Le putsch à Bangui vu à travers la presse, se résume à la prise du pouvoir de rebelles qui ont renversé le président. Point. On en parle deux jours et une fois que tout est fini et que les ressortissants français sont évacués, on oublie. Aucun contexte donné. On évoquera ce dossier dans le numéro de "Partout Ailleurs " ce vendredi 5 avril.

Même constat pout les troubles dans la région du grand lac qui se réduisent à quelques brèves quand les rebelles du M23 s'énervent. Aucunes clés ne sont données.

Et pourtant à l'Est de la République Démocratique du Congo se joue un conflit les plus meurtriers de la planète.

5 millions de morts. Un chiffre supérieur aux victimes recensées en Bosnie, Afghanistan et Irak réunis.

5 millions de morts dans l'indifférence générale.

5 millions de morts dans cette deuxième guerre du Congo que personne ne connait et que l'on résume tous les six mois à quelques affrontements armés sans prendre le temps de donner un contexte.

5 millions de morts qui ne tombent pas forcément sous les balles ennemies, mais de maladies qu'on ne peut plus soigner en raison de l'absence d'infrastructures sanitaires ravagées par la guerre.

Comme l'explique David Van Reybrouck dans son livre "Congo " :

"Cette guerre initiée en 1998 disparait de l'actualité internationale parce que les journalistes ne parviennent pas à déchiffer une situation inexplicable et confuse. Il n'existe pas deux camps bien circonscrits.Le journalisme de guerre recourt à une référence morale. En Yougoslavie, les serbes sont les grands criminels et au Rwanda, les Tutsis des victimes innocentes. Dans les deux cas, le raccourci des conceptions médiatiques ont donné naissance à des idées biaisées et des actions politiques désastreuses ."

Dans la deuxième guerre du Congo, il n'existe pas un camp de gentils. Aucun des pays engagés n'a la conscience tranquille et ne semble vouloir un compromis. Seule la logique de la guerre prévaut.Ce conflit, d'une grande complexité, implique neuf pays africains et une trentaine de milices.

Deuxième guerre du Congo
Deuxième guerre du Congo © / WCM

En 1998, le Rwanda et l'Ouganda cherche à renverser Kabila au Congo et attaque l'Est du pays. L'Angola qui ne veut pas la chute de Kabila pour préserver sa frontière vole à son secours, le Zimbabwe aussi, Mugabe a des intérêts à défendre dans les industries extractives de la région. La coalition se renforce avec la Namibie, le Soudan et le Tchad. En face, le Burundi rejoint l'Ouganda et le Rwanda et des milices s'organisent.

La deuxième guerre du Congo est marquée par les séquelles du génocide rwandais , la faiblesse de l'Etat congolais, la vitalité militaire du nouveau Rwanda, la surpopulation de la région des grands lacs, la permeabilité des vieilles frontières coloniales,l'accentuation des tensions ethniques dues à la pauvreté , la militarisation de l'économie informelle , le trafic d'armes, l'impuissance des Nations Unies et surtout la présence de richesses naturelles.

Pour les belligérants, la guerre est une affaire lucrative, on se bat pour l'or du XXIème sièvle. Le coltan, un gravier noir que l'on trouve dans la boue. Tout le monde en veut et 80% des réserves planétaires se trouvent ici. Le coltan se compose de deux métaux au point de fusion élevé adapté aux superalliages de l'industrie aérospatiale et aux condensateurs dans le domaine électronique.Le coltan, indispensable à la moindre tablette, smartphone, lecteur MP3 etc.

Et dans les coulisses de la guerre se trame aussi une concurrence débridée entre multinationales qui convoitent le contrôle des mines et financent l'achat d'armes en contre partie.

Echos d'ailleurs sur twitter : @ericvalmir

Partout Ailleurs les vendredi sur Inter de 19 à 20 h

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