Inculpé pour meurtre, terrorisme et financement de rébellion par un tribunal de Kigali ce lundi 14 septembre, l'opposant rwandais Paul Rusesabagina s'est retrouvé, en quelques jours à peine, face à la justice de son pays alors qu'il vivait en exil depuis près de 25 ans.

Après le génocide au Rwanda en 1194, Paul Rusesabagina, un Hutu, est progressivement devenu critique envers le pouvoir du président Paul Kagame, l'accusant d'autoritarisme et d'alimenter un sentiment anti-hutu dans le pays.
Après le génocide au Rwanda en 1194, Paul Rusesabagina, un Hutu, est progressivement devenu critique envers le pouvoir du président Paul Kagame, l'accusant d'autoritarisme et d'alimenter un sentiment anti-hutu dans le pays. © AFP / NICOLAS MAETERLINCK

C'est un symbole au Rwanda et même au-delà ; symbole d'un pays modéré et de l'opposition à la politique à Paul Kagamé, président depuis 2000. Paul Rusesabagina, dont l'histoire a a inspiré, en 2004, le film Hotel Rwanda, est aujourd'hui inculpé, devant la justice de son pays, pour meurtre, terrorisme et financement de rébellion, alors qu'il était exilé depuis 25 ans. Fondateur du Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), il dénonce depuis de nombreuses années la politique autoritaire de Kagamé et a toujours été convaincu que, sans recourir à la lutte armée, le chef de l’État rwandais ne serait jamais renversé. Son inculpation serait liée à des attaques armées perpétrées en 2018, dans le sud du pays, par ce mouvement politico-militaire. Il a été présenté à un tribunal dimanche, visiblement en bonne santé, menotté et portant un masque chirurgical. 

Directeur de l'hôtel des Mille Collines, Hutu marié à une Tutsi, Paul Rusesabagina avait pris la décision durant le génocide de 1994 de dissimuler dans son établissement 1 200 personnes pour qu'elles échappent à la mort. Ces actes lui ont valu d’être décoré en 2005 de la médaille présidentielle américaine. C'est cette histoire qui donnera lieu à un long métrage dix ans plus tard. 

Sa famille soupçonne l'enlèvement  

Dans une intervention à la télévision nationale, le chef de l'État rwandais, Paul Kagamé, a rejeté les accusations selon lesquelles Paul Rusesabagina avait été kidnappé et ramené de force dans son pays d'origine : 

Il n’y a pas eu d'enlèvement, il n’y eu aucun acte répréhensible dans son processus d’arrivée ici.

Le président rwandais sous-entend que son adversaire politique s'est lui-même retrouvé pris dans le piège qu'il essayait de tendre : "Il est arrivé ici sur la base de ce qu’il croyait vouloir faire. C’est comme quand vous appelez un numéro pour joindre quelqu’un et vous vous rendez compte que vous avez fait le mauvais numéro."

Pourtant, les proches de Paul Rusesabagina évoquent de leur côté un kidnapping. Au terme d’un voyage de quelques jours aux Émirats arabes unis et avant de regagner les États-Unis, l’opposant aurait bien été conduit de force, le 31 août dernier, vers un avion privé sur le tarmac de l'aéroport de Dubaï, endormi puis réveillé à son arrivée à Kigali. C'est également la version donnée par la fille de Paul Rusesabagina à la RTBF.

Carine Kanimba affirme que son père, réfugié politique en Belgique, n'aurait jamais envisagé de revenir à Kigali : "Cela fait plusieurs années que le président rwandais lui veut du mal. Il y a eu plusieurs tentatives de meurtre, ils nous ont cambriolé dans notre maison, ici, en Belgique."

Ils le poursuivent depuis plusieurs années parce qu’il dénonce les injustices qui ont lieu au Rwanda, donc je pense qu’ils l’ont enlevé par force et ramené [dans le pays].

Le bureau d’investigation rwandais affirme avoir bénéficié de l’aide de la coopération internationale et les autorités de Dubaï estiment, de leur côté, ne pas avoir participé à cette arrestation.

Visiblement éprouvé, Paul Rusesabagina a demandé au tribunal de lui accorder une remise en liberté sous caution, affirmant avoir besoin de soins médicaux "constants", mais l'accusation a estimé qu'il présentait un risque de fuite à l'étranger. Le tribunal se prononcera sur sa requête jeudi. Douze charges d'accusation ont été retenues contre lui.

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