depuis les pharaons", a-t-il plaisanté lors d'une conférence de presse.

"Le sang des martyrs a irrigué l'arbre de la liberté, de la justice sociale et de l'Etat de droit. Nous en récoltons aujourd'hui les premiers fruits", a-t-il poursuivi en rendant hommage aux 850 manifestants tués lors des journées révolutionnaires qui ont conduit l'hiver dernier au renversement d'Hosni Moubarak.

Les Frères musulmans, dont la création remonte à 1928, estiment vendredi sur le site de leur parti politique, Liberté et justice, qu'ils recueilleront autour de 43% des sièges alloués à la proportionnelle, à partir de listes présentées par les partis. Ils se disent également en tête au scrutin nominal.

La répartition des sièges à la chambre basse du parlement ne sera connue qu'à l'issue du marathon électoral le 10 janvier.

La première phase, lundi et mardi, concernait 17 des 50 millions d'électeurs inscrits dans neuf gouvernorats, dont Le Caire, les villes d'Alexandrie, Port-Saïd et Damiette dans le nord du pays, ainsi qu'Assiout et Louxor dans le Sud.

Au total, 498 sièges sont en lice, dont les deux tiers sont alloués à la proportionnelle sur la base de listes présentées par les partis, le dernier tiers revenant à des candidatures individuelles.

Aucun résultat pour les sièges attribués à la proportionnelle n'a été diffusé. Pour les élections au scrutin majoritaire concernant les candidatures individuelles, 56 sièges étaient en jeu lundi et mardi. Quatre candidats, dont deux portant les couleurs du parti créé par les Frères musulmans, ont été élus dès le premier tour. Les autres en passeront par un second tour.

"NUL NE DOIT S'INQUIÉTER"

Le parti Al Nour, l'une des formations salafistes qui défendent une vision rigoriste de l'islam, devrait obtenir jusqu'à 30% des sièges, selon les évaluations diffusées sur le site de Liberté et justice. Jeudi, Al Nour disait s'attendre à obtenir jusqu'à 20% des sièges.

Les salafistes veulent exclure les femmes et les membres de minorités religieuses, comme les coptes, des hautes fonctions administratives. Ils prônent un retour à une vision stricte de l'islam, qui prohibe l'alcool, l'art et la littérature "non islamiste" ainsi que la fréquentation des plages - un programme guère compatible avec l'industrie du tourisme, qui représente un emploi sur huit en Egypte.

Le Bloc égyptien, une coalition de partis libéraux, se dit aussi en mesure de recueillir un cinquième des sièges.

Le Mouvement des jeunes du 6 avril, l'un des grands artisans de la révolution, notamment grâce à son activité sur internet, assure sur sa page Facebook que "personne ne doit s'inquiéter de la victoire d'une liste ou d'un courant politique".

"C'est la démocratie et notre grande nation ne permettra plus à quiconque de l'exploiter à nouveau", a-t-il dit.

Si Liberté et Justice et Nour obtiennent les résultats qu'ils espèrent, ils pourront former une solide majorité au parlement, mais les Frères musulmans semblent rejeter la perspective d'une telle alliance.

FARDEAU

Essam El Erian, un haut responsable de Liberté et Justice, a déclaré avant le vote que les salafistes seraient "un fardeau pour toute coalition".

Un communiqué du parti des Frères musulmans diffusé vendredi matin se montre plus prudent. "Les discussions concernant la formation d'un gouvernement sont prématurées et la constitution d'alliances au Parlement est liée à l'achèvement des trois phases électorales", dit-il.

Liberté et justice pourrait plutôt chercher à nouer des alliances avec d'autres partenaires comme le parti libéral Wafd ou le parti islamiste modéré Wasat, mis en place par d'anciens membres des Frères musulmans en 1996, mais autorisé seulement après la chute d'Hosni Moubarak.

La confrérie islamiste se défend de vouloir imposer de strictes règles islamiques. Elle assure que son principal objectif est de lutter contre la corruption et de relancer l'économie, non pas d'interdire l'alcool ou d'imposer le voile aux femmes.

Les protestataires de la place Tahrir ont organisé à l'issue des prières du vendredi un rassemblement sur la place emblématique de la révolution afin d'honorer la mémoire des 42 personnes mortes lors des manifestations préélectorales et demander à nouveau le départ des militaires du Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir depuis la chute de Moubarak.

avec Dina Zayed et Alistair Lyon; Jean-Stéphane Brosse, Benjamin Massot, Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français

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