mariano rajoy s’explique devant le parlement
mariano rajoy s’explique devant le parlement © reuters

C'est "un retour en arrière de trente ans" s'insurgent les féministes et la gauche espagnole. Le projet de loi limitant l'avortement a été approuvé aujourd'hui par le gouvernement conformément à une promesse de campagne de Mariano Rajoy en 2011.

La gauche espagnole et les féministes sont très inquiets.

A Madrid, les précisions de Mathieu de Taillac:

L'avortement autorisé dans deux cas seulement

La réforme revient au système de 1985. Pour être légale, l'avortement doit entrer dans deux cas de figure comme l'a expliqué le ministre de la justice Alberto Ruiz-Gallardon:

nécessaire en raison d'un grave danger pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme ou bien que la grossesse soit une conséquence d'un délit contre la liberté ou l'intégrité sexuelle de la femme

Des conditions très contrôlées

En cas de viol, il faudra que la femme ait porté plainte avant pour avoir le droit de pratiquer une IVG.

Dans le cas d'une malformation du foetus, deux médecins différents devront rendre un rapport allant dans ce sens.

Le texte impose aussi une autorisation parentale pour les mineures.

Ce projet de loi a toutes les chances d'être ensuite voté dans difficulté au parlement car le Parti populaire (droite au pouvoir) y dispose de la majorité absolue depuis les élections de novembre 2011.

L'association Médecins du Monde s'alarme:

Les lois restrictives ne réduisent en aucun cas le nombre d'avortements. Elles aboutissent à ce que les femmes qui ont le moins de moyens financiers interrompent leur grossesse dans des conditions peu sûres et qui peuvent mettre leur vie en danger

La loi de 2010 annulée

La loi de 2010 autorise l'avortement jusqu'à 14 semaines. En cas de malformation du foetus, l'IVG peut être pratiquée jusqu'à 22 semaines. Avec le mariage homosexuel, c'est l'une des réformes phares de l'ex-gouvernement socialiste.

Elena Valenciano
Elena Valenciano © VICTOR LERENA/epa/Corbis

La numéro deux du PSOE Elena Valenciano a convoqué un comité de direction d'urgence vendredi. La socialiste entend défendre la loi.

Pour elle, Mariano Rajoy a finalement cédé "à l'aîle dure de son parti et à la Conférence épiscopale".

Nous n'allons pas revenir en arrière de 30 ans, et surtout nous n'allons pas nous résigner, abandonner ou être intimidée

Un "pacte pour le droit à l'IVG" signé par 200 associations

A l'approche du projet, la bataille a d'ailleurs repris ces derniers jours au parlement. Plusieurs députées de gauche ont signé mardi un "pacte pour le droit à l'interruption volontaire de grossesse" émanant d'un collectif de 200 associations de femmes, appelant les députées du PP à les rejoindre.

Ruiz Gallardon
Ruiz Gallardon © PACO CAMPOS/epa/Corbis

Avant la loi de 2010, l'avortement était passible de prison, sauf en cas de viol, de malformation du foetus ou de risque pour la "santé physique ou psychique" de la mère.

Ruiz Gallardon avait soulevé une vive polémique en évoquant en juillet 2012 une limitation de l'avortement y compris en cas de malformation du foetus.

Et de nouveau en avril, lorsqu'il avait affirmé que

le risque pour la santé physique et psychique ne peut être considéré comme prétexte pour ne pas protéger la vie du nouveau-né

Ruiz Gallardon, le ministre de la justice a précisé:

la loi que le PP approuve n'établira jamais un délit pénal contre la femme qui est une victime de l'avortement", contrairement à la loi de 1985

46% des Espagnols sont favorables au maintien de la loi de 2010 contre 41% en faveur de la limitation de l'avortement selon une étude de l'institut Metroscopia publiée en mai dans le journal El Pais (gauche).

Mobilisation chez les pro et les anti-avortement

Résumant les craintes, le président de la Fédération du planning familial, Luis Enrique Sanchez, a affirmé que la future loi pourrait signifier:

un retour en arrière à la situation des années 1980, avec des femmes espagnoles qui vont en France ou en Angleterre pour avorter lorsqu'elles en ont les moyens

Manifestation pro-avortement en Espagne
Manifestation pro-avortement en Espagne © REUTERS / Susana Vera

Selon la gynécologue Salim Chami de la clinique madrilène Isadora spécialisée dans l'IVG:

elles iront dans des lieux clandestins

L'opposition et les féministes annoncent déjà une forte mobilisation malgré la période de noël.

Des anti-IVG de l'association "Droit à la vie", ont eux prévu de se rassembler devant le siège du gouvernement pendant le Conseil des ministres.

Un total de 118.359 IVG ont été enregistrées en Espagne en 2011, après 113.031 en 2010.

Manifestation anti-avortement en Espagne
Manifestation anti-avortement en Espagne © KOTE RODRIGO/epa/Corbis

La quasi totalité des pays d'Europe autorisent l'avortement.

Le gouvernement doit tenir sa promesse

a martelé ces derniers mois HazteOir (fais-toi entendre) en organisant plusieurs manifestations dans le pays "pour un avortement zéro".

Infographie avortement
Infographie avortement © IDE
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.