La Russie et les Etats-Unis ont longuement évoqué la situation en Syrie
La Russie et les Etats-Unis ont longuement évoqué la situation en Syrie © Reuters / Eduardo Munoz

Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté vendredi à une rare unanimité une résolution sur le conflit syrien prévoyant notamment un cessez-le-feu et la mise en place d'un gouvernement de transition.

"Le Conseil a envoyé très clairement à toutes les parties concernées le message selon lequel il est temps de mettre fin au massacre en Syrie et de préparer le terrain à un gouvernement qu'après tant de souffrances, le peuple de ce pays en ruine peut soutenir", a déclaré le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, à l'issue du vote.

Compromis entre les Etats-Unis et la Russie

Le texte de quatre pages, résultat d'un difficile compromis entre les Etats-Unis et la Russie, demande à l'Onu de préparer un mécanisme de supervision du cessez-le-feu dans un délai d'un mois et d'organiser début janvier des négociations formelles entre le gouvernement de Damas et l'opposition.

Lors d'une conférence de presse en présence de son homologue russe Sergueï Lavrov, John Kerry a déclaré que les modalités de la transition politique ne devraient être définies dans les deux mois à venir.

Les discussions entre le régime de Damas et l'opposition sur la formation d'un gouvernement d'unité nationale ne devraient selon le secrétaire d'Etat pas démarrer avant la mi-janvier.

Selon Sergueï Lavrov, un accord sur cette question pourrait être conclu dans les six prochains mois.

Quant au cessez-le-feu, il pourra entrer en vigueur "aussitôt que les représentants du gouvernement syrien et de l'opposition auront pris les premières mesures sur la voie d'une transition politique sous les auspices de l'Onu", dit la résolution approuvée vendredi. Il ne s'appliquerait pas au groupe État islamique, au Front al Nosra et à d'autres groupes armés, ont précisé des sources diplomatiques.

Au peuple syrien "de décider de l'avenir de la Syrie"

Le texte prévoit par la suite la mise en place d'un gouvernement de transition et l'organisation d'élections, précisant qu'il revient au peuple syrien "de décider de l'avenir de la Syrie" -- un point sur lequel la Russie a insisté face aux pays occidentaux et arabes qui demandent le départ de Bachar al Assad dès le début du processus de transition.

Le sort du président syrien continue de susciter de "fortes divergences", a reconnu John Kerry. "Nous sommes parfaitement conscients des obstacles qui demeurent. Il y a toujours de fortes divergences au sein de la communauté internationale, en particulier au sujet de l'avenir du président Assad", a dit le chef de la diplomatie américaine.

Eventuel départ du chef de l'Etat syrien

Son homologue russe, Sergueï Lavrov, a estimé à ce sujet que la résolution adoptée vendredi était une "réponse claire aux tentatives visant à imposer aux Syriens des solutions de l'extérieur sur n'importe quel sujet, y compris ceux qui concernent leur président".

De sources diplomatiques, on indiquait cependant cette semaine que la Russie avait fait savoir qu'elle ne s'opposerait pas à un éventuel départ du chef de l'Etat syrien à la fin de la période de transition, même si elle ne l'admettrait pas publiquement. Dans son discours devant l'Onu, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a pour sa part demandé des "garanties" sur ce départ, jugeant qu'il "s'impose pour des raisons non seulement morales, mais d'efficacité". "Comment cet homme pourrait-il rassembler un peuple qu'il a en grande partie massacré ?", a-t-il demandé.

Parallèlement aux tractations à l'Onu, les pays du Groupe de soutien international à la Syrie (ISSG) ont tenu vendredi une troisième réunion depuis le lancement fin octobre de cette initiative diplomatique qui intègre l'Iran pour la première fois depuis le début du conflit syrien, en mars 2011. Les chefs de la diplomatie des 17 pays qui le composent, dont la Russie, les Etats-Unis, la France, la Turquie, l'Arabie saoudite et, donc, l'Iran, se sont retrouvés au Palace Hotel de New York. L'un des objectifs était d'affiner la feuille de route pour la paix en Syrie qu'ils ont définie lors des deux premières conférences internationales, les 30 octobre et 14 novembre derniers à Vienne, et que la résolution du Conseil de sécurité est venue appuyer.

La composition de l'équipe de négociateurs

Mais le sujet le plus épineux reste la composition de l'équipe de négociateurs qui représentera l'opposition syrienne aux pourparlers -- cette dernière faisant d'ores et déjà l'objet de critiques de la part de Damas et de ses alliés qui dénoncent la présence en son sein de groupes "terroristes".

Pendant une pause dans les discussions, le ministre jordanien des Affaires étrangères, Nasser Djoudeh, a indiqué qu'il avait présenté un document faisant la synthèse des groupes considérés comme "terroristes" par les participants.

"Chaque pays a fourni sa liste. Certains pays en listaient 15 ou 20, d'autres davantage", a-t-il dit. Une conférence réunissant des opposants syriens la semaine dernière en Arabie saoudite a abouti à la désignation d'un "secrétariat" de 34 membres qui s'est lui-même choisi comme coordinateur en vue des négociations l'ancien Premier ministre Riad Hidjab.

Une solution non confessionnelle

Ce dernier a déclaré vendredi que l'opposition n'accepterait pas que Bachar al Assad reste au pouvoir pendant la phase de transition."Nous irons à ces négociations sur ce principe, nous n'engagerons pas de discussions sur autre chose. Il n'y aura pas de concessions" , a-t-il dit à la presse. Saluant devant le Conseil de sécurité de l'Onu l'effort d'unification de l'opposition syrienne, Laurent Fabius a pour sa part déploré que "le régime syrien n'ait, quant à lui, encore montré aucune volonté d'entrer dans une négociation sérieuse".

Lors de sa conférence de presse de fin d'année, vendredi, Barack Obama a répété lui aussi que la Syrie ne pourrait retrouver la stabilité tant que Bachar al Assad serait au pouvoir. "Je pense qu'Assad devra partir pour que le pays arrête de faire couler le sang et que toutes les parties puissent avancer sur la voie d'une solution non confessionnelle. Il a perdu toute légitimité", a dit le président américain, tout en admettant que les intérêts de Moscou et Téhéran, principaux soutiens du président syrien, devaient être "garantis".

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.