[scald=67145:sdl_editor_representation]par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - L'ancien juge-vedette de l'antiterrorisme Jean-Louis Bruguière a témoigné mercredi sous pression au procès d'Ilich Ramirez Sanchez dit "Carlos", jugé pour quatre attentats ayant fait 11 morts en France en 1982 et 1983.

En retraite depuis 2007, Jean-Louis Bruguière, 68 ans, a défendu à la cour d'assises de Paris son enquête menée à travers toute la planète et qui a duré 13 ans, de 1994 à 2007, mais dont la défense conteste l'approche et le résultat, surtout basé sur les dossiers des services secrets d'anciens pays communistes.

"Ce n'est pas de l'exotisme judiciaire", s'est défendu le magistrat, assurant qu'il avait été contraint d'attendre pour avoir les résultats de ses demandes à l'étranger.

"L'histoire a pesé lourd dans cette affaire, parce qu'elle a permis des avancées mais aussi parce qu'elle a beaucoup retardé les investigations", a-t-il ajouté.

Carlos, l'ex-ennemi public numéro un des années 1980, 62 ans, s'est montré injurieux à l'égard de l'ancien juge depuis le début de ce procès le 7 novembre, le qualifiant en son absence de divers noms d'oiseaux comme "drogué" et "minable".

La défense avait prévu une très longue séance de questions au magistrat, qui devait se prolonger jusque tard dans la nuit.

L'étoile de Jean-Louis Bruguière a pâli et il est sous le coup d'une enquête pour "faux témoignage" dans l'affaire de l'attentat anti-français de Karachi, où les familles de victimes le soupçonnent d'avoir occulté la piste politico-financière.

Ilich Ramirez, remis à la France par le Soudan en août 1994, purge une première condamnation à perpétuité prononcée en 1997 pour les assassinats de deux policiers français de la DST et leur informateur, en 1975 à Paris.

Carlos est cette fois accusé d'avoir organisé les attentats le 29 mars 1982 contre le train Capitole Paris-Toulouse (5 morts et 77 blessés), le 22 avril 1982 rue Marbeuf à Paris devant le siège du journal El Watan (un mort et 63 blessés) et le 31 décembre 1983 dans le TGV près de Tain-l'Hermitage et à la gare Saint-Charles de Marseille (5 morts et 50 blessés au total).

POURSUITES DÉFAILLANTES

L'accusé soutient que le juge s'est volontairement trompé d'auteurs et il impute les attentats notamment aux Syriens et aux Groupes antiterroristes de libération, un groupuscule anti-ETA financé par le gouvernement espagnol.

Jean-Louis Bruguière a expliqué à la cour d'assises qu'il avait recueilli entre 1997 et 2004 en Hongrie, en Allemagne, en Espagne, en Suisse, en Jordanie et dans divers autres pays ce qu'il présente comme les preuves de l'implication de Carlos.

Les documents collectés montrent en effet que le "groupe Carlos" était soutenu, armé et hébergé par le bloc communiste d'Europe de l'Est, notamment la RDA, la Hongrie et la Roumanie, mais aussi protégé par la Syrie, l'Irak et le Yémen.

La défense objecte cependant que ces documents, qui ne sont souvent que des copies d'originaux, n'ont pas de valeur probante et estime qu'ils n'apportent pas la preuve, à supposer qu'ils soient authentiques, de l'implication de Carlos dans les crimes.

La défense remarque aussi que si le dossier est riche de documents étrangers, il y manque l'original d'une lettre de menaces imputée à Carlos et déposée à l'ambassade de France aux Pays-Bas, après l'arrestation en France le 16 février 1982 à Paris de Magdalena Kopp, compagne de Carlos et d'un autre membre du groupe, Bruno Bréguet.

Conséquence concrète de la durée de l'enquête, l'Allemande Margot Fröhlich, co-accusée de Carlos, a dû être libérée en 2001 du fait de l'expiration des délais maximaux de détention provisoire et s'est réfugiée dans son pays, dont elle ne peut être extradée aujourd'hui. Elle est jugée par défaut.

La défense fait aussi remarquer que le juge a interrogé lors de l'enquête en Jordanie un autre co-accusé, le Palestinien Ali Kamal al Assawi, sans le mettre en examen. Agé de 68 ans, il est aujourd'hui introuvable. Il est aussi jugé par défaut.

Quant au dernier co-accusé, l'Allemand Johannes Weinrich, 64 ans, il purge une peine pour d'autres faits en Allemagne, mais a été acquitté pour la plus grande partie du dossier français en 2004 dans son pays, les magistrats allemands ayant jugé à l'époque la procédure Bruguière peu satisfaisante.

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