Le président indonésien, Joko Widodo, a décidé de transférer la capitale, actuellement à Djakarta, surpeuplée et en proie aux intempéries, en dehors de l'île de Java, sans toutefois annoncer quel serait le nouveau centre du pouvoir. Plusieurs pays ont pris une décision similaire, avec un succès parfois limité.

Vue de la capitale indonésienne Jakarta.
Vue de la capitale indonésienne Jakarta. © AFP / Andrew Gal

L'Indonésie a fait le choix de transférer la capitale, Djakarta, surpeuplée et en proie aux intempéries, hors de l'île de Java. Mais plusieurs pays ont déjà pris une telle décision.

La Birmanie : Naypyidaw, ville quasi vide en pleine jungle pour remplacer Rangoun

Construite à partir de rien dans le plus grand secret au beau milieu de la jungle birmane par la junte militaire au pouvoir, Naypyidaw a remplacé Rangoun comme capitale en 2005. Avec ses artères à 2x10 voies, ses centres commerciaux gigantesques, son stade immense et sa pagode Uppatasanti, Naypyidaw aurait coûté quatre milliards de dollars, et compte officiellement un million d'habitants. Un chiffre sérieusement mis en doute par les touristes et les journalistes qui ont pu se rendre sur place : tous décrivent une ville quasiment vide, et peuplée exclusivement de fonctionnaires.

Une autoroute deux fois dix voies à Naypyidaw, capitale birmane construite en pleine jungle.
Une autoroute deux fois dix voies à Naypyidaw, capitale birmane construite en pleine jungle. © AFP / Romeo Gacad

Les raisons de ce déménagement n'ont d'ailleurs jamais été totalement éclaircies. La junte a expliqué que la position centrale de cette ville dans le pays devait permettre à toute la population d'accéder plus facilement à la capitale, mais il semble que la motivation sécuritaire ait été le principal moteur pour le pouvoir, espérant ainsi mieux se protéger en cas d'invasion étrangère qu'à Rangoun, située en bord de mer, ou pouvoir mieux réprimer une révolte de la population.

Au Brésil : de Rio de Janeiro à Brasilia

Deux objectifs semblent avoir motivé le président brésilien Juscelino Kubitschek quand celui-ci annonce, en 1956, sa décision de créer une nouvelle capitale ex-nihilo : d'une part, mieux répartir la population et l'activité économique, concentrée sur les côtes, et désengorger Rio de Janeiro, la capitale d'alors, et d'autre part mettre fin à la rivalité entre Rio et Sao Paulo, véritable capitale économique du pays. 

Quatre ans plus tard, en 1960, la nouvelle capitale, Brasilia, est inaugurée en grande pompe, et le monde entier découvre le plan mythique en oiseau de la ville et ses bâtiments iconiques qui abritent les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Cette ville, qui a rencontré le succès, puisqu'elle compte aujourd'hui plus de 2,5 millions d'habitants, est l'œuvre d'Oscar Niemeyer et Lucio Costa.

Le congrès brésilien, inauguré en avril 1960.
Le congrès brésilien, inauguré en avril 1960. © AFP / Evaristo Sa

Au Kazakhstan : Astana devenue Noursoultan

Vous en avez entendu parler récemment, à l'occasion de son changement de nom spectaculaire : le 20 mars dernier, Astana est devenue Noursoultan, en l'honneur du président Noursoultan Nazarbaïev, démissionnaire la veille, et seul dirigeant kazakh depuis la fin de l'Union soviétique. C'est sur sa décision que cette ville, nommée successivement dans l'histoire Akmolinsk, Tselinograd, Akmola puis Astana, lorsqu'elle devient capitale en 1997 (ce nom signifiant littéralement "capitale" en kazakh), à la place d'Almaty, située 1 000 kilomètres plus au sud. 

Construite à grands frais sur d'anciens marécages, la capitale kazakhe compte d'imposants gratte-ciels et des bâtiments ultramodernes, signés Norman Foster ou Kisho Kurokawa, elle a accueilli ces dernières années de nombreuses rencontres diplomatiques, notamment sur la Syrie, et l'Exposition universelle de 2017.

Au Nigéria : une nouvelle capitale plus centrale et en territoire "neutre"

Abuja est devenue officiellement la capitale du Nigéria en 1991, quinze ans après la décision du gouvernement de quitter Lagos, une ville déjà trop peuplée, et dominée par l'ethnie Yoruba. Le point choisi pour la construction de la nouvelle capitale a l'avantage d'être situé au centre du pays, et surtout d'être en territoire "neutre", de n'être assimilé à aucune des ethnies qui composent le pays. 

Ce choix semble avoir été le bon, puisque la capitale compte désormais près de 2,5 millions d'habitants dans son agglomération, et a été, selon les Nations-Unies, la ville ayant connu la plus forte croissance démographique au monde entre 2000 et 2010.

En Côte-d'Ivoire : Yamoussoukro, pour effacer le passé colonial

C'est officiellement pour se doter d'une capitale qui n'a pas été choisie par les colons que Félix Houphouët-Boigny, le président ivoirien, inaugure en 1983 le nouveau centre de pouvoir du pays, Yamoussoukro. Cette ville succède ainsi en moins d'un siècle, à Grand-Bassam, principal centre administratif des colons français jusqu'en 1900, à Bingerville, de 1900 à 1933, et à Abidjan. Le fait que Yamoussoukro, alors baptisée N'Gokro, soit le lieu de naissance de Félix Houphouët-Boigny n'est probablement qu'une coïncidence. 

En tout cas, cette nouvelle capitale l'est essentiellement sur le papier : l'activité économique reste concentrée à Abidjan et tous les présidents ayant succédé au père de l'indépendance ivoirienne ont choisi de siéger dans l'ancienne capitale. Pourtant, la ville ne manque pas de bâtiments majestueux, à l'image de la basilique Notre-Dame de la Paix, le plus grand édifice religieux catholique du monde.

En Malaisie : de Kuala Lumpur à Putrajaya

En 1999, la Malaisie décide de déplacer sa capitale de Kuala Lumpur, devenue irrespirable, à Putrajaya, située à seulement une vingtaine de kilomètres au sud. Le gouvernement d'alors souhaite en faire la vitrine d'un pays moderne (la ville est entièrement gérée par informatique) qui se tourne vers la sauvegarde de la planète (elle compte de nombreux lacs et espaces verts, et a été construite sur d'anciennes plantations de palmiers à huile). On peut notamment y admirer une réplique du pont Alexandre III.

Le Belize : Belmopan, une capitale moins exposée aux aléas climatiques

En 1961, l'ouragan Hattie raye de la carte Belize City, la capitale de ce qui s'appelait alors le Honduras britannique, aujourd'hui Belize. 30 ans plus tôt, cette ville située en bord de mer avait déjà été fortement endommagée par une tempête. Les autorités du pays décident alors de transférer leur capitale vers un endroit moins exposé aux aléas climatiques, et c'est finalement en 1970 que se fait le déménagement vers Belmopan, une ville nouvelle créée spécialement pour accueillir le gouvernement et l'administration.

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