Plus d'une semaine après la mort de deux touristes scandinaves (Louisa Vesterager Jespersen, 24 ans, et Maren Ueland, 28 ans), dix-neuf personnes ont été arrêtées, et la piste d'un attentat en lien avec l'État islamique est largement privilégiée. Mais les autorités veulent rassurer.

Veillée en hommage aux deux victimes à Rabat, le 22 décembre 2018
Veillée en hommage aux deux victimes à Rabat, le 22 décembre 2018 © AFP / Fadel Senna

"Un attentat peut arriver partout, quelles que soient les mesures de sécurité et le degré de vigilance", disait jeudi dernier l'ancien directeur central des services généraux marocains Abdelak Bassou, interrogé par l'AFP. "Attentat", un mot utilisé avec la plus grande parcimonie par les autorités marocaines. Quitte à donner l'impression qu'ils tentent à tout prix de ne pas s'en servir.

Pourtant, plus l'enquête avance, plus l'hypothèse de "loups solitaires", d'un crime d'opportunité, semble éloignée de la réalité. Quinze personnes ont été arrêtées en plus des quatre hommes accusés des meurtres de ces deux touristes norvégienne et danoise. Les suspects, âgés de 25 à 30 ans, avaient prêté allégeance à l'organisation État islamique dans une vidéo enregistrée quelques jours avant la découverte des deux corps.

Meurtriers, assassins ou terroristes ?

Face à tous ces éléments, le gouvernement marocain accumule les "oui, mais". Oui, les suspects ont prêté allégeance à l'organisation terroriste ; mais le crime "n'a pas été coordonné" par elle, assure un porte-parole des services du renseignement intérieur et de la sécurité. Oui, l'un d'eux avait été arrêté pour tenter de rejoindre des groupes extrémistes à l'étranger, avant de radicaliser les trois autres ; mais aucun ne s'est rendu dans ces zones de conflit. Oui, 1669 Marocains ont rejoint l'organisation État islamique ; mais 242 ont été arrêtés depuis, et les quatre suspects n'en faisaient pas partie.

Si le caractère "terroriste" a effectivement été attesté par les autorités, le pouvoir et les médias locaux évitent autant que possible les termes qui fâchent : le chef du gouvernement, Saad-Eddine el Othmani dénonce un "crime odieux", la presse locale un acte "barbare". Un acte qui a suscité une vague d'émotion dans le pays (tout comme dans ceux des deux victimes), avec notamment une veillée samedi dernier dans plusieurs villes du pays, qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes. Un mot y revient avec insistance : "sorry", "désolés", face au "terrorisme sans religion ni nationalité".

L'image d'un pays sûr

Le Maroc n'a aucun intérêt à trop inquiéter le reste de la communauté internationale. Économiquement, le pays est extrêmement dépendant du tourisme (le deuxième employeur du pays, qui représente 10 % de sa richesse). Il a donc tout à perdre à écorner son image de pays "sûr" dans une région au climat particulièrement tendu.

Depuis 2011 (attentat de Marrakech, 17 morts), le Maroc n'a en effet connu "aucune atteinte à sa sécurité", selon Abdelak Bassou, soit sept ans sans incident majeur. Le pays n'a aucune envie de remettre ce compteur à zéro.

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