Alors que le Qatar est en crise depuis trois mois avec ses voisins du Golfe, son émir Tamim ben Hamad al-Thani entame une tournée de reconquête, qui passe ce vendredi par l’Elysée.

L'émir Tamim ben Hamad al-Thani au sommet arabe de Charm el-Cheikh en mars 2015
L'émir Tamim ben Hamad al-Thani au sommet arabe de Charm el-Cheikh en mars 2015 © Reuters / Amr Dalsh

Cela fait 100 jours que le Golfe est en crise. Au banc des accusés depuis le 5 juin dernier, le Qatar continue de refuser le diktat de ses voisins, qui ont entamé un blocus terrestre et aérien, et qui accusent toujours Doha de financer des groupes extrémistes.

Le Qatar, après s’être finalement assuré que ses alliés occidentaux ne le lâcheront pas, se sent désormais suffisamment en confiance pour entamer une grande tournée de reconquête. Cette semaine pour la première fois depuis le début de la crise, pour briser son isolement, le dirigeant a quitté son palais de Doha pour se rendre ce jeudi en Turquie et rencontrer le président Recep Tayyip Erdogan. Dans la foulée, il était attendu ce vendredi en Allemagne, reçu par Angela Merkel et chez Emmanuel Macron, dans l'après-midi, avant de se rendre à l'Assemblée générale de l'ONU.

Stratégie du torse bombé

Le richissime propriétaire du PSG (depuis 2011) a opté, sur le terrain sportif comme sur la scène diplomatique, pour la méthode coup de poing : capable de débourser des millions pour s'offrir l'un des trois meilleurs joueurs de foot au monde, il joue aussi la force sur le terrain des relations stratégiques, en ne renonçant, malgré l'agacement de ses voisins arabes, ni à ses relations amicales avec l'Iran, ni à ses contrats d'armements avec l'Italie ou les Etats-Unis (une flotte d'une trentaine d'avions de chasse). On le disait discret lors de son couronnement, qui l'a vu succéder à son père Hamad ben Khalifa Al Thani. Il semble avoir décidé de bomber le torse, sans se laisser intimider par le blocus subi par son Etat.

Le foot comme arme diplomatique

Marié trois fois et déjà père de plusieurs enfants, diplômé d'une prestigieuse école britannique, ce fan de foot (et supporter avoué du Manchester United) a aussi décidé d'user de son club de football parisien comme d'une arme diplomatique, une bataille qui se joue à la fois sur la pelouse et dans les médias : affirmer que son économie "est solide", même si le pays a réduit sa voilure financière depuis quelques années, victime de la chute des prix du gaz et du pétrole, en appelant même, à l'automne 2016, à réduire le "gaspillage et les dépenses extravagantes".

Le Qatar doit garder la face avant tout, notamment via le PSG, en attendant l'organisation de la Coupe du Monde de football, que le pays doit organiser en 2022. Dans cette optique, l'émir joue la carte l'interventionnisme dans la gestion du club – aux résultats loin d'être satisfaisants – et a déjà donné un sévère tour de vis dans l'équipe de ses dirigeants. Cette fois, il s'attaque à la scène diplomatique, dossier où un simple tour de vis ne suffira pas, mais dans lequel l'émir Qatari devra user, surtout, de son talent stratégique.

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