Le rapport de la commission d'enquête sur l'engagement du Royaume-Uni dans la guerre en Irak en 2003 publié ce mercredi, est très sévère envers Tony Blair.

Des manifestants réclament l'emprisonnement de Tony Blair
Des manifestants réclament l'emprisonnement de Tony Blair © Maxppp / Joel goodman

Sept ans après son lancement, le rapport de la commission d'enquête sur l'engagement controversé du Royaume-Uni dans la guerre en Irak en 2003 est  publié ce mercredi. Ce rapport est accablant pour l'ex-Premier ministre Tony Blair.

C'était la décision la plus difficile que j'ai jamais prise (...) je l'ai prise de bonne foi. J'en endosse l'entière responsabilité. J'exprime ma peine, mes regrets et mes excuses, a déclaré l'ex-chef du gouvernement,  lors d'une conférence de presse à Londres après la publication du rapport.

Selon le rapport, le Royaume-uni a décidé d'envahir l'Irak de manière prématurée en 2003, sans chercher à trouver de solution de dernier recours. Nous avons conclu que le Royaume-Uni avait décidé de se joindre à l'invasion de l'Irak avant que toutes les alternatives pacifiques pour obtenir le désarmement (du pays) ne soient épuisées. L'action militaire n'était pas inévitable à l'époque, a précisé John Chilcot.

La commission Chilcot a auditionné 120 témoins dont Tony Blair et son successeur Gordon Brown. Commandé en 2009, le rapport devait être rendu en 2010  mais il a été reporté à maintes reprises. Les familles des soldats tués en Irak ont d'ailleurs menacé  d'engager des poursuites judiciaires s'il n'était pas publié.

Blair/ Bush : même combat

Selon le rapport, Tony Blair avait promis à Georges Bush de le suivre sur l'Irak "quoiqu'il arrive".

Il s'est érigé en allié des Américains dès les attentats du 11 septembre 2001, au risque de faire erreur. Il a envoyé les soldats britanniques au front en Afghanistan en 2001 puis en Irak en 2003. La guerre  était  pourtant rejetée par l'opinion publique et il perdra rapidement sa confiance . Des millions de manifestants l'accusent alors d'avoir menti sur la supposée présence d'armes de destruction massive en Irak. 45.000 soldats britanniques ont participé à la guerre entre 2003 et 2009, dont 179 sont morts.

Tony Blair a menti

Un premier rapport  publié en 2004 avait conclu que Tony Blair avait exagéré devant le Parlement la menace représentée par le président irakien Saddam Hussein. Mais  son auteur, Robin Butler, a déclaré lundi que l'ex-Premier ministre "croyait vraiment" à l'époque en ce qu'il disait.

Depuis, Tony Blair a dit plusieurs fois qu'il regrettait les vies perdues mais pas le fait que Saddam Hussein ait été renversé. L'an dernier, il s'est excusé pour "le fait que les informations données par les services secrets étaient fausses".

Vers des poursuites judiciaires

Les avocats des familles de 29 des soldats morts en Irak ont indiqué qu'ils allaient éplucher le rapport, afin d"envisager une action en justice.

Plusieurs députés comptent se saisir du rapport Chilcot pour lancer une procédure d'impeachment, avec comme conséquence possible de le priver a posteriori de son titre de Premier ministre.

L'équipement jugé insuffisant des troupes britanniques pourrait constituer un deuxième angle d'attaque pour les anti-Blair. Dans le viseur notamment, l'emploi de Land Rover au blindage trop léger pour résister aux engins explosifs. Des "cercueils sur roues", disaient les soldats.

un manifestant portant un masque de Tony Blair ensanglanté
un manifestant portant un masque de Tony Blair ensanglanté © Reuters / Peter Nicholls

Mercredi matin, des manifestants ont brandi une grande banderole "Blair doit être poursuivi pour crimes de guerre" devant la résidence de l'ancien Premier ministre.

13 ans après, rien n'est oublié

Si le Brexit "est l'événement politique le plus important pour les Britanniques depuis la Deuxième Guerre mondiale, l'invasion de l'Irak en 2003 n'est pas très loin", soulignait mercredi le quotidien The Guardian.

Treize ans après, l'intervention en Irak n'est pas pardonnée. Les rares apparitions publiques de Blair au Royaume-Uni sont aujourd'hui encore perturbées par des manifestants qui vont parfois jusqu'à simuler des arrestations fictives pour "crime de guerre".

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