[scald=109599:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - L'inhumation de Mohamed Merah, l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban, n'aura pas lieu en Algérie après le refus des autorités de ce pays d'accueillir sa dépouille et l'incertitude règne sur la possibilité de l'enterrer à Toulouse.

Le maire de la ville, Pierre Cohen, a en effet demandé jeudi que l'inhumation soit différée de 24 heures, dans l'attente d'un arbitrage de l'Etat.

Abdallah Zekri, le conseiller du recteur de la Grande Mosquée de Paris chargé du dossier, avait annoncé dans un premier temps que Mohamed Merah serait inhumé jeudi dans le carré musulman du cimetière de Cornebarrieu, à Toulouse.

Mais en début d'après-midi, Pierre Cohen a jugé que le choix de Toulouse, ville où ont été commis cinq des sept meurtres, n'était pas opportun.

"Suite au refus de l'Algérie à la dernière minute d'accepter le corps de Mohamed Merah, Pierre Cohen estime que son inhumation sur le territoire de la ville de Toulouse n'est pas opportune", dit un communiqué.

"Il a donc demandé au préfet de région de différer l'inhumation de 24 heures et interpelle l'Etat à ce sujet", ajoute-t-il.

Des proches de la famille Merah avaient exprimé leur crainte que la sépulture ne soit profanée ou qu'elle devienne un lieu de pèlerinage si le jeune homme de 23 ans était enterré en France.

ÉCOUTES TÉLÉPHONIQUES

Selon Abdallah Zekri, le refus en Algérie a été formulé par le maire de la commune où la famille voulait inhumer Mohamed Merah, par craintes de troubles à l'ordre public.

Mais une source gouvernementale algérienne a dit que la décision venait d'Alger. "L'Algérie n'a rien à voir avec cette affaire et nous ne comprenons pas pourquoi certains milieux en France veulent nous impliquer", a-t-on dit.

"C'est pourquoi nous avons pris la décision de ne pas accepter le corps pour le moment. C'est une décision temporaire", a ajouté cette source.

En déplacement dans le sud de la France, Nicolas Sarkozy a souhaité que l'on ne fasse pas de polémique autour de l'inhumation.

"En tant que chef de l'Etat j'aurai préféré que l'on puisse interpeller Mohamed Merah vivant, nous avons tout fait pour cela, la police a fait un travail remarquable et j'ai considéré que les polémiques d'ailleurs étaient honteuses", a-t-il dit.

"Maintenant il était Français, qu'il soit enterré et que l'on ne fasse pas de polémique avec cela", a-t-il ajouté.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, a estimé au contraire que l'inhumation de Mohamed Merah, qui, selon elle, a la double nationalité, serait "un affront fait aux familles des victimes". "Sa place est en Algérie et non en France comme le voulait d'ailleurs sa famille", dit-elle dans un communiqué.

La famille française du 'tueur au scooter', mais également son père, ainsi que son oncle du village de Bezzaz, espéraient jusqu'à mercredi soir une réponse favorable des autorités algériennes pour faire inhumer Mohamed Merah en Algérie.

ZONES D'OMBRE

Sur le plan de l'enquête, les services de police suivent toujours la piste d'un possible troisième homme, voire d'autres complices.

Les policiers privilégient l'hypothèse selon laquelle Mohamed Merah ne faisait pas partie d'un réseau structuré mais pensent qu'il a pu être aidé au plan local par des amis ou des relations.

L'audition d'Abdelkader Merah, le frère aîné de l'auteur des tueries mis en examen et incarcéré dimanche pour complicité d'assassinats, a renforcé l'idée qu'une autre personne avait participé au vol du scooter utilisé par Mohamed Merah.

Abdelkader Merah a reconnu s'être trouvé sur les lieux et a laissé entendre que l'auteur du vol n'était pas Mohamed Merah mais, peut-être, une autre personne, dit-on de source policière.

Depuis, les enquêteurs passent au crible toutes les relations du jeune homme, d'autant qu'ils cherchent à savoir qui a posté la copie de la vidéo des assassinats envoyée à la chaîne de télévision qatarie Al Djazira, qui a répondu aux appels du gouvernement et des familles à ne pas la diffuser.

Des responsables politiques continuent à s'interroger sur les éventuelles zones d'ombre ou des failles dans la surveillance de Mohamed Merah, qui s'était rendu en Afghanistan, puis au Pakistan.

Gérard Bon, avec Nicolas Bertin, Guillaume Serries à Toulouse et Lamine Chikhi à Alger, édité par Patrick Vignal et Gilles Trequesser

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