L'État islamique a revendiqué les attentats qui ont tué plus de 320 personnes au Sri Lanka. Si le "califat" auto-proclamé par Daech s'est effondré au Moyen-Orient, il continue de revendiquer des attentats commis dans le monde. Les explications de Anne-Clémentine Larroque, maître de conférence à Sciences Po Paris.

Intérieur d'une église visée par un attentat à Negombo le 22 avril 2019
Intérieur d'une église visée par un attentat à Negombo le 22 avril 2019 © AFP / Jewel Samad

FRANCE INTER : Est-ce que cette revendication de l’État islamique vous surprend ?

ANNE-CLÉMENTINE LARROQUE : "Non, car l’État islamique est dans une nouvelle phase depuis que la Syrie est devenu un terrain beaucoup trop compliqué. L’idée, depuis début avril, est de redéployer ses forces dans d’autres zones, à savoir l’Afrique et l’Asie du Sud-Est."

Mais pourquoi le Sri Lanka en particulier ?

"Daech a l’habitude de s’infiltrer en amont dans les pays où il y a des désordres communautaires. Le Sri Lanka est connu pour être un terrain de confrontation entre les bouddhistes et les musulmans, qui sont réprimés. Je pense que l’État islamique avait tout intérêt à miser sur ce pays pour demeurer une force active. Cela lui permet de se remettre en lien avec l’Asie du Sud-Est méridionale (les Philippines, l’Indonésie) et de l’autre coté au nord-ouest avec l’Afghanistan, où ils sont de plus en plus forts, et le Pakistan."

Y voyez-vous une volonté de déstabiliser cette partie du monde ?

"Oui, c’est déstabiliser pour exister. Ils sont en train de montrer qu’ils ne sont pas morts, qu’ils sont capables de faire plus de 300 morts encore et qu’ils peuvent s’attaquer à tout le monde, et notamment aux chrétiens qu’ils jugent impies. La propagande n’a jamais cessé. Ils ont annoncé qu’ils se vengeraient des attentats de Christchurch en Nouvelle-Zélande. Il y avait eu d’ailleurs un communiqué de l’État islamique où ils disaient qu’ils se faisaient les défenseurs et les protecteurs des musulmans dans le monde. Et donc partout où les musulmans sont, selon eux, réprimés et discriminés, ils pourront agir.

Le Sri Lanka fait partie de ces territoires. Ce n’est pas le seul : le Bangladesh, l’Inde ou la Thaïlande pourraient faire les frais de cette progression de l’État islamique, par sa capacité à se réadapter en permanence aux cibles qu’ils peuvent toucher.

Prenons aussi les Philippines : actuellement, il y a des confrontations de l’armée philippine contre l’État islamique au sud du pays, qui ont fait plusieurs morts. Cela montre qu’il y a un réseau asiatique qui existe, en Asie du Sud comme en Asie du Sud-Est."

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