[scald=91269:sdl_editor_representation]par Khaled Yacoub Oweis

AMMAN (Reuters) - Les bombardements de l'armée syrienne se sont poursuivis mercredi à Homs, foyer de la contestation du régime du président Bachar al Assad, et ont fait des dizaines de morts.

Au moins 67 personnes ont péri dans la nuit sous les tirs de roquettes ou sous les armes des miliciens, rapportent des militants de l'opposition.

Cette nouvelle offensive de l'armée syrienne survient au lendemain d'une rencontre entre le chef de la diplomatie russe et le président syrien qui s'est, selon Moscou, engagé au cours de cet entretien à mettre fin au bain de sang.

A Paris, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a déclaré considérer comme de la "manipulation" les promesses faites à la Russie par Bachar al Assad.

"Ce n'est pas la première fois que des gens vont à Damas rencontrer Bachar et qu'on leur donne de bonnes assurances. Mon collègue turc m'avait raconté qu'il avait passé six heures avec Bachar pour le convaincre et le lendemain il y avait encore 100 morts", a-t-il dit sur France Info et LCP. "Donc, je ne crois absolument pas aux engagements du régime syrien, qui s'est discrédité".

Dans l'espoir de sortir de l'impasse diplomatique, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s'est entretenu au téléphone avec le président russe Dmitri Medvedev mercredi, selon le Kremlin.

HÔPITAUX SANS ÉLECTRICITÉ

La Turquie est prête à organiser une conférence internationale afin de soutenir les populations civiles de Syrie et d'appeler Bachar al Assad à en finir avec la répression entamée il y a onze mois.

Erdogan, qui avait qualifié le récent veto de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité de "fiasco", aura fort à faire pour convaincre Moscou, où le Premier ministre Vladimir Poutine a condamné les "ingérences" occidentales, qu'il a assimilées à un "culte de la violence".

"Bien sûr, nous condamnons toutes les violences, d'où qu'elles viennent, mais on ne peut pas se comporter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine", a déclaré Poutine devant des responsables religieux.

"Un culte de la violence est monté au premier plan des affaires internationales ces dix dernières années. Cela ne peut manquer d'inquiéter (...) et nous ne devrons rien laisser se produire de tel dans notre pays."

Le processus diplomatique n'a pour l'instant ralenti en rien la répression menée par le régime syrien.

Dans la nuit de mardi à mercredi, des chars ont fait leur entrée à Homs, dans le quartier d'Inchat, et se sont également approchés du quartier de Bab Amro, qui a récemment essuyé les pilonnages les plus violents des troupes fidèles au régime.

Au moins 200 personnes y ont trouvé la mort ces deux derniers jours, selon des militants de l'opposition et des sources proches de l'opposition.

"L'électricité est revenue brièvement et nous avons été en mesure de contacter plusieurs quartiers, les activistes ayant réussi à recharger leurs batteries de téléphone. On a compté 47 personnes tuées depuis minuit", a indiqué Mohammad Hassan un militant d'opposition, joint par téléphone satellitaire.

Les hôpitaux de la ville n'ont toutefois plus d'électricité et se trouvent à court de matériel médical. Quant aux blessés et à ceux qui les emmènent à l'abri, ils risquent à tout moment d'être arrêtés par les forces de sécurité, rapporte un groupe se présentant comme la Commission générale de la révolution syrienne.

Ce groupe estime que 100 personnes ont été tuées pour la seule journée de mercredi.

TROIS FAMILLES MASSACRÉES

Selon l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme (OSDH), basé à Londres, au moins 20 civils ont été tués mercredi lors d'un raid mené par des miliciens fidèles au régime contre le domicile de trois familles à Homs.

"Les Chabbiha sont entrés dans trois maisons dans la nuit et ont abattu cinq membres d'une même famille, le père, sa femme et leurs trois enfants, une famille de sept dans une autre maison et huit (membres d'une même famille) dans une troisième", a indiqué Rami Abdelrahman, président de l'OSDH.

L'agence officielle syrienne écrit pour sa part que des "groupes terroristes armés" ont attaqué des barrages érigés par la police et ont tiré au mortier sur la ville. Trois obus sont tombés sur la raffinerie de pétrole.

Par ailleurs, des bombardements ont eu lieu à Zabadani, ville située à la frontière libanaise, à 30 km au nord-ouest de Damas. Deux personnes ont péri lors des pilonnages mardi, portant le bilan du nombre de tués ces deux derniers jours à dix morts, selon des groupes d'opposants.

Il est difficile de confirmer ces informations de source indépendante en raison des restrictions imposées par le régime syrien aux médias indépendants.

La répression des manifestations antigouvernementales en Syrie a fait plus de 5.000 morts en près de onze mois selon l'Onu qui n'a plus établi de décompte depuis plusieurs semaines.

La Russie et la Chine ont opposé leur veto samedi à un projet de résolution au Conseil de sécurité de l'Onu soutenant le plan de la Ligue arabe qui prévoit la mise à l'écart du chef de l'Etat syrien.

Ce double veto a suscité l'indignation des pays occidentaux et arabes et le Conseil national syrien a estimé que cela revenait à donner un "permis de tuer" au gouvernement syrien.

Le chef de la diplomatie russe a appelé mercredi les pays proches de l'opposition syrienne à inciter ces derniers à entamer une dialogue avec le gouvernement.

"Il faut que le gouvernement et les groupes d'opposition s'assoient autour d'une table de négociations", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Moscou.

"Ce n'est pas à la communauté internationale de tenter de déterminer à l'avance le résultat du dialogue."

Avec Steve Gutterman et Gleb Bryanski à Moscou, Louis Charbonneau à New York, Alistair Lyon, Benjamin Massot, Marine Pennetier et Gregory Schwartz pour le service français

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