Donald Trump veut cesser de financer l'OMS qui a selon lui "failli à ses devoirs essentiels" dans la lutte contre l'épidémie de coronavirus. Mais l’Organisation mondiale de la santé n’est pas indépendante et a été retardée par l'attitude de la Chine qui a au départ minimisé le danger.

L'OMS "regrette" la décision de Trump de suspendre le financement de l'organisation
L'OMS "regrette" la décision de Trump de suspendre le financement de l'organisation © AFP / Fabrice COFFRINI

L'OMS est très critiquée dans sa gestion de la crise du Covid-19, pendant laquelle l’attitude de la Chine a été un réel handicap. De plus, par définition, cette organisation intergouvernementale dépend des États et ne peut pas intervenir dans les affaires de chaque pays.

Pour Auriane Guilbaud, chercheuse au CNRS, maîtresse de conférence en sciences politiques à l'université Paris 8 Saint-Denis et spécialiste des politiques de santé internationales, l'OMS peut être comparée à un "chef d'orchestre que les États ne suivraient pas".

FRANCE INTER : Quelle est la responsabilité de la Chine dans la crise que traverse l’OMS aujourd’hui ?

AURIANE GUILBAUD : "La Chine a joué un rôle tout-à-fait crucial dans la crise, dès le départ, puisque les premiers cas se sont déclarés sur son territoire. L’OMS dépendait des informations que les autorités chinoises voulaient bien lui faire remonter et elle dépendait du bon vouloir de cet État-membre pour avoir accès à son territoire, se rendre dans le pays, tenter d’obtenir des informations sur le virus et voir comment la Chine gérait l’épidémie.

L’OMS est dans une situation difficile car elle doit composer avec les sensibilités politiques des États-membres, dont la Chine. Elle doit être politiquement adroite pour s’assurer la coopération des États, et en même temps faire en sorte que l’information circule et éviter que trop de pression ne nuise à son travail."

Quelles peuvent être les conséquences d’un désinvestissement des États-Unis ?

"L’annonce de l’administration Trump de suspendre ses financements à l’Organisation mondiale de la santé reflète la positon de l’administration Trump vis-à-vis des organisations internationales et du multilatéralisme. Les États-Unis se désengagent, et en même temps, c’est un moyen de se défausser à un moment où le président et son administration sont très critiqués sur la réponse à la pandémie. Donald Trump reporte sur l’OMS les attaques dont lui-même fait l’objet. C’est un moyen de faire diversion. Cette instrumentalisation du poids des États-Unis, cette forme de chantage a déjà été observée sous l’administration Reagan, c’est du déjà-vu.

Or l’OMS doit faire face à des contraintes politiques et financières. Son budget est assez faible. Lui en retirer 20%, même si pour le moment c’est une suspension, c’est énorme. On peut penser que le Congrès ne suivra pas cette position de Trump, mais si jamais les États-Unis retiraient complètement leur contribution ce serait catastrophique pour l’organisation, en plein milieu d’une crise, alors que la vague n’a pas complètement touché les pays en développement, et que l’on a besoin de coordination internationale. Remettre en cause la seule organisation internationale qui essaie de coordonner la réponse, ce n’est pas le bon moment.

À chaque fois qu’il y a une crise, l’OMS se retrouve sous les feux des projecteurs et des critiques, et des leçons sont tirées ensuite. En 2014, elle avait été très critiquée à propos de sa réponse à l’arrivée du virus Ebola en Afrique de l’Ouest. Il en avait suivi une réforme la création d’un programme de gestion des situations d’urgence sanitaire, qui peut être utile actuellement."

Vous comparez l’OMS à un "chef d’orchestre que ses musiciens ne suivraient pas", pourquoi ?

"Oui car l’OMS joue le rôle de chef d’orchestre. Elle coordonne les actions des États. Mais là, on voit qu’ils n’étaient pas préparés à une telle pandémie, même si des voix prévenaient qu’une pandémie pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Ils se sont laissé gagner par la panique, en se repliant chacun sur des réponses nationales, sans souci de coordination au niveau international.

Dans un état d’impréparation et de tensions géopolitiques, notamment entre les États-Unis et la Chine, ce rôle de coordination de l’OMS est beaucoup plus difficile à jouer. C’est de la diplomatie avec beaucoup de contraintes."

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