Deux fins connaisseurs des institutions européennes choisissent le polar pour nous faire vivre l'Union. "Les Compromis", c'est la fabrique de la loi racontée autour d'un crime politique. Rencontre avec Maxime Calligaro, l'un des auteurs du roman, ancien attaché parlementaire et pédagogue enthousiaste.

Maxime Calligaro (à g.), co-auteur des "Compromis", débat sur l'Europe à Bruxelles avec Jean Quatremer. Le journaliste de Libération a inspiré Guy Camaraud, le reporter qui mène l'enquête de son roman.
Maxime Calligaro (à g.), co-auteur des "Compromis", débat sur l'Europe à Bruxelles avec Jean Quatremer. Le journaliste de Libération a inspiré Guy Camaraud, le reporter qui mène l'enquête de son roman. © Radio France / Angélique Bouin

Maxime Calligaro* a été attaché parlementaire européen. Son collègue Eric Cardère – un pseudonyme – l’est toujours. À eux deux, ils nous racontent, dans Les Compromis, un polar politique, pourquoi le corps de Sandrine Berger, une eurodéputée verte française très investie dans une réforme ambitieuse de la législation sur les carburants, a été retrouvé aux pieds de l’hémicycle, après une chute du douzième étage.

Une plongée pédagogique et salvatrice dans une "bulle" européenne "aussi obscure qu’une abbaye bénédictine du XIVe siècle dans le nord de l’Italie"

FRANCE INTER : Une députée verte est assassinée au cœur du Parlement européen, et c’est le point de départ du roman que vous signez avec Eric Cardère. Pourquoi avoir privilégié ce décor ?

Maxime Calligaro : "L’inspiration vient d’Umberto Eco. À sa mort, en février 2016, on se remet à lire Le Nom de la Rose, cette intrigue policière plantée en plein milieu d’une abbaye, cette espèce de monde qui vit en vase clos, avec ses moines venus de toute l’Europe, avec ses différentes factions, avec ses codes et ses rites. Pour Eric Cardère et moi, ça ressemblait à la bulle européenne, au Parlement européen.

Parce que l’Europe telle qu’on la connaît aujourd’hui est peut-être aussi obscure qu’une abbaye bénédictine du XIVe siècle dans le nord de l’Italie. C’est pas du cinéma grand public.

C’est une espèce de théâtre d’avant-garde : il y a plein d’acteurs sur la scène, on ne sait pas qui dit quoi, c’est très confus. Il n’y a pas vraiment la volonté de raconter quelque chose.

Le choix du polar pour faire vivre les institutions européennes, c’est un peu osé, non ? 

"C’est très difficile de totalement emmerder les gens avec du polar", disait Claude Chabrol. On s’est dit que pour un sujet aussi complexe que l’Union européenne, il fallait au moins une intrigue policière pour prendre le lecteur par la main.

Dans l’Union européenne, il n’y a pas de conflit. Or pour faire une bonne histoire, il en faut. Il faut un héros, il faut un adversaire.

En plantant un meurtre, on a voulu emmener le lecteur à l’intérieur du Parlement européen, faire fi de la complexité, raconter l’Europe à travers les histoires des hommes et des femmes qui arpentent les couloirs des institutions.

Normalement, quand on a refermé le bouquin, on a trouvé un meurtrier, et on a appris, sans que ce soit la promesse du livre, comment on fait une directive, comment les normes européennes, dont on dit qu’elles dictent nos vies, sont fabriquées. On pousse les portes closes derrières lesquelles s’écrit la loi.

Pourquoi avoir opté pour ce titre, Les Compromis, finalement assez ambigu ?

On emmène le lecteur jusque dans les "trilogues", là où les diplomates des États-membres, les fonctionnaires de la Commission et les élus du Parlement européen se réunissent pour trouver des compromis, faire naître le droit européen.

Ce qu’on essaie d’explorer, c’est la limite entre le compromis et la compromission.

Les compromis, pour ceux qui font de la politique ou pour les Belges, qui, eux, savent que la politique n’est que du compromis, sont la matière première du consensus. Et l’Europe est une machine à créer du consensus. Ceux qui ne connaissent pas la politique, qui ne connaissent pas l’Europe et n’habitent pas en Belgique, ont une autre lecture du mot "compromis". Ils disent souvent - les Français notamment, pour qui le compromis n’est que de la compromission - que les eurocrates sont compromis".

Les Compromis est paru aux éditions Rivages/noir.

* Maxime Calligaro est chroniqueur à Foule continentale, une émission qui nous parle d’Europe tous les dimanches à 13h20 sur France Inter.

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