Depuis minuit, 4,2 millions de Croates sont Européens. L'adhésion de la Croatie a été arrachée après de longues négociations ce qui explique peut-être qu'à Zagreb, la population n'est pas vraiment enthousiaste.

Des drapeaux de l'UE flottent au-dessus d'une scène dressée sur la place centrale de la capitale, Zagreb, pour les festivités prévues dimanche soir. Mais rares sont ceux, au sein de la population, qui accueillent l'événement avec un grand enthousiasme. Au contraire, c'est plutôt l'inquiétude qui domine.

Car le pays vit sa cinquième année de récession et le chômage y touche 21% de la population active, un niveau record. La Commission européenne a demandé à la Croatie de maîtriser ses dépenses publiques. La dette publique atteint près de 60% du PIB et le déficit budgétaire représente 4% du PIB.

Le reportage de Bertrand Gallicher

La Croatie en chiffres
La Croatie en chiffres © Radio France / Betrand Gallicher

La manne touristique - dix millions de touristes par an - est certes un atout pour ce pays des bords de l'Adriatique, grand comme deux fois la Belgique. Mais, estiment certains, la Croatie peine à séduire les investisseurs étrangers et l'économie est freinée par la bureaucratie, une justice inefficace, la lenteur du processus législatif et un marché du travail rigide.

La monnaie croate, la kuna, introduite en mai 1994, a son cours régi par un système de flottement contrôlé vis-à-vis de l'euro. Le pays ne devrait pas adopter la monnaie unique avant les années 2019-2020 et il n'est pas prévu non plus qu'il rejoigne l'espace Schengen avant des années : certaines capitales de l'UE demeurent préoccupées par le niveau de corruption et l'importance du crime organisé en Croatie.

Les Croates vont adhérer à une Union européenne profondément ébranlée par ses difficultés économiques et budgétaires, qui ont provoqué des dissensions internes et suscitent la méfiance de l'opinion publique de ses différents Etats.

Quel changement pour la Croatie et pour l'UE ?

Pour en arriver à l'adhésion à l'UE, la Croatie a traversé sept années de réformes tortueuses et souvent impopulaires, sous la houlette de Bruxelles. Elle a livré à La Haye une quinzaine de chefs militaires et hommes politiques, tant croates que bosno-croates, inculpés de crimes de guerre par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

Elle a vendu des chantiers navals, engagé la lutte contre la corruption, allant jusqu'à emprisonner un ancien Premier ministre, Ivo Sanader. Elle a réglé ses litiges avec sa petite voisine, la Slovénie.

Et elle entre dans l'UE au moment même où les Vingt-Sept ont décidé d'engager des négociations sur l'adhésion de son ancienne ennemie des années 1990, la Serbie.

Avec l'entrée de la Croatie, l'UE comptera 508 millions d'habitants et une 24e langue officielle, le croate. L'ex-Etat yougoslave compte près de 4,4 millions d'habitants pour une superficie d'environ 56 550 km2. A Bruxelles, la Croatie aura sept voix au sein du Conseil pour les votes à la majorité qualifiée, comme le Danemark, l'Irlande, la Lituanie, la Slovaquie et la Finlande (au lieu de 29 pour l'Allemagne, la France, l'Italie et le Royaume uni, 27 pour l'Espagne et la Pologne, par exemple).

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